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Jacques Chirac cinq
ans après
Le 10 mai
2000 - Voilà un sondage qui va faire du bruit. Il
a été réalisé à l'occasion du cinquième anniversaire de l'élection de Jacques
Chirac à la présidence de la République. Il reflète fidèlement l'opinion actuelle
des Français. Leur verdict est aussi clair que contrasté. Le bilan de Jacques
Chirac est considéré comme globalement positif mais une nette majorité de Français
ne souhaite pas que le chef de l'Etat soit réélu en 2002. Cette apparente contradiction
est en fait sans mystère lorsqu'on regarde de plus près les détails de l'enquête.
56 % des Français jugent le bilan
de Jacques Chirac positif, 28 % le jugent négatif. Ces chiffres sont les plus
laudatifs depuis que Jacques Chirac a été élu. Le bilan de ses premières années
était régulièrement négatif. Cette fois-ci, le jugement s'inverse en sa faveur.
Il faut remonter à 1989 (première année du second septennat de François Mitterrand)
pour obtenir un chiffre aussi flatteur. Depuis vingt-cinq ans, seul Valéry Giscard
d'Estaing en 1978 a fait nettement mieux. La performance de Jacques Chirac est
donc impressionnante. Les femmes, les personnes âgées, les travailleurs
indépendants, les électeurs de la droite parlementaire mais aussi, à un moindre
degré, ceux du PS, constituent actuellement ses appuis les plus solides.
Mais justement : quand on
passe plus concrètement au bilan présidentiel, secteur par secteur, domaine d'intervention
par domaine d'intervention, on constate que le jugement est beaucoup plus sévère.
En fait, le président de cohabitation est apprécié mais le président maître de
son gouvernement et de sa majorité est critiqué. Dans ce bilan détaillé, ce qui
relève des attributions du chef de l'Etat cohabitant avec Lionel Jospin depuis
1997 est approuvé, ce qui relève de son action antérieure dans les domaines de
politique intérieure ne l'est pas. Du coup, sur quinze secteurs examinés un à
un, le bilan n'est positif que dans six cas, alors qu'il est négatif dans neuf.
Sans surprise, la place de la France dans le monde, les libertés, la défense nationale,
la construction européenne, à un moindre degré la paix sociale et (de justesse)
le fonctionnement des institutions satisfont les Français. Là-dessus, Jacques
Chirac est approuvé. Il l'est même - sauf à propos du fonctionnement des institutions
- plus que les années précédentes.
En revanche, ce qui tient de l'action
gouvernementale lui réussit beaucoup moins bien. Son bilan obtient des scores
très négatifs à propos de la réduction des inégalités, de la position sociale,
des réformes ou de la lutte contre le racisme. De même, ce qui concerne son bilan
en matière d'immigration et de sécurité est mal ressenti. Des questions comme
l'environnement, l'unité des Français ou la moralisation de la vie politique sont
placées à son débit. Souvent, les résultats ressortent un peu moins négativement
que les années précédentes. Il n'empêche : les Français apprécient Jacques
Chirac président mais critiquent assez fortement Jacques Chirac gouvernant. Ils
préfèrent le chef de l'Etat en tandem avec un Lionel Jospin autonome plutôt qu'en
binôme avec un Premier ministre subordonné.
D'où ce chiffre qui fera choc :
54 % des Français ne souhaitent pas que Jacques Chirac soit réélu, contre 35 %
seulement qui souhaitent sa réélection. Naturellement, ce score enregistre un
sentiment en mai 2000, deux ans avant le second tour de la prochaine élection
présidentielle : toutes les variations sont possibles en ce laps de temps
comme d'ailleurs on vient de le constater depuis 1997. Par ailleurs, une nette
majorité ne souhaite pas la réélection de Jacques Chirac mais rien ne dit que
la même majorité souhaite l'élection de son adversaire. Reste le chiffre, dans
sa brutalité. Les non sont particulièrement nombreux chez les hommes, les jeunes
et - le cas est rare - dans l'ensemble de la population active. Si les cadres
sont, comme toujours, les plus sévères, les travailleurs indépendants, généralement
favorables à Jacques Chirac, l'abandonnent ici. La gauche ne souhaite évidemment
pas sa réélection mais, si l'électorat de droite le soutient (66 % contre 28 %),
il manque beaucoup d'appuis chez ceux qui votent à l'extrême-droite mais également
pour Démocratie libérale et, à un moindre degré pour le RPF. Tout cela ne constitue
pas un pronostic mais, cinq ans après l'élection de Jacques Chirac, un avertissement.
Sympathique aux Français, efficace sur le plan international, jouant le jeu de
la cohabitation, le président ne suscite pas aujourd'hui le désir de lui voir
confier de nouveau le contrôle du pouvoir gouvernemental.
Alain DUHAMEL
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