Le climat économique et social
vu par les Français


Le 10 janvier 2001 - C'est un changement de climat d'une ampleur impressionnante : en ce début d'année, les Français retrouvent optimisme et confiance. Depuis vingt ans, la crise économique et sociale les taraudait, les meurtrissait. Les craintes ne se sont certes pas toutes dissipées mais l'amélioration générale est spectaculaire. Cela fait au moins dix ans, parfois vingt ans que le regard des Français sur la situation économique et sociale n'avait pas été aussi positif. Il y a là un tournant qui a certes besoin d'être confirmé mais qui modifie la psychologie nationale. Il en naît naturellement des attentes et même des exigences nouvelles.

34 % des Français ont l'impression que depuis quelques années, les gens comme eux vivent mieux contre 42 % qui pensent le contraire. L'an dernier, les chiffres étaient de 26 % contre 49 %. Le plus significatif est que jamais les optimistes n'avaient été aussi nombreux et les pessimistes aussi rares (relativement) depuis. 1981. Les hommes, les jeunes, les cadres et les électeurs des Verts sont les plus allants. Même tendance en ce qui concerne l'évaluation du risque de perdre son emploi dans les mois qui viennent : 32 % des Français considèrent qu'il n'y a aucun risque, meilleur chiffre depuis 1991, 27 % qu'il y a un risque, chiffre le plus faible depuis dix ans. Les salariés du secteur privé sont également beaucoup plus circonspects (35 % contre 53 %) mais là encore, l'écart est le plus faible depuis 1991. L'humeur des Français s'améliore.

Du coup, la hiérarchie des attentes se modifie. Pour la première fois depuis 1988, il y a treize ans, les revendications sur les salaires distancent la garantie de l'emploi. C'est particulièrement sensible chez les hommes, les 25-50 ans et les salariés du secteur public. En revanche, pour les jeunes, les salariés du secteur privé et les salariés les plus modestes, c'est la protection de l'emploi qui demeure en tête. Il est cependant significatif de voir augmenter le désir de meilleures conditions de travail, celui de l'intéressement financier aux résultats de l'entreprise, l'un et l'autre typiques des périodes d'espérance. Même l'augmentation du chiffre de ceux qui aspirent trouver un emploi (femmes et jeunes notamment) correspond à la perception d'une reprise économique. Les Français reprennent confiance mais redécouvrent l'impatience. La combativité sur les salaires sera nettement plus forte cette année.

La perception du niveau de vie s'améliore beaucoup plus modestement, ce qui est cohérent avec les impatiences qui se manifestent. 14 % jugent qu'il a augmenté depuis un an (meilleur chiffre depuis 1985), 40 % qu'il a diminué (chiffre le plus modeste depuis la même date). Le pronostic pour l'année 2001 est cependant plus positif : 17 % des Français pensent que leur pouvoir d'achat va augmenter (surtout chez les jeunes), 25 % qu'il va diminuer (notamment chez ceux qui travaillent à leur compte). Il y a quatre ans les optimistes n'étaient que 8 %, les pessimistes 48 %. Ici encore le progrès existe.

Le jugement porté sur l'évolution de l'économie française explique largement ces évolutions. Pour la première fois depuis que la question est posée (c'est-à-dire depuis 1988), ceux qui pensent que la situation s'améliore (38 %) devancent ceux qui croient qu'elle est restée la même (37 %) et distancent ceux qui jugent qu'elle se détériore (21 %). De même pour l'an 2001 : si la majorité des Français prévoit la stabilité (42 %), ceux qui croient à l'amélioration sont plus nombreux que ceux qui redoutent une rechute (29 % contre 18 %). Les cadres, les intellectuels, les jeunes et les électeurs socialistes sont les plus positifs.

Seule ombre d'importance dans ce panorama encourageant, le pourcentage de ceux qui craignent les effets de la mondialisation sur les emplois et les entreprises augmente (50 % contre 44 % l'an passé) et ceux qui y voient une chance sont moins nombreux (36 % contre 41 % l'an passé). Les femmes, les commerçants, les artisans et surtout les ouvriers et les employés s'avèrent les plus inquiets. L'environnement international continue d'être regardé comme menaçant. Reste que l'impression dominante en ce début d'année apparaît très favorable, même si l'impatience croît avec l'espérance.

Alain DUHAMEL




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