Quelles perspectives
pour les Verts européens ?



Le 9 juin 2004 - Daniel Boy, chercheur au CEVIPOF, analyse les forces et les faiblesses du mouvement écologiste européen. Tout en évoquant les facteurs qui ont pu contribuer ces dernières années à l'explosion du vote écologiste en Europe, il revient aussi sur le poids relatif des Verts au sein du Parlement européen ainsi que leurs faiblesses dans plusieurs pays du sud de l'Union.

Les élections européennes sont-elles des échéances électorales privilégiées par les écologistes ?

Les élections européennes, en règle générale, ont toujours été des échéances plutôt favorables aux partis écologistes en Europe. Si les Verts français ont commencé à obtenir de bons scores électoraux aux européennes de 1989, on peut cependant dater le décollage des écologistes européens en 1994, où on a assisté à une généralisation du vote vert dans l'ensemble de l'Union. Les écologistes privilégient ce type d'échéances électorales d'abord pour une raison très simple : avec un scrutin proportionnel et non majoritaire, les élections européennes sont plus favorables aux petits partis. D'un point de vue idéologique, les européennes sont aussi des élections qui dépassent les cadres politiques nationaux. Elles sont de bonnes occasions pour faire partager des propositions sur des thématiques environnementales qui par définition n'ont pas de frontières.

Quelles sont raisons qui ont fait décoller le vote écologiste ces dernières années ?

Il y a d'abord des raisons sociologiques à ce phénomène. Les enquêtes électorales montrent en effet depuis de nombreuses années que le vote écologiste perce majoritairement dans des classes urbaines, éduquées et favorables aux idées post-matérialistes qui gagnent en importance dans les sociétés industrielles avancées. D'un point de vue idéologique, la crise environnementale qui s'est développée à partir du milieu des années 1980 et qui a été fortement médiatisée au travers d'évènements comme Tchernobyl ou Bhopal, a incontestablement favorisé l'émergence de l'écologie politique en Europe. Aux travers de questions comme les problèmes de la couche d'ozone ou l'effet de serre, les populations européennes ont de plus en plus pris conscience de l'importance des grands enjeux environnementaux. Ces évolutions ont incontestablement favorisé le développement du vote écologiste dans l'ensemble de l'Union.

Quel a été ces dernières années l'apport des Verts au Parlement européen ?

L'un des principaux apports des Verts au Parlement a d'abord été d'essayer d'intervenir, chaque fois qu'ils le pouvaient, sur les grandes questions d'environnement. Ils ont, par exemple, essayé de le faire sur des questions comme le nucléaire ou les OGM. Bien sûr, le groupe des Verts au sein de l'Assemblée de Strasbourg est de dimension réduite. Ils ne peuvent pas peser sur toutes les décisions, comme en ont la capacité les grands partis du Parlement. Ils n'ont pas pu, par exemple, empêcher la labellisation des OGM et leur entrée sur le marché.

Les écologistes ont développé une campagne commune avec des slogans et des affiches uniques dans l'ensemble de l'Europe. Que peut-on penser de cette initiative ?

Dans la perspective d'enjeux environnementaux qui sont par définition planétaires, il apparaît logique que les partis écologistes européens développent ce genre de campagne. Les partis Verts en Europe ont souvent les mêmes revendications. Rien aujourd'hui ne distingue vraiment les Grünen allemands des Verts français. Ils partagent les mêmes préoccupations à propos du nucléaire, des OGM ou la démocratisation de la société. Il y a donc une assez grande homogénéité au sein de la fédération européenne des Verts, et une cohérence plus importante que chez les conservateurs ou les sociaux-démocrates. La ligne de fracture que l'on peut, par exemple, constater au sein du PSE entre les travaillistes britanniques et le Parti Socialiste français, est un phénomène que l'on ne retrouve pas chez les écologistes.

Les mouvements écologistes jusqu'ici ont très peu percé dans les pays du sud de l'Europe. Pourquoi un tel phénomène ?

Même si certaines lignes de clivages existent bien dans ce domaine, il faut faire attention à ne pas opposer le nord et le sud de l'Europe quant à l'implantation des écologistes. Les partis Verts ne sont pas toujours bien implantés électoralement dans les pays du Nord. Dans un pays comme la Grande-Bretagne par exemple, le mode de scrutin majoritaire empêche toute représentation de cette formation au Parlement de Westminster. De même, la plupart des formations politiques traditionnelles au Danemark ont depuis longtemps pris en charge les problématiques environnementales et empêchent toute forme de développement de l'écologie politique. Il n'en reste pas moins vrai que les écologistes sont loin d'avoir obtenu des résultats significatifs dans plusieurs pays du sud du continent. Si le mouvement écologiste est quasiment absent d'un pays comme la Grèce, il faut toutefois analyser la situation particulière de chaque pays. Les écologistes portugais aux élections se sont toujours présentés alliés avec le Parti communiste. Il est donc difficile de mesurer leur influence réelle dans ce pays. Dans le cas espagnol, les revendications environnementales sont prises en charge par les mouvements régionalistes. Quant à l'Italie, on ne peut pas vraiment dire que le mouvement écologiste y soit véritablement absent puisqu'il est parvenu au pouvoir au sein de la coalition de centre gauche de l'Olivier. L'une des raisons que l'on donne à la faiblesse des mouvements écologistes dans l'ensemble de l'Europe méditerranéenne est là encore sociologique. On met par exemple en avant la faiblesse dans ces pays des catégories sociales urbaines et éduquées qui sont les principaux soutiens de l'écologie dans l'ensemble de l'Europe. Les pays du nord se sont déjà mobilisés contre les dégâts du progrès et les conséquences de l'industrialisation. La demande de biens de consommation dans les pays du sud reste en revanche prédominante. Elle freine incontestablement la revendication écologiste.

Certains écologistes nordiques présents au Parlement de Strasbourg sont membres du groupe de la " Gauche unitaire européenne ". Pourquoi une telle appartenance ?

On ne peut pas vraiment parler de division des écologistes au sein du Parlement de Strasbourg. Certaines formations de gauche ou d'extrême gauche dans les pays du nord de l'Europe ont, il est vrai, de fortes revendications environnementalistes. C'est par exemple le cas du Parti de la Gauche suédoise, qui se situe à la gauche du Parti Social-démocrate et qui appartient au groupe de la Gauche Verte nordique au Parlement européen. Cette évolution est également perceptible au sein d'une formation française comme la LCR, qui a pris l'habitude ces dernières années d'agréger à son discours social des revendications écologistes. Mais ça n'en fait pas pour autant des formations écologistes. Par rapport aux partis Verts classiques, l'influence des ces mouvements au sein du Parlement européen reste marginale.

Le 1er mai dernier, plusieurs pays ont intégré l'Union européenne. Quelle place y occupent les mouvements écologistes ?

Les mouvements écologistes dans les pays d'Europe centrale et orientale occupent encore une place bien modeste. Ces pays restent pour le moment essentiellement marqués par la volonté de développer la croissance économique et de rejoindre les standards de consommation de l'Europe occidentale. Mais s'ils sont très peu préoccupés par la préservation de l'environnement, les choses peuvent toutefois changer assez vite. Ces pays expérimenteront en effet rapidement l'ensemble des inconvénients classiques qui vont de pair avec un développement non maîtrisé de l'industrialisation ou de l'agriculture intensive. La prévision que l'on peut faire, c'est que ces partis deviendront rapidement importants dans la compétition électorale en Europe de l'Est. Le développement de l'écologie politique là aussi ira de pair avec la tertiarisation de la société.

Propos recueillis par Mathieu Guilsou

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Daniel BOY
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