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Les jeunes et la citoyenneté aujourd'hui
Le 8 décembre 2000 -
L'étude réalisée pour le compte de Bouygues Telecom
auprès des jeunes de 18 à 25 ans, et rendue publique à
l'occasion de l'annonce du palmarès du Concours National de Projets
" Des projets qui font avancer la société "
initié par l'opérateur télécom, permet de mettre en
évidence le fait que la citoyenneté n'est pas une notion dépassée.
Elle a un sens pour les jeunes, elle repose sur des fondements solides, mais elle
s'est transformée. Ses formes traditionnelles cèdent peu à
peu la place à des formes moins contraignantes mais plus larges d'engagement,
intervenant dans tous les champs de la société et privilégiant
la proximité, l'efficacité et surtout le pragmatisme dans un souci
majeur de solidarité.
Un rapport critique à
la société mais des jeunes qui s'y sentent bien et qui ne cherchent
pas " le grand soir "
90 % des
18-25 ans se sentent bien dans la société française
(mais seulement 20% s'y sentent " très bien ").
Ce satisfecit global, même s'il est un peu mou, s'accompagne
d'un faible désir de changement : 13% seulement
des jeunes estiment que la société française
devrait être " radicalement changée "
et 21% " réformée sur l'essentiel " ;
66% ne souhaitant que des retouches sans toucher à
l'essentiel, voire aucun changement.
Toutefois,
cette situation " peu révolutionnaire "
n'empêche pas les jeunes d'être très critiques
sur certains aspects de la société :
- 62% estiment
ainsi qu'elle évolue vers moins de solidarité
(38% vers plus de solidarité). Ce sentiment est
d'autant plus fort que l'interviewé est déjà
dans la vie active et " installé "
: les 22-25 ans, ceux qui exercent un emploi, ou encore ceux
qui sont mariés ou vivent en couple sont ainsi 66%,
74% et 69% à considérer que la solidarité
est de moins en moins présente.
- De plus,
lorsqu'on demande aux jeunes quels sont les principaux défauts
de la société française, la première
réponse, massive et qui arrive très largement
en tête, est " l'argent y tient une trop
grande place " (55% et même 60% chez les
hommes). Viennent ensuite le fait qu'elle est " trop
inégalitaire " (37%) puis, mais à
27% seulement, qu'elle " ne donne pas suffisamment
de place aux jeunes ". On voit donc bien ici combien
la critique portée à l'égard de la société
n'est pas simplement catégorielle (et pourquoi également
les jeunes peuvent, en tant que jeunes, se sentir globalement
bien dans cette société) mais bien plutôt
philosophique ou idéologique : à travers
la critique de l'argent, des inégalités et de
l'individualisme (24% citent également cet item), c'est
une réduction au matérialisme que les jeunes
dénoncent.
- A noter enfin
que le thème d'une société trop violente
obtient aussi un score non négligeable (21%), notamment
chez les femmes (24%).
Les valeurs
des jeunes : moins d'idéologie, plus de pragmatisme
La famille,
l'amitié et la liberté sont les trois mots les
plus positifs pour une très grande majorité
de jeunes (respectivement 82 %, 78 % et 74 % les jugent " très
positifs "). Ce triptyque met en évidence
la dimension humaine qui est privilégiée par
les jeunes ainsi que leur préférence pour un
environnement proche dans le rapport qu'ils entretiennent
avec la société. Sans être synonymes
d'individualisme, ces trois notions renvoient directement
à l'idée du premier cercle : ma famille,
mes amis, la liberté pour moi et les autres.
C'est seulement
après que le rapport aux autres s'élargit véritablement
et qu'une dimension plus sociétale pointe en filigrane :
60 % des jeunes pensent que l'égalité et la
tolérance (56 %) sont des mots très positifs.
Le sens des
responsabilités est une notion importante aux yeux
des 18-25 ans puisqu'ils sont une majorité (52 %) à
la juger très positive. Mais là encore plus
on est inséré dans la société
(être actif, vivre en couple.) et plus on y accorde
de l'importance.
En revanche,
les valeurs plus traditionnelles ne sont pas des notions très
positives aux yeux des jeunes. Le travail n'est connoté
très positivement que par 38% des jeunes ; l'effort
par 37% d'entre eux ; l'autorité n'obtient que
17% et la religion 13%.
Enfin, l'argent
est très peu valorisé (19%) et le profit explicitement
rejeté (8%).
Les jeunes
et l'engagement : la fin des grandes causes ?
Aucune des
grandes causes testées ne s'impose de manière
décisive aux yeux des jeunes. En revanche, il semble
que, là encore, un effet " proximité "
détermine le jugement sur leur importance : parmi
les causes les plus importantes, seule la lutte contre l'enfance
maltraitée se distingue, avec 38 % des jeunes qui la
citent en premier. Les autres causes jugées les
plus importantes, notamment les " grandes "
causes nées dans les années 70 et 80, sont reléguées
à un second plan, loin derrière, avec des scores
plus faibles : le SIDA (13 %), la faim dans le monde
(9%), la recherche médicale (9%), la paix et le désarmement
dans le monde (8 %), la lutte contre le racisme (7%) et la
défense de l'environnement (4%).
