Le 11 juin 2004 - Le
débat politique qui entoure la désignation prochaine des députés
européens au Parlement de Strasbourg ne peut pas être séparé
de sa toile de fond : l'attitude des électeurs face au processus même
de construction européenne. Or, dans ce domaine, on se trouve en face d'une
situation préoccupante : le niveau élevé de l'euroscepticisme
en France comme dans l'Union aujourd'hui.
Un niveau élevé
en France comme dans le reste de l'Union
Réalisés sous l'égide de
Bruxelles, les eurobaromètres mesurent l'attachement à l'Europe,
à l'aide de différentes questions répétées
deux fois chaque année. Dans l'ensemble formé par les 15 pays de
l'Union, les évolutions dans ce domaine sont significatives depuis 20 ans.
Les années 80 sont celles d'une montée de l'attachement à
l'Union. On est passé d'environ 50% des citoyens des Etats concernés
qui pensent que l'Europe est une " bonne chose " pour les habitants
de leurs pays au début de cette décennie à un taux de quelque
72% en 1991. Mais depuis ce pic, l'attachement à l'Union s'est effrité
: il est retombé à environ 50% dans le 2e moitié des années
90. Après une légère embellie au début des années
2000, oscillant autour de 54% d'opinions favorables, on observe une chute à
l'automne 2003 : 48% des habitants des pays de l'Union pensent désormais
que l'appartenance à l'Union est une bonne chose. Ils sont donc minoritaires,
et presque à égalité avec les Européens qui pensent
que cette appartenance est une " mauvaise chose " (15%) ou une chose
" ni bonne ni mauvaise " (31%) - 6% ne se prononçant pas.
De toute évidence, la perspective de l'élargissement
avec les craintes de délocalisations et de mouvement d'immigration générateur
de chômage dans une Europe où la reprise se fait attendre ne sont
pas étrangers à cette évolution. Et il faut ajouter les critiques
formulées à l'encontre du projet de constitution européenne,
dont les adversaires soulignent que son application " graverait dans le marbre
" constitutionnel le caractère libéral de l'Europe.
Un mouvement
qui alimente plutôt les listes souverainistes
Dans ce tableau général, la France
est même plus eurosceptique désormais que la moyenne des Etats concernés.
Les " euroenthousiastes " ne sont plus que 44% en 2003, tandis que ceux
qui pensent que l'Europe n'est une chose ni bonne ni mauvaise sont passés
de 20% en 1990 à 31%, et ceux pour qui l'Europe est une mauvaise chose
de 10 à 17%. Réunies, ces deux populations, au mieux dubitatives,
au pire franchement critiques quant aux effets bénéfiques du processus
de construction européenne forment donc désormais un ensemble plus
important que celui des Français pour qui l'Europe reste un projet positif
pour leur pays.
La traduction en terme partisan de ces évolutions
n'est pas immédiate. Mais il est clair que ces mouvements alimentent plutôt,
toutes choses égales par ailleurs, les listes souverainistes. En France,
cette conséquence est toutefois limitée par deux phénomènes.
En premier lieu, les partis historiquement pro-européens comme l'UDF, le
Parti socialiste ou l'UMP ont repris à leur compte un certain nombre d'exigences
quant à l'Europe. Le slogan de campagne des socialistes - " et maintenant
l'Europe sociale " - en témoigne, de même que le refus de l'adhésion
à l'Europe de la Turquie pour l'UDF. Surtout, le nouveau régime
électoral, avec la constitution de circonscriptions régionales risque
d'empêcher les formations souverainistes de parvenir au seuil de 5% dans
certaines régions, et donc de limiter leur nombre de députés.
Mais l'inconnue que constitue la participation électorale laisse cependant
très ouverte l'issue de ce scrutin - cette fois davantage encore qu'à
l'habitude.