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Les Français et les institutions avant le référendum sur
le quinquennat
Le 11 septembre 2000 - L'approche
du référendum sur le quinquennat, la controverse sur la Corse et
le refus de la justice d'envisager la mise en cause du Président de la
République pour des faits antérieurs à son élection
fournissent un certain nombre de sujets de réflexion institutionnels sur
lesquels la SOFRES a interrogé les Français pour le compte du Figaro-Magazine.
Les
institutions de la Vème République : consensus pour un statu
quo Interrogés
de manière générale sur le fonctionnement des institutions
de la Vème République, les Français sont sans équivoque.
Plus de sept sur dix estiment que les institutions ont bien fonctionné
depuis 1958, contre 21% d'avis inverse. Mais ce qui frappe, c'est que ces jugements
n'ont cessé de s'améliorer au fil des ans: ils étaient 56%
à se montrer satisfaits du fonctionnement des institutions en 1978, 61%
en 1992 et 71% donc aujourd'hui. Ces jugements sont majoritaires dans l'ensemble
des catégories, et la gauche et la droite font preuve d'un bel unanimisme.
La " plasticité " de la Constitution, sa capacité
à s'adapter aux diverses pratiques qu'ont engendré les alternances
multiples et les trois cohabitations sans générer de crise majeure
y est sans doute pour beaucoup. Le
faible intérêt que manifestent les Français à l'égard
du quinquennat pourrait laisser penser que nos concitoyens se montrent relativement
peu passionnés par les débats constitutionnels. Certains résultats
de notre sondage vont apparemment dans ce sens puisque ni la réforme des
modes de scrutin chère au Premier ministre (concernant le Sénat
en tout cas), ni la réduction des pouvoirs du Président de la République,
ni l'équilibre des pouvoirs entre l'exécutif et le législatif,
ni enfin la question des pouvoirs dévolus aux assemblées locales
ne semblent prioritaires à leurs yeux. En
réalité, si ces sujets paraissent secondaires, c'est qu'ils ne sont
pas à la source de dysfonctionnement du système politique aux yeux
des Français. Ceux-ci ne sont pas indifférents aux enjeux institutionnels
qui provoquent un réel débat public - la première cohabitation
a été riche de polémiques politiques fortes autour de ces
enjeux, comme la signature des ordonnances, par exemple - ce qui, on en conviendra,
n'est toujours pas le cas du quinquennat qui bénéficie d'un consensus
assez large. Dans ces conditions, il ne faut guère s'étonner de
voir figurer parmi les priorités institutionnelles des Français
ce qui a suscité leur méfiance durable vis à vis de la politique
et de ses acteurs : les rapports entre le politique et la justice - l'indépendance
de la justice et la responsabilité des élus - et le cumul des mandats. Le
Ni-Ni : ni régime présidentiel, ni suppression du Sénat Laissons
momentanément les sources d'insatisfaction de côté. Puisque
les institutions ont démontré leur longévité et leur
adaptabilité, pourquoi changer de régime ? 70% des Français
se montrent ainsi opposés à l'évolution vers un régime
présidentiel (suppression du poste de Premier ministre et accroissement
des pouvoirs du parlement), contre 19% ; et ce jugement domine dans l'ensemble
des catégories socio-politiques. A l'inverse, ceux qui se lamentent des
dérives de la " monarchie républicaine " en
seront pour leurs frais : les Français ne voient pas vraiment où
réside le problème des pouvoirs du Président. D'ailleurs,
60% des personnes interrogées souhaitent qu'à partir de l'élection
présidentielle de 2002 le Président conserve " le même
rôle qu'actuellement ", 27% préférant un accroissement
et 8% une réduction de son rôle au sein des institutions. Certes
39% des sympathisants de droite souhaitent un accroissement du rôle du Président,
mais on y verra un soutien prononcé à l'égard de l'actuel
Président de la République plutôt qu'une réflexion
approfondie sur l'équilibre des pouvoirs au sein des institutions. Quant
à la gauche, elle s'est tellement coulée dans les institutions du
" coup d'État permanent " qu'elle en redemande pour
l'avenir (65% des sympathisants de gauche souhaitent le même rôle
présidentiel qu'actuellement). Statu
quo donc sur le rôle général du Président au sein des
institutions. Mais statu quo également sur certaines de ses principales
prérogatives : 58% des personnes interrogées rejetteraient
la suppression éventuelle de l'article 16 " qui donne les pleins
