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Les
Français face au
conflit
israélo-palestinien
Le
12 novembre 2001 - Pessimisme, doute et défiance :
tels sont les principaux sentiments qui animent les Français
à l'égard de la situation actuelle au Proche-Orient,
si l'on en juge par notre enquête réalisée
à la demande de l'ambassade d'Israël en
France et publiée dans L'Express.
Certes, les enjeux du conflit s'avèrent mal connus
de l'opinion. Mais il faut bien relever que les chances
d'une paix durable entre Israéliens et Palestiniens
ne sont aujourd'hui envisagées que par 25% des personnes
interrogées, tandis que les deux pays sont renvoyés
dos à dos quant à leurs responsabilités
respectives dans l'échec des négociations
de paix. L'opinion se montre par ailleurs très méfiante
à l'égard des acteurs politiques directement
impliqués dans le conflit. Au total, selon notre
enquête, c'est plutôt un sentiment pro-israélien
qui semble animer l'opinion publique en France.
Pessimisme
sur une paix durable
Seulement
25% des personnes interrogées croient à une
paix durable entre les Israéliens et les Palestiniens,
63% étant d'un avis contraire. Les plus optimistes
sont les sympathisants communistes (38%), les cadres et
professions intellectuelles (34%) et les diplômés
de l'enseignement supérieur (33%).
A noter :
l'importance du facteur religieux dans le pronostic d'une
paix durable dans un conflit dont la dimension confessionnelle
pèse lourdement. Si les catholiques ayant une pratique
régulière se partagent à parts égales
entre optimistes (43%) et pessimistes (44%), les personnes
se disant sans religion sont résolument pessimistes
(63%).
Scepticisme
sur la coexistence d'un double Etat palestinien et israélien
Certes, l'opinion
publique en France se montre largement favorable à
la coexistence d'un double Etat palestinien et israélien :
83% estiment qu'il devrait y avoir à la fois un Etat
palestinien et un Etat israélien. Mais derrière
cet unanimisme s'exprime un net pessimisme. 68% pensent
en effet que les Israéliens ne sont pas prêts
à accepter sincèrement l'existence d'un Etat
palestinien ; et, réciproquement, 70% d'entre
eux pensent que les Palestiniens sont dans le même
état d'esprit à l'égard de l'Etat israélien.
Le clivage
politique est assez marqué sur cette question. 62%
des sympathisants communistes estiment que les Israéliens
ne sont pas prêts à accepter l'existence d'un
Etat palestinien, et ne sont que 48% à envisager
la réciproque - soit une sensibilité davantage
tournée du côté des Palestiniens que
des Israéliens. Quant aux sympathisants PS, ils sont
tout aussi nombreux (72%) à renvoyer dos à
dos Israéliens et Palestiniens sur cette question.
Inversement, les sympathisants de droite expriment une sensibilité
opposée : il y en a davantage (74%) pour penser
que ce sont les Palestiniens qui ne sont pas prêts
à accepter l'existence d'un Etat israélien
que l'inverse (66%), et ce principalement au RPR.
Méconnaissance
des enjeux du conflit
et de la position du gouvernement français
Reste que
les enjeux du conflit restent très largement méconnus
dans l'opinion : que ce soit à l'égard
du statut de Jérusalem, des implantations israéliennes
en Cisjordanie territoire palestinien ou du retour des réfugiés
palestiniens, quasiment un Français sur deux n'exprime
pas d'avis (respectivement 58%, 49% et 55%). Toutes questions
confondues, cette méconnaissance est essentiellement
le fait des femmes, des personnes âgées, des
non-diplômés, des sympathisants écologistes,
et dans une moindre mesure, des jeunes et des ouvriers.
Tout aussi
notable - bien que dans des proportions moindres - cette
méconnaissance frappe également la position
du gouvernement français à l'égard
du conflit : un interviewé sur quatre ne sait
pas si le gouvernement se trouve plutôt du côté
d'Israël ou des Palestiniens ; 21% ne sait s'il
soutient trop l'un ou l'autre camp - il est vrai que près
de deux Français sur trois (61%) pensent que le gouvernement
a une politique équilibrée.
Israéliens
et Palestiniens renvoyés dos à dos
Lorsqu'on
les interroge sur les responsables de l'échec des
négociations de paix en 2000-2001, les Français
expriment un jugement pour le moins proportionné :
75% d'entre eux renvoient dos à dos Israéliens
et Palestiniens, 8 % désignent les Palestiniens,
8% les Israéliens. Plus largement, quand on leur
demande d'évaluer le degré de responsabilité
des acteurs internationaux dans la situation actuelle au
Proche-Orient, les répondants désignent sans
surprise Israéliens (83%) et Palestiniens (80%) comme
ayant une responsabilité importante, suivis des pays
arabes (77%) et des Etats-Unis (76%).
Défiance
à l'égard des acteurs politiques impliqués
dans le conflit
Du reste,
la défiance des Français touche directement
les acteurs politiques impliqués au premier plan
dans la conduite des affaires israélo-palestiniennes.
Le chef de l'Autorité palestinienne Yasser Arafat
recueille un indice de sympathie (différence entre
ceux qui éprouvent de la sympathie et ceux qui n'en
éprouvent pas) négatif, -37 ; même
sanction pour le Premier ministre israélien Ariel
Sharon, -43. Inversement, la personnalité qui recueille
le plus fort indice de sympathie est Shimon Peres, +22.
Peut-être bénéficie-t-il là dans
l'opinion française du prestige que lui a valu son
action en faveur de la paix avec Yasser Arafat aux côtés
du Premier ministre travailliste Yitzhak Rabin.
Un sentiment
de sympathie plus marqué
envers les Israéliens que les Palestiniens
Au total,
notre étude se fait l'écho d'un sentiment
légèrement plus pro-israélien que pro-palestinien
dans l'opinion publique. A propos du conflit israélo-palestinien,
26% des interviewés expriment leurs sympathies à
l'égard de l'Etat hébreu, contre 19% aux Palestiniens.
Plus largement, Israël bénéficie d'un
indice de sympathie positif (+1), aux côtés
des Etats-Unis (+60), de l'Egypte (+44), du Maroc (+37)
et de la Russie (+14). A l'inverse, la Palestine recueille
un indice négatif (-23) et figure dans un groupe
rassemblant la Jordanie (-11), le Liban (-19), la Syrie
(-38) et l'Iran (-62).
Notons pour
conclure que cette étude a été réalisée
les 10 et 14 septembre, période marquée par
l'émotion qu'ont suscités les attentats perpétrés
aux Etats-Unis le 11 septembre. Ceci peut expliquer en partie
pourquoi les premiers termes qui viennent à l'esprit
des Français pour qualifier les Palestiniens sont
d'abord " fanatiques " (38%) et " agressifs "
(29%), tandis que les Israéliens sont quant à
eux d'abord qualifiés de " démocratiques "
(34%) et " respectueux des libertés "
(23%).
Sylvain LEFORT

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