Les Français et les impôts



Le 10 octobre 2000 - Réalisée à l'occasion de la "Journée du Livre économique" organisée par la Présidence du Sénat le 14 octobre 2000, cette enquête permet de faire le point sur les représentations fiscales et les attentes des Français près d'un mois après les baisses d'impôts annoncées par le gouvernement et les revendications des différentes catégories de la population à l'égard de la fiscalité sur les carburants.

Confirmation tout d'abord de la forte pression fiscale ressentie par l'opinion. 86% des personnes interrogées jugent le montant des impôts, des taxes et des cotisations sociales " insupportable ou excessif ", contre 13%.

Si la pression fiscale est largement ressentie par l'ensemble des catégories de la population, les femmes (90% pour 82% chez les hommes), les indépendants (92%), les ouvriers (93%) et les sympathisants de droite (90% pour 80% à gauche) sont ceux qui s'en plaignent le plus, le fait d'être soumis ou non à l'impôt sur le revenu n'ayant aucune influence sur les jugements.

Haro sur la fiscalité sur l'essence

L'augmentation du prix des carburants a laissé des traces. Dans une liste de 9 impôts acquittés par les Français, les taxes sur l'essence apparaissent en effet comme " les plus désagréables à payer " avec 49% des citations, devant la TVA (48%), la CSG/le RDS (42%) et l'impôt sur le revenu (41%). Les impôts indirects participent donc largement au mécontentement fiscal. La redevance télé (33%), les impôts locaux (28%), les taxes sur les alcools et les tabacs (12%), les cotisations pour la sécurité sociale (10%) et l'ISF (7%), s'ils participent à ce sentiment, sont toutefois moins largement cités. Si les personnes non imposables sur le revenu citent plus souvent que les autres les taxes sur l'essence ou la TVA (respectivement 56% et 50%, 1er et 2e rang), ces deux prélèvements, ainsi que l'IRPP, sont évoqués à des niveaux identiques par les personnes assujetties à l'impôt sur le revenu.

Des différences non négligeables apparaissent entre les sympathisants de droite et de gauche. Les premiers fustigent plus largement les taxes sur l'essence (50% pour 46% à gauche) mais surtout l'IRPP (45% contre 35%), alors que chez les sympathisants de gauche, c'est la TVA qui est citée comme l'impôt le plus désagréable à payer (54% pour 42% à droite).

Dans les autres catégories de la population, on constate que la grogne à l'égard de la fiscalité sur l'essence est plus forte chez les artisans-commerçants-industriels (63%) touchés en tant que particuliers et professionnels, les jeunes (59%) dont le budget est plus faible et proportionnellement plus amputé par l'augmentation du coût des carburants et les ouvriers (58%), pour la place qu'occupe la voiture et ses dépenses dans le budget.

Mais priorité à la baisse de la TVA

Dans ce contexte, en dépit de la gêne occasionnée par l'augmentation des prix des carburants, les personnes interrogées, parmi trois mesures que pourrait prendre le gouvernement, citent d'abord la baisse de la TVA (52%) avant une baisse des taxes sur l'essence (33%), le fait que seuls 15% d'entre eux optent pour une hausse du SMIC confirmant que c'est par l'intermédiaire d'une baisse des impôts que les Français attendent une augmentation de leur pouvoir d'achat. Le choix de la baisse de la TVA domine dans la totalité des catégories de la population, seuls les jeunes et les ouvriers se montrant plus partagés. On peut ici avancer l'hypothèse que si les prix des carburants ont nettement augmenté et entraîné un fort mécontentement, le fait d'opter pour la TVA est lié à son assiette plus large, celle-ci étant appliquée à l'ensemble des biens de consommation et des services. Du coup, celle-ci est acquittée de manière permanente par les Français. Une baisse serait donc plus bénéfique à long terme qu'une réduction ponctuelle de la fiscalité sur les carburants.

L'éducation et la santé apparaissent comme des attentes (hors le chômage et l'emploi) prioritaires des Français. Ces deux domaines sont ainsi cités par respectivement 56% et 48% d'entre eux parmi ceux dans lesquels le gouvernement devrait faire un effort particulièrement important dans les années à venir. Les banlieues (39%), l'aide sociale (36%) et la recherche (35%) apparaissent dans un deuxième groupe d'attentes, la défense et la culture venant aux deux derniers rangs des 12 domaines d'action cités.

Si la hiérarchie des trois premières priorités est identique à celle de l'ensemble de la population chez les sympathisants de gauche, ces derniers sont plus nombreux à citer l'éducation (63% pour 56% dans l'ensemble de la population et 49% à droite) et les banlieues (43% pour 33% à droite), les différences étant relativement faibles dans les autres domaines. A droite, la hiérarchie est identique, la spécificité résidant dans les attentes plus fortes en matière de police (35% pour 22% à gauche) et la moindre importance accordée à l'emploi dans le secteur public (15% pour 21% à gauche).

Une courte majorité favorable au prélèvement à la source

Enfin, une courte majorité des personnes interrogées (55% contre 43%) se déclare aujourd'hui favorable au prélèvement des impôts à la source, c'est à dire " que l'employeur les prélève chaque mois sur le bulletin de salaire, comme pour les cotisations sociales ". Si les personnes qui s'acquittent de l'IRPP y sont sensiblement plus favorables (57% contre 41%), les non assujettis se révèlent plus partagés (49% contre 49%). On constate par ailleurs que c'est chez les personnes dont les revenus sont les moins élevés, craignant certainement que leur pouvoir d'achat soit directement amputé par une telle mesure sans en avoir le contrôle, que les réticences sont les plus fortes : 53% des jeunes de 18 à 24 ans y sont opposés, de même que 56% des ouvriers. Enfin, alors que l'acceptation du prélèvement à la source culmine chez les cadres supérieurs (63%), son refus est largement majoritaire chez les sympathisants du Parti communiste (63%).

Stéphane Marcel




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