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 Les
jeunes et le racisme
Le 10 avril
2001 - L'enquête réalisée par la SOFRES
pour le Centre Régional des Ouvres Universitaires
(CROUS) de Créteil auprès des jeunes
révèle que le racisme les préoccupe fortement.
Ils placent cette question au deuxième rang des sujets
qui les inquiètent le plus pour la société,
juste derrière le chômage. A titre personnel,
les 15-24 ans font majoritairement preuve d'ouverture et de
tolérance, même si certains résultats
nuancent quelque peu cette idée et démontrent
l'existence d'attitudes plus ambiguës.
Le racisme,
deuxième préoccupation des jeunes derrière
le chômage
Invités
à choisir dans une liste les sujets qui les inquiètent
le plus pour la société française, les
jeunes citent d'abord le chômage (38% de citations),
juste devant le racisme (36% de citations). Dans un deuxième
temps et cités cette fois par moins d'un jeune sur
quatre, on retrouve le SIDA (23%), la pollution (21%), ou
encore la drogue et la sécurité alimentaire
(17%). 3% seulement des jeunes se disent préoccupés
par l'immigration.
Le racisme
est l'inquiétude principale des interviewés
les plus jeunes (48% chez les 15-17 ans), mais aussi des sympathisants
de gauche, et notamment de ceux qui se déclarent proches
du Parti communiste (53% de citations).
Cette préoccupation s'explique
aisément lorsque l'on constate que près de 9 jeunes sur 10 estiment
que le racisme est répandu en France (87% dont 26% de " très
répandu "). Cette opinion est nettement majoritaire dans toutes
les catégories d'interviewés, les jeunes femmes se montrant encore
plus sensibilisées au problème que les garçons (93% contre
81%). Le recul récent de l'extrême droite et l'amélioration
de la situation économique de la France n'ont aucune incidence sur les
représentations des jeunes : ils considèrent que le racisme
reste très fort dans la société française d'aujourd'hui.
Plus surprenant,
une faible majorité d'entre eux s'accorde pour considérer
que le racisme est répandu chez les jeunes (52% contre
48% d'un avis contraire) et porte ainsi un regard sans complaisance
sur leur génération. Les plus jeunes, peut-être
par naïveté, sont les moins nombreux à
partager cette opinion, qui croît avec l'âge des
interviewés (43% des 15-17 ans, 51% des 18-20 ans et
59% des 21-24 ans). Il semble toutefois que cette perception
du racisme dans leur génération soit indexée
sur leur expérience personnelle de ce phénomène :
ainsi, que l'ont ait déjà été
victime d'actes ou de paroles racistes (62%), simple témoin
(55%), ou qu'on n'ait jamais été confronté
au racisme (39%), la perception de l'étendue du phénomène
chez les jeunes diffère logiquement.
Des discriminations
fréquentes dans le vie de tous les jours
Les jeunes
d'origine étrangères subissent le racisme au
quotidien : c'est du moins ce que pensent les 15-24 ans qui
jugent que les discriminations représentent un problème
important, notamment dans le monde professionnel, pour trouver
un emploi (82%), ou pour rentrer dans les lieux de loisir
comme les boîtes de nuit (65%). Par ailleurs, pour 7
interviewés sur 10, les jeunes d'origine étrangère
ou de couleur sont davantage contrôlés par la
police que les autres. Les interviewés sont plus partagés
sur les discriminations s'exerçant lorsque on recherche
un logement : 53% estiment qu'elles représentent
un problème important contre 46% d'un avis contraire.
Enfin, si l'école reste pour beaucoup un modèle
d'intégration qui annihile le problème des discriminations,
30% des jeunes jugent toutefois que le racisme s'exprime aussi
dans le cadre scolaire (école ou université.).
