L'image de la gauche
vue par les Français


Le 10 novembre 2000 - L'image de la gauche est assez positive dans l'esprit des Français mais elle s'avère aussi assez contradictoire. Après trois ans et demi du gouvernement Jospin, on distingue aisément entre les motifs de satisfaction, désormais bien enracinés, et les déceptions et frustrations qui affleurent vigoureusement. Une majorité relative de Français (48 % contre 43 %) se déclare proche de la gauche : c'est un bon chiffre à moins d'un an et demi des élections législatives et présidentielle. Il indique que le socle de la gauche demeure robuste. Les plus proches sont, fait inimaginable il y a vingt ans, banal aujourd'hui, les cadres et les professions intellectuelles. Chez les salariés en règle générale, la balance demeure nettement positive. Elle l'est moins cependant chez les ouvriers, parmi lesquels les proches (44 %) ne l'emportent que d'un point sur les éloignés (43 %). Le proche de la gauche-type est donc aujourd'hui un " col blanc " d'âge moyen. À noter que parmi les électeurs écologistes, la proximité vis à vis de la gauche est moins forte que dans le reste de l'électorat de la majorité.

Parmi les motifs de satisfaction entretenant le sentiment de proximité, figure en bonne place la capacité de la gauche à renouveler ses dirigeants (c'est l'avis de 65 % des électeurs de gauche contre 26 % seulement) mais surtout le fait que la gauche passe pour avoir des solutions aux problèmes du pays : c'est ce que pense une majorité de Français (48 % contre 39 %) mais très nettement (69 % contre 21 %) la plupart des électeurs de gauche. Là encore, cadres, techniciens, maîtrise sont les plus positifs mais les ouvriers, cette fois, affirment leur accord (50 % contre 35 %). En revanche, une majorité de Français juge que la gauche est éloignée des préoccupations des gens comme eux (51 % contre 40 %), en particulier chez les ouvriers et les électeurs " Verts ". À remarquer que la gauche ne passe plus pour unie (55 % contre 35 %), ce que reconnaît même une moitié de son propre électorat. L'union était jusqu'à cette année l'un des atouts de la gauche vis à vis de la droite. Elle vient de le perdre. L'approche des élections la banalise sur ce plan, et en image, et en réalité.

En ce qui concerne les priorités que les Français souhaiteraient voir sélectionnées par la gauche, le chômage reste en tête (notamment de façon très marquée chez les jeunes, les ouvriers et les électeurs d'extrême-droite). La gauche obtient d'ailleurs une confiance nettement plus modeste pour sa capacité à y faire face, mais la question était posée avant que soient connus les derniers (et bons) chiffres du chômage. La baisse des impôts et l'avenir des retraites arrivent cependant en deuxième et troisième position. Dans les deux cas, il s'agit du pouvoir d'achat. La gauche n'inspire guère confiance sur ces thèmes, preuve que les annonces ne sont pas prises en considération et que seule compte la concrétisation mesurable. ce qui ne peut se faire avant l'an prochain. En attendant, les demandes sont nettement là. Les Français veulent toucher leur part des dividendes de la croissance, s'impatientent de ne pas pouvoir encore le faire, et en tiennent la gauche pour responsable.

C'est évidemment le Parti socialiste dont les électeurs se sentent le plus proches, lorsqu'on leur offre le choix de tout l'éventail de la gauche. Parti central de la majorité, parti réformiste muni d'une solide culture de gouvernement, parti rassemblant des sensibilités largement diverses, il arrive très nettement en tête avec 37 % (39 % chez les femmes, 43 % chez les cadres). Il devance les Verts, loin derrière mais bons deuxièmes avec 12 % (17 % chez les jeunes, 20 % chez les cadres), puis, à égalité, Lutte ouvrière et le Mouvement des citoyens avec 8 %, la première plus forte chez les jeunes et les ouvriers, le second chez les personnes âgées et dans l'électorat de droite. Avec 5 % seulement, le PC, distancé par l'extrême-gauche dans ses bastions traditionnels, n'a plus d'identité sociologique bien affirmée.

Quant aux personnalités qui incarnent, aux yeux des Français l'avenir de la gauche, c'est sans surprise, le trio Jospin-Aubry-Guigou qui émerge devançant un autre trio composé de Jack Lang, Jean-Pierre Chevènement et (dans l'électorat de gauche), François Hollande. La position de Lionel Jospin apparaît très solide mais Martine Aubry, servie il est vrai par le retentissement d'un départ très médiatisé du gouvernement, obtient elle aussi un excellent score, devançant même le Premier ministre chez les électeurs écologistes et, d'un souffle, chez les cadres et techniciens. Ainsi retrouve-t-on l'idée selon laquelle la gauche possède une réserve de personnalités et une capacité de renouvellement plus forte que chez ses adversaires.

Alain DUHAMEL




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