pouvoirs au président de la République en cas de crise grave" "(contre
29%) ; 61% s'opposeraient à la suppression du droit de dissolution
de l'Assemblée nationale (contre 26%). Ni moins, ni plus de pouvoirs :
57% seraient réfractaires à " la possibilité pour
le Président de démissionner le Premier ministre quand il le souhaite "
(contre 34%). Derrière
ces résultats relativement consensuels, on peine à trouver la trace
de réponses idéologiques voire partisanes, à deux exception
près. Une majorité des sympathisants de droite souhaite voir offerte
la possibilité au Président de démissionner le Premier ministre
" quand il le souhaite ", allusion transparente à la
situation politique actuelle. En revanche, ces mêmes sympathisants de droite
ne souhaitent pas la disparition du droit de dissolution, malgré ses conséquences
parfois cruelles. Par ailleurs, la crainte
des pleins pouvoirs au Président propre aux sympathisants de gauche en
général et communistes en particulier se manifeste encore dans le
fait que 46% des sympathisants du PC souhaitent voir supprimer l'article 16, pour
34% au PS et 27% à droite. Voilà pour le passé. Enfin,
statu quo également pour le bicamérisme. 59% des personnes interrogées
estiment préférable, dans une démocratie comme la France,
d'avoir deux Assemblées comme actuellement, contre 31%. Pour
ce qui est du présent et du futur, les réponses des personnes interrogées
sont elles aussi particulièrement claires, qu'il s'agisse des conséquences
du quinquennat ou des relations entre la justice et le politique. Le
quinquennat : rien de révolutionnaire !
A deux semaines du référendum
du 24 septembre sur le quinquennat, les Français se montrent relativement
sereins. Mobilisés par d'autres questions qui perturbent plus sûrement
leur quotidien, ces derniers manifestent à son égard, on le sait,
un faible intérêt (voir
notre dernière enquête réalisée pour Le Figaro).
Partisans depuis une vingtaine d'années de la réduction du mandat
présidentiel de 7 à 5 ans, ils estiment majoritairement (60%) que
cela n'aura aucune conséquence sur le rôle du Président de
la République (18% estiment que cela va l'affaiblir et 16% le renforcer).
Par ailleurs, 57% jugent que " cette réforme est satisfaisante,
il ne faut pas réformer davantage la fonction de Président de la
République ", seuls 16% estimant que l'on ne va pas assez loin
et 11% trop loin.
Une
mesure consensuelle donc, qui n'a rien de révolutionnaire, et dont les
Français considèrent qu'elle ne changera rien au rôle du Président.
Voilà qui explique le peu d'empressement et d'intérêt pour
un sujet qui risque de fabriquer plus d'abstention que de controverse, et qui
satisfera ceux qui plaidaient pour une réforme en Congrès plutôt
que par la procédure référendaire. La
justice pour tous
C'est sur l'épineux problème
des relations entre la justice et la politique - prioritaire aux yeux des Français
- que cette enquête apporte les résultats les plus tranchés.
Critiques à l'égard de la politique, soupçonneux face à
ses acteurs (voir notre enquête sur l'image
de la politique), et persuadés que la justice ne traite pas de
la même manière les hommes politiques et les autres, les Français
revendiquent une sévérité judiciaire qui s'affranchisse de
la séparation des pouvoirs.
Ceci
est vrai pour le Président de la République : deux tiers des
personnes interrogées jugent " anormal " que le Président
soit à l'abri de la justice pour des actes antérieurs à son
élection (contre 28%). L'esprit partisan produisant ses effets, 75% des
sympathisants de gauche adhèrent à ce jugement, mais les sympathisants
de droite ne sont pas en reste : une majorité de 54% y adhère
également. Ces
réponses ne sont pas un cas spécifique. Car les Français
adoptent le même point de vue à l'égard d'actes " en
rapport avec leurs fonctions " commis par des ministres . 71% souhaitent
qu'ils soient jugés par des tribunaux ordinaires et 21% par la Cour de
Justice de la République " car leurs responsabilités sont
politiques ". Sur ce point, sympathisants de gauche et de droite sont
à l'unisson. Une
justice identique pour tous, voilà ce qui couronnerait nos institutions
si parfaites. même si certains doivent en faire les frais, comme le Président
de la République. Mais l'idée que le droit doit être plus
fort que le pouvoir, même présidentiel, même investi par les
urnes, sera compris par les uns comme un approfondissement de la maturité
démocratique des citoyens