Le chômage en tête, plus que jamais
Les modifications qui interviennent dans la hiérarchie des préoccupations n'affectent pas, loin sans faut, la place de tête du chômage. Le taux d'inquiétude sur ce sujet n'est jamais cette année descendu en dessous de 68% (alors qu'en 2004, il avait en juillet baissé jusqu'à 65%). L'inquiétude a culminé en mai, moment de tension fort autour du référendum, mais faisant suite aussi à la polémique entourant la directive Bolkestein et les inquiétudes liées à la fin des quotas d'importation sur le textile chinois et l'effondrement des ventes de textile français, avec un taux de 78%. Elle s'est apaisée à la rentrée, passant en dessous de 70%, pour remonter nettement en fin d'année, avec un taux de 73%, et ceci malgré le recul des chiffres du chômage depuis plus de six mois consécutifs.
Au bilan 2005, des évolutions tendancielles sur la santé et le logement, et une stabilisation sur le pouvoir d'achat
Deux secteurs finissent l'année avec une évolution significative. D'abord, la santé et la qualité des soins : après avoir été jusqu'en octobre 2005 la seconde préoccupation des Français, derrière le chômage (mais avec un taux d'inquiétude nettement moindre), elle est sur la fin de l'année rejointe et dépassée de peu par les inquiétudes sur le financement des retraites et les inégalités sociales. Ce phénomène n'est pas tant dû à une hausse de l'inquiétude sur ces deux derniers points, qui finissent plutôt l'année en léger recul par rapport à leurs niveaux de fin 2004, qu'à vrai recul de l'inquiétude sur la santé et la qualité des soins, qui passe de 50% en décembre 2004 et janvier 2005, à 37% en décembre 2005. La baisse paraît tendancielle, malgré un sursaut d'inquiétude à le rentrée 2005, probablement dû à une grosse actualité sur la grippe aviaire et un nouvel épisode dans la réforme de l'assurance-maladie.
Ensuite, le logement : le niveau de préoccupation à ce sujet, oscillant entre 13% et 16% de niveau de préoccupation au premier semestre 2004, a progressivement franchi le seuil de 20%, pour arriver à 22% en septembre et octobre 2005 après les dramatiques incendies parisiens, puis à 25% les deux derniers mois de l'année. Au total, il est passé de 18% à 25 % en 2005.
Quand aux craintes sur l'évolution du pouvoir d'achat, dont nous avions observé en 2004 la forte hausse, passant de 28% en mars à 42% en novembre 2004, elles oscillent depuis entre 36% et 44%, avec là aussi un pic au moment du référendum, pour finir l'année en léger recul, avec 34% de citations.
Deux phases de tensions qui laissent peu de traces apparentes
dans la hiérarchie des préoccupations
L'année 2005 aura été marquée par deux phases de tensions sociopolitiques fortes. La première aura été, incontestablement, la campagne pour le référendum sur le traité constitutionnel européen du 29 mai 2005. Les deux mois précédents le scrutin ont été l'occasion de montées fortes des niveaux préoccupations, jusqu'à atteindre les points les plus hauts de l'année, dans plusieurs domaines : d'abord, le financement des retraites (42% en avril), les inégalités sociales (43% en avril, l'école et la qualité de l'enseignement (40%), l'évolution du pouvoir d'achat (44%) et le financement de l'assurance-maladie (29%) ; puis, juste quelques jours avant le scrutin, ces craintes ont marqué un léger recul, alors que les inquiétudes sur le chômage et l'emploi atteignaient un sommet avec 78%de citations. La période de campagne a exacerbé les insatisfactions et les craintes des Français, l'Europe agissant comme c'est souvent le cas dans l'opinion, voire chez les élites françaises, comme un bouc émissaire, alors même que le Gouvernement de Jean-Pierre Raffarin enregistrait des records d'impopularité. Sur ces domaines, l'inquiétude s'est ensuite dégonflée, pour atteindre en décembre 2005 des niveaux inférieurs à ceux enregistrés en décembre 2004.
Le second moment de crise est bien évidemment le moment des violences urbaines de novembre 2005. Elles ont, l'on pouvait s'y attendre, donné lieu à une remontée des préoccupations sur la sécurité des biens et des personnes, qui sont passées de 22% à 27% de citations entre fin octobre et fin novembre, elles enregistrent une progression de 5 points. Néanmoins, cette hausse n'a pas été aussi massive qu'on aurait pu s'y attendre. En novembre 2004, les préoccupations liées à la sécurité étaient plus élevées (30%). Sans doute en premier lieu parce qu'au moment où se déroule l'enquête, la crise est presque terminée, et le pic d'inquiétude de l'opinion est passé. Mais aussi parce que la crise que la France vient de traverser génère une angoisse multiforme et qui n'appelle pas uniquement des réponses sécuritaires. Ce n'est pas seulement la sécurité des biens et des personnes qui resurgit dans les préoccupations : les inquiétudes sur « le chômage et l'emploi » (73%, + 5 points) et sur « l'intégration et les relations entre groupes sociaux » (17%, + 5 points) progressent tout autant. L'école et la qualité de l'enseignement, le logement, le rôle de la famille ont également progressé, de 3 points chacun. Mais le niveau d'inquiétude enregistré un mois après, en décembre, avait déjà reculé.