Le bilan de Jacques
Chirac
Le 10 avril 2002 - L'action
de Jacques Chirac comme président de la République est jugée globalement négative
par la majorité des Français. Il ne faut pas confondre cette évaluation faite
par les citoyens ni avec l'image personnelle du chef de l'État, ni avec les intentions
de vote des électeurs. Elle n'en constitue pas moins une donnée importante dans
l'optique d'un second tour pour lequel Jacques Chirac a toutes les chances de
se qualifier. 52 % des Français jugent en effet son bilan négatif, contre 40 %
d'opinions inverses. En 2000 et 2001, les réponses favorables l'emportaient. Cette
fois-ci il en va autrement, les hommes, les 25-50 ans, les cadres et les professions
intermédiaires se montrent les plus critiques. En fait, les électeurs de droite
(RPR mais aussi Démocratie libérale) sont les seuls majoritairement positifs.
À titre de comparaison, Jacques Chirac fait cependant mieux dans l'esprit des
Français que Valéry Giscard d'Estaing en 1981 mais nettement moins bien que François
Mitterrand en 1988, lorsque les deux chefs de l'État sortants sollicitaient eux
aussi un second mandat.
Si l'on examine maintenant
le bilan de l'action de Jacques Chirac domaine par domaine, on constate que dans
l'esprit des Français, il est positif dans quatre secteurs et négatif dans onze.
C'est avant tout l'action internationale de Jacques Chirac qui obtient l'assentiment
des Français sept ans après son entrée en fonction : la construction européenne
est le registre qui lui réussit le mieux. Son bilan y est considéré comme positif
par 63 % des Français contre 25 %. C'est à la fois son meilleur score, et le seul
sujet sur lequel l'image de son action s'améliore par rapport à l'année dernière.
Il recueille cependant également des appréciations positives sur la place de la
France dans le monde, la défense nationale et les libertés. Là-dessus, le président
de cohabitation est considéré comme ayant bien rempli sa tâche.
En revanche, sur les
autres sujets, le bilan de son action est jugé négatif. C'est vrai du fonctionnement
des institutions, ce qui prouve que les Français se lassent de la cohabitation.
C'est vrai également de thèmes aussi divers que l'environnement (31 % de jugements
positifs, 55 % de négatifs et 67 % d'opinions critiques chez les écologistes)
ou que l'unité des Français et même que la lutte contre le racisme. Ce sont cependant
les sujets sociaux dont le bilan est le plus critique. Qu'il s'agisse de la paix
sociale, de la politique sociale à proprement parler (retraite, Sécurité sociale,
durée du travail), réforme ou réduction des inégalités, l'appréciation des Français
apparaît franchement négative. Sur ces sujets-là, l'image de Jacques Chirac est
sans doute assimilée à celle de la droite et ses critiques contre le gouvernement
sont sans doute restées dans les mémoire. La moralisation de la vie politique
fait l'objet d'un jugement particulièrement sévère de son action (67 % d'avis
négatifs, 15 % d'avis positifs, trois sur quatre des électeurs de droite se montrent
eux aussi sévères).
Bizarrement, s'agissant
de l'immigration et de la sécurité des citoyens, son bilan est beaucoup critiqué,
y compris à droite et même dans son propre électorat. Pour le coup, son action
(limitée dans ces deux domaines par la cohabitation) doit être confondue avec
celle du gouvernement dans l'esprit des Français. En tous cas, l'évaluation globale
de son action depuis son élection est regardée sévèrement, sauf parmi ses propres
électeurs. L'approche du premier tour de l'élection présidentielle y est sans
doute pour quelque chose, puisqu'elle mobilise peu à peu les différents camps
et qu'elle expose Jacques Chirac, comme d'ailleurs Lionel Jospin, à tous les mécontentements
et à toutes les protestations qui cristallisent ces périodes- là. Une majorité
de Français (51 % contre 37 %) trouve de la même manière les propositions de Jacques
Chirac pour l'élection présidentielle insatisfaisantes, notamment, là encore,
chez les hommes, les 25-50 ans, les salariés et, bien sûr, les électeurs de gauche.
En revanche, chez ceux qui votent RPR ou UDF, l'évaluation est positive. En fait,
la campagne présidentielle est toujours douloureuse pour les sortants (sauf pour
François Mitterrand en 1988, parce que le clivage avec Jacques Chirac était plus
profond et que le vieux président socialiste avait su incarner l'unité nationale
dans plusieurs domaines). Il est vrai qu'en l'occurrence, Lionel Jospin, co-sortant
et cohabitant, court les mêmes risques que Jacques Chirac et souffrira lui aussi
de handicaps. Reste que le décalage entre la popularité de Jacques Chirac et l'image
de son bilan est impressionnant.
Alain
DUHAMEL
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