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Les
conséquences
de
la guerre
du Golfe en France
Le 10 mars
1991 - Les Français ont visiblement suivi avec
beaucoup d'attention les événements du Golfe
et ont des opinions précises sur leurs conséquences.
Les États-Unis sortent à leurs yeux grands vainqueurs,
non pas seulement de la guerre mais aussi du tournant politique
qu'elle entraîne. La France tire, selon ses concitoyens,
honorablement son épingle du jeu mais certains des
fruits du conflit seront peut-être amers pour elle.
Une grande distinction, d'ailleurs légitime, est faite
entre Saddam Hussein et son peuple, entre le destin souhaitable
du dictateur et le sort préférable de l'lrak.
Le
renforcement des États-Unis
L'événement
essentiel, le plus clair, le plus massif, le plus gros de
conséquences, c'est bien sûr le renforcement
des Etats-Unis. Il apparaît comme tel à 79 %
des Français, une majorité rarement atteinte
sur un thème politique de ce genre. L'ONU, la Grande-Bretagne
et la France forment ensuite un trio victorieux mais non triomphal,
ce qui semble assez juste. L'Arabie Saoudite, la Communauté
européenne et l'Iran n'ont droit qu'à une faible
et étroite majorité toute relative. Israël
présente aux yeux des Français un bilan indécis,
l'Union soviétique et surtout l'OLP un score franchement
négatif. Tout ceci paraît assez bien vu.
Saddam Hussein
sort définitivement discrédité, rejeté
et même diabolisé de la guerre qu'il a provoquée.
74 % des Français souhaiteraient qu'il soit jugé
comme criminel de guerre, 19 % seulement (35 % chez les cadres
et les intellectuels) qu'il soit contraint à l'exil
et... 2 % qu'il continue de diriger l'Irak. Tant que le dictateur
de Bagdad restera à la tête de son pays, la victoire
des Etats de droit paraîtra incomplète.
Bilan
nuancé pour la France
S'agissant de
la France, les interviewés considèrent son bilan
de façon nuancée. Ils sont satisfaits de sa
participation militaire et de son rôle dans la victoire.
Ils s'interrogent beaucoup en revanche sur les conséquences
de ses choix en ce qui concerne les pays arabes : une courte
majorité relative (47 % mais davantage chez les cadres,
les employés et les paysans) pensent qu'elles redeviendront
normales, 42 % (57 % chez les jeunes) qu'elles sont durablement
compromises. Cette distinction ne concerne évidemment
pas les neuf Etats arabes (dont l'Arabie Saoudite ou l'Egypte,
par exemple) qui ont combattu à nos côtés
mais plutôt les pays du Maghreb. Chez ces derniers,
l'émotion a été grande et l'irritation
vis à vis de la France indéniable : reste à
savoir si le mépris ou la commisération n'auraient
pas été tout aussi sensibles au cas où
la France aurait choisi de jouer les spectatrices.
Parmi les institutions
de la France, c'est l'armée qui sort la plus renforcée
aux yeux de ses citoyens. L'antimilitarisme n'est pas à
la mode et ceux qui, au départ, se gaussaient de la
faiblesse supposée des équipements de la division
Daguet doivent aujourd'hui faire pénitence. La presse,
dans son ensemble, se sort bien de l'examen critique qu'en
font les Français ; la télévision suscite
un peu plus de critiques, notamment chez les intellectuels.
L'image du Parlement elle-même semble s'être améliorée
dans l'affaire, ce qui n'était pas inutile.
Préjugé
légèrement pessimiste pour l'économie
française
Enfin, les Français
s'interrogent sur les conséquences de la guerre du
Golfe pour l'économie française, avec un préjugé
légèrement pessimiste : ce verdict-là
est peut-être trop noir, car la détermination
et l'efficacité des Occidentaux devraient plutôt
ranimer la confiance et mettre fin à l'attentisme :
cela ne suffira pas pour régler les problèmes
de la croissance et de l'emploi mais peut contribuer à
améliorer le climat et à encourager les investissements.
Au total, le moral des Français semble d'ailleurs amélioré
par cette épreuve à l'épilogue heureux.
Alain
DUHAMEL
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