L'image de Jacques Chirac
vue par les Français
Le
9 janvier 2002 - A
trois mois et demi du premier tour de l'élection présidentielle,
l'image de Jacques Chirac est altérée par l'approche
des échéances politiques majeures. Comme toujours
dans ces circonstances, le clivage gauche/droite tend mécaniquement
à se creuser. L'électorat se polarise donc et
le Président de la République voit son image
se détériorer parmi les sympathisants de la
gauche. Le chef de l'Etat continue à inspirer de la
sympathie aux Français mais dans une moindre proportion
: 53 % contre 44 %, alors que les chiffres étaient
de 56 % contre 41 % un an plus tôt et 62 % contre 34
% deux ans plus tôt. Les jeunes, les ouvriers et surtout
les électeurs de gauche s'avouent les plus réticents
; les personnes âgées, les artisans, commerçants
et industriels, les électeurs de droite se montrent
les plus positifs. Derrière "l'homme de la nation",
selon la formule du Général de Gaulle, le chef
de file de la droite réapparaît dans la conscience
politique des électeurs.
L'image personnelle
de Jacques Chirac se dédouble elle aussi : elle gagne
en chaleur, elle perd en sincérité. 45 % des
Français, chiffre record depuis dix ans, jugent le
président chaleureux, notamment les hommes, les cadres,
les travailleurs indépendants et les libéraux.
11 % seulement le disent sincère, le plus mauvais chiffre
depuis dix ans et la plus forte chute d'une année sur
l'autre. Jacques Chirac apparaît plus énergique,
plus déterminé, plus autoritaire que l'an passé
mais aussi plus démagogue et plus hypocrite. En somme,
les Français lui prêtent plus de caractère
et moins d'authenticité. Les cadres, les jeunes et,
bien sûr, les électeurs de gauche se montrent
les plus sévères.
Jacques Chirac
reste certes considéré par une claire majorité
(53 % contre 41 %) comme le président de tous les Français
et non pas seulement de ceux qui ont voté pour lui.
Constitutionnellement et politiquement, cela ne fait d'ailleurs
aucune doute mais psychologiquement, le dualisme se confirme.
L'an passé, la majorité était en effet
nettement plus large (59 % contre 36 %) et les chiffres de
cette année sont les plus mauvais depuis la défaite
législative de 1997. Les électeurs communistes,
chevènementistes et lepénistes sont les plus
hostiles.
Même
évolution à propos du bilan de l'action de Jacques
Chirac : il reste positif pour 44 % des Français contre
39 %, il était l'an passé de 50 % contre 36
% et le partage se fait essentiellement selon les clivages
politiques. En revanche, ceci expliquant largement cela, le
pourcentage de ceux qui considèrent que, malgré
la cohabitation, Jacques Chirac a gardé l'essentiel
de ses pouvoirs remonte : 42 % cette année contre 37
% l'an passé, ceux qui jugeait qu'il en a perdu l'essentiel
reculant de 53 % à 48 %. Il est évident que,
depuis les attentats du 11 septembre, le rôle de Jacques
Chirac est apparu plus nettement et que son influence a semblé
s'imposer en ce qui concerne la politique étrangère,
alors que sur le théâtre intérieur, c'est
Lionel Jospin qui joue le premier rôle. En agissant
davantage, Jacques Chirac s'est cependant plus exposé.
Les Français mesurent mieux le partage réel
des pouvoirs entre le Président de la République
et le Premier ministre dans la phase actuelle mais ils sont
également attentifs aux antagonismes qui affleurent.
Aussi près de l'élection présidentielle,
chacun choisit alors son camp. Paradoxalement, depuis le 11
septembre, Jacques Chirac a plus agi sur la scène internationale
au nom de la France mais ses critiques contre le gouvernement
ont pris de ce fait un relief supplémentaire qui a
fissuré le consensus national.
Du coup, lorsqu'on
demande "tout compte fait" aux Français s'ils sont
satisfaits ou déçus de l'action de Jacques Chirac
depuis son élection à la présidence,
une majorité relative se dit déçue (46
% contre 36 %). Elle n'était l'an passé que
de 45 % contre 40 %. Les cadres, les ouvriers, les jeunes,
les électeurs de gauche mais aussi de l'extrême-droite
se montrent les plus sévères. Désormais,
les clivages partisans l'emportent de nouveau sur les statuts
institutionnels. Les Français commencent à entrer
dans la campagne.
Alain
DUHAMEL
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