Les Français, la politique
et la représentation
Le 10 juillet 2002 - La crise de la politique qui s'est
manifestée si spectaculairement le 21 avril, au premier tour de l'élection présidentielle
avec les 20% obtenues par l'extrême-droite, puis de nouveau avec l'abstention-record
des élections législatives, est très présente dans l'esprit des français :
50% d'entre eux (contre 48%) considèrent en effet que la démocratie fonctionne
mal dans notre pays. C'est le jugement le plus négatif depuis six ans. Les femmes,
les jeunes, les électeurs écologistes mais surtout les chômeurs, les commerçants,
artisans et chefs d'entreprise et, plus encore, les électeurs du Front national
sont les plus pessimistes. Cette inquiétude doit donc être prise au sérieux.
Et cependant, l'image que les Français se font de la politique s'améliore
légèrement. Tout ce passe comme si le double choc des récentes élections avait
à la fois profondément marqué mais aussi un peu revalorisé le scène publique.
Ainsi les Français sont-ils plus nombreux que l'an passé à bien se reconnaître
en un parti politique ou en un leader politique : ils étaient 23% en 2001,
ils sont 28% aujourd'hui sur le premier point ; ils étaient 22% l'an passé
sur le second point, ils sont 26% cette fois-ci. Le score reste certes globalement
négatif mais il progresse pour la première fois depuis les élections législatives
de 1997. Les plus réfractaires sont, là encore, les femmes, les jeunes, les travailleurs
indépendants et les chômeurs. Politiquement, le plus spectaculaire est que la
droite, RPR comme UDF, se revalorise aux yeux de ses électeurs mais que la gauche,
et surtout le Parti socialiste, se dévalorise aux yeux de ses supporters. Il faut
y voir, bien sûr, le contre-coup de la défaite mais également le désarroi né du
retrait volontaire de Lionel Jospin de la vie politique.
Pour le reste, la méfiance vis à vis de la politique recule légèrement (53%
contre 58% l'an passé et 64% il y a deux ans), tout comme l'ennui et le dégoût.
En revanche, l'espoir progresse sensiblement (38% contre 25% l'année dernière),
le respect et l'intérêt, plus modestement. Si la représentation générale est très
noire, elle s'éclaircit donc par rapport à l'an passé. Cela se confirme d'ailleurs
sur un autre point, lui aussi très caractéristique : si une forte majorité
de Français continue à croire que les dirigeants politiques et les élus sont plutôt
corrompus, ils sont moins nombreux que l'an passé (59% contre 64%), alors que
ceux qui les jugent plutôt honnêtes progressent de 28% à 32%. Les électeurs du
Front national et des Verts, les chômeurs mais aussi les ouvriers sont ceux qui
croient le moins à la vertu des hommes politiques.
En revanche, une nette majorité de Français estime que la politique est une
activité honorable (61% contre 35%, meilleur score depuis quatre ans). Les hommes
de plus de 50 ans, les cadres et les intellectuels, les électeurs du RPR ,
de l'UDF et du PS sont les plus optimistes. Les Français sont en fait plus positifs
sur les institutions que sur les personnes. Ils jugent d'ailleurs avec une grande
constance que les hommes politiques se préoccupent peu de ce que pense la « France
d'en bas » pour reprendre l'expression à la mode : c'est le point de
vue habituel des deux tiers d'entre eux (64% contre 35%). Les cadres, les intellectuels
et les salariés du secteur public sont les plus optimistes, ainsi que les électeurs
de François Bayrou.
La franchise et la sincérité des réponses ne font en tous cas pas de doute,
puisque 90% des Français contre 9 % seulement, un rapport de forces très rare,
reconnaissent que le taux d'abstention des dernières élections législatives est
grave pour la démocratie. Ils sont même 95% chez les cadres et les intellectuels,
94% chez les employés, 98% chez les électeurs communistes et même 97% chez les
électeurs d'Olivier Besancenot et d'Arlette Laguiller, preuve que contrairement
à cette dernière, ils n'adhèrent pas au « bonnet blanc et blanc bonnet »
ou au « pareil au même ». En somme, les Français sont inquiets, attentifs
et plus respecteux qu'avant de la vie politique. On ne s'en plaindra pas.
Alain
DUHAMEL
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