Le 11 mars 2005 - Ceux
qui aujourd'hui, malgré les résultats de sondages, parlent d'une
poussée du non ont en tête le scénario du référendum
sur Maastricht, voulu, en septembre 1992, par François Mitterrand. Le oui,
alors, était parti de très haut - bien plus haut qu'aujourd'hui
- mais il n'avait cessé de décliner pour ne l'emporter au final
que d'extrême justesse. De pareilles évolutions sont-elles envisageables
alors que vient de s'ouvrir la campagne sur la Constitution européenne
?
Les Français que l'on interroge découvrent
progressivement le texte et les enjeux d'un référendum qui restait,
jusqu'il y a peu, un rendez-vous virtuel. Personne, bien sûr, ne peut préjuger
des effets réels de la campagne. Si l'enjeu final est "pour ou contre
l'Europe", le oui l'emportera nettement. Si en revanche, les Français
ont le sentiment qu'on leur dissimule la vérité et qu'on cherche
à les piéger, que ce soit à travers la Turquie ou la thématique
d'une Europe trop libérale, le non peut monter, particulièrement
dans les catégories populaires.
Pour autant, 2004 n'est pas 1992. Assimiler les
deux scrutins me semble être, de la part de quelques commentateurs, une
manière de se protéger en décrétant que ce qui s'est
passé hier, se reproduira nécessairement demain puisqu'il s'agit,
dans les deux cas, d'un référendum sur l'Europe! C'est ainsi qu'on
en vient à sur-interpréter la moindre évolution du non, voire
à invoquer des données contraires à celles qu'on a soi même
receuillies.
Les deux référendums sont en fait
de natures extrêmement différentes. Le référendum sur
Maastricht a été l'occasion d'une véritable controverse entre
pro-européens et défenseurs de la souveraineté nationale.
On n'en est plus là aujourd'hui. Les Français, dans l'état
actuel de leurs réflexions, considèrent qu'il ne s'agit plus de
trancher entre deux visions de la politique et du monde. Ils jugent que le référendum
sur la Constitution européenne est important mais que l'enjeu n'est pas
du même niveau qu'il y a douze ans. Hier, à travers la création
de l'euro, on touchait à l'essentiel. Aujourd'hui, on précise l'architecture
de la construction européenne. La passion n'est pas la même. Cela
jouera sur le niveau d'abstention, laquelle sera sans doute élevée.
Lors de la campagne de Maastricht, on avait assisté
également à une théatralisation du débat dont l'expression
achevée avait été le face à face télévisé
entre François Mitterrand et de Philippe Séguin, depuis le grand
amphi de la Sorbonne. D'où une lecture claire, lisible et duale des enjeux
du scrutin. Rien de tel, aujourd'hui. Dire, en tout cas, que la chance du non,
en 2005, est d'être porté par des acteurs multiples et prétendre
que cette configuration favorise l'agrégation des mécontentements
relève de la croyance ou d'une affirmation gratuite.
Enfin, je ne crois pas au dernier argument qui
sous-tend la comparaison entre les deux référendums : c'est-à-dire
l'annonce d'un vote sanction lors d'une élection intermédiaire.
En 1992, dans les catégories populaires, on avait assisté à
la conjonction d'une défiance à l'égard de l'Europe, imposée
d'en haut, perçue comme une menace et d'un puissant rejet d'une gauche
que ces mêmes catégories avaient poussé au pouvoir, quatre
ans plus tôt.
Quelque soit le niveau d'impopularité du
gouvernement Raffarin, ce n'est pas la configuration actuelle. La sanction a déjà
eu lieu dans les urnes, l'année dernière, lors des élections
régionales. Les Français savent que ce référendum
porte sur l'organisation de l'Europe et que, là, le clivage n'est pas entre
la gauche et la droite. C'est pour cela qu'on peut sans doute envisager, qu'au
terme d'une campagne réussie, le non soit, au final, à haut niveau.
Retenir, en revanche, l'hypothèse de sa victoire est aujourd'hui très
audacieux.