La perception de l'intensité des problèmes diffère
selon l'âge des interviewés, et donc, selon la
proximité avec les situations décrites. Les
plus jeunes, encore dans le cadre scolaire, sont plus nombreux
à juger important le problème du racisme dans
le système éducatif (39% des 15-17, contre 26%
des 21-24 ans). Symétriquement, les discriminations
s'exprimant à l'encontre des jeunes d'origine étrangère
à la recherche d'un logement sont plus fortement ressenties
par les 21-24 ans. La préférence partisane est
elle aussi un critère clivant : l'entrée
dans les lieux de loisirs pour les jeunes d'origine étrangère
est jugée problématique par 73% des interviewés
de gauche et 54% de ceux de droite.
Des attitudes
d'ouverture
Traditionnellement
à la pointe de la lutte contre le racisme, très
peu de jeunes déclarent tenir " souvent "
ou " de temps en temps " des propos racistes
(13% contre 87% pour qui ça n'arrive qu'exceptionnellement
ou jamais). Et si un de leurs amis tenait ce type de propos,
la majorité des jeunes déclarent qu'ils réagiraient :
en douceur le plus souvent, en essayant de le faire changer
d'avis (65%), ou plus radicalement, en cessant toute relation
avec lui (9%). En revanche plus d'un jeune sur quatre (26%)
n'y attacheraient aucune importance, ce laxisme à l'égard
du " copain raciste " étant plus
fort chez les 21-24 ans (33%) que chez les 15-17 ans (19%).
D'une manière
plus générale, une nette majorité des
interviewés considère que l'immigration est
une chance pour la France (67% contre 30% d'un avis contraire),
sans doute parce qu'ils estiment que la population d'origine
étrangère constitue un enrichissement culturel
pour notre société (75% contre 19% pour qui
c'est un risque), cette opinion étant tout autant partagée
par les interviewés de gauche (79%) que de droite (71%).
Interrogés
sur un fait concret, celui de vivre avec une personne d'origine
nord-africaine, les jeunes se montrent en adéquation
avec les attitudes déclarées précédemment :
cela ne poserait aucun problème à plus de la
moitié d'entre eux (57%) et 22% l'envisageraient même
s'ils admettent que " cela ne plairait pas à
leur famille ". Il faut toutefois signaler que les
réticences sont plus élevées chez les
jeunes filles (46% l'envisageraient sans problème,
contre 67% des garçons), alors qu'elles se montrent,
dans le reste de l'enquête, légèrement
plus sensibilisée au problème du racisme que
les garçons.
Des blocages
persistants
Globalement,
les résultats de cette enquête révèlent
une jeune génération particulièrement
attentive au problème du racisme et ayant majoritairement
des attitudes de tolérance et d'ouverture. Cependant,
un certain nombre de résultats doivent être considérés
avec attention, car ils révèlent certains blocages
et la prégnance d'attitudes ambiguës chez certains
jeunes. D'une part, la majorité des 15-24 ans (54%)
considère que les comportement de certains peuvent
parfois justifier qu'on ait à leur égard des
réactions racistes, ce pourcentage s'élevant
à 61% chez les interviewés de droite (pour 48%
à gauche). D'autre part, certains résultats
globalement positifs ne doivent pas masquer les réticences
de ceux qui ne partagent pas l'opinion majoritaire :
ainsi, 3 jeunes sur 10 ne sont pas d'accord avec l'opinion
selon laquelle l'immigration est une chance pour la France,
près d'1 sur 5 (19%) considérant que les immigrés
représentent un risque pour la culture française,
et 21% d'entre eux ne concevant pas de partager leur vie avec
une personne d'origine nord- africaine.
La société
qu'ils imaginent dans 20 ans reflète assez bien cette
tendance générale à l'ouverture et la
tolérance, mais où tensions et blocages sont
bien présents : pour 72% des interviewés,
les différentes communautés vivront ensemble,
mais 27% d'entre eux pensent au contraire qu'elles seront
séparées. Mais la majorité des 15-24
ans (64%) pense que ces communautés coexisteront avec
des tensions, alors que 35% jugent au contraire qu'elles vivront
en bonne entente.
Julien ZALC

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