Tout se passe
donc comme si les jeunes considéraient que bon nombre
de causes sont déjà prises en main (le SIDA
et la recherche médicale, par les scientifiques et
une forte médiatisation ; l'environnement, aujourd'hui
représenté au Gouvernement et dans tous les
partis politiques ; le racisme depuis la génération
" Touche pas à mon pote "
etc.) et qu'ils étaient, dès lors, plus sensibles
à ce qui est moins médiatisé, voire délaissé,
comme la lutte contre l'enfance maltraitée.
Les nouvelles formes de l'engagement : le pragmatisme au service de la
solidarité
L'évolution
du rapport à la citoyenneté se mesure tout particulièrement
lorsque l'on compare la hiérarchie des causes jugées
les plus importantes et la disposition à s'engager
pour les défendre. Ainsi, alors que l'insertion
des personnes en difficulté n'arrive qu'au 7e
rang des causes les plus importantes, c'est celle qui susciterait
le plus d'engagement personnel. De même pour l'alphabétisation
et le soutien scolaire : au 9e rang
des grandes causes mais en deuxième position lorsqu'il
s'agit de faire partie d'une association visant à lutter
en sa faveur. Inversement, la faim dans le monde est la 3e
des grandes causes citées mais la 6e
de celles qui susciteraient un engagement personnel.
Dans ce
contexte, la lutte contre l'enfance maltraitée est
la cause qui suscite l'effet de ciseau le moins important :
elle apparaît comme fondamentale et elle combine
la possibilité de se sentir utile dans un environnement
proche.
On comprend
alors pourquoi le mot engagement n'est connoté très
positivement que par 37% des jeunes : il rime avec l'idée
d'un engagement monolithique, durable, militant - voire idéologique
- de type années 50 ou 60 alors que les nouvelles formes
de solidarité et de citoyenneté visent la proximité
et l'utilité sociale immédiate.
L'association : un mode
d'organisation privilégié pour défendre une cause mais qui est
loin de faire l'unanimité
Pour défendre
une cause, 39% des jeunes préfèreraient agir
dans le cadre d'un mouvement ou d'une association, sans
doute parce qu'ils apparaissent comme un bon compromis entre
l'efficacité et la contrainte, voire l'embrigadement.
En effet, 4% seulement citent un syndicat et 2% un parti politique.
Toutefois,
il faut être également sensible à la
pluralité des modes d'action cités par les jeunes.
61% préféreraient agir dans un autre cadre que
celui de l'association, avec une dispersion importante des
réponses : 19% " avec des personnes
de votre entourage " ; 18% " dans
une organisation internationale non gouvernementale " ;
10% de " manière individuelle " ;
8% " dans un club " ; 4% " dans
un syndicat " et 2% " dans un parti politique ".
Cette dispersion
renvoie aussi, probablement, à une modulation par les
jeunes des causes dans lesquelles ils souhaitent s'investir
et des formes d'engagement qu'elles permettent. On retrouve
donc là un souci apparu comme constant dans cette étude,
celui de conserver des marges de manouvre, de s'engager certes
mais en privilégiant liberté, efficacité
et proximité.
Pour les jeunes, des entreprises
qui doivent être citoyennes et s'impliquer de multiples façons
dans la société
Si, pour les
jeunes, il apparaît globalement que le sens et les formes
de la citoyenneté ont considérablement évolué
et ne se limitent plus aux critères traditionnels (le
vote, les devoirs civiques, etc.), l'un des enseignements
majeurs de cette enquête réside aussi dans le
fait que cette évolution va jusqu'à faire
de l'entreprise un acteur central de la solidarité
et de la citoyenneté.
Ainsi, 72
% des jeunes (et 77% des jeunes femmes) estiment que le
rôle des entreprises ne se limite pas à un rôle
strictement économique (produire des biens et des services,
créer des emplois et faire du profit) mais qu'elles
doivent aussi être citoyennes et intervenir dans le
champ de la solidarité (contre 28 % qui sont d'un avis
contraire).
De plus,
jouer un rôle dans le domaine de la solidarité
et de la citoyenneté ne doit pas se limiter, pour les
entreprises et selon les jeunes, à donner de l'argent.
Les entreprises ne peuvent désormais plus se contenter
de financer des actions, elles doivent se mobiliser concrètement,
et prioritairement sur le terrain de la solidarité.
Il s'agit,
avant tout, d'aider à l'insertion de populations en
difficultés (62%), de veiller au respect des droits
de leurs salariés (57%), de faire de la formation (52%),
de faire profiter de leur expérience (40%), de mettre
à disposition des compétences (33%), d'aider
financièrement (30%), de parrainer certaines opérations
(30%), de mettre en relation des gens ou des organismes (27%)
ou d'offrir du matériel (23%).
Au-delà
de la hiérarchie des réponses, il est donc frappant
de constater que pour les jeunes, les entreprises peuvent
et doivent agir dans de nombreux domaines. Leur rôle
citoyen n'est pas limité : il doit être
fort et multiple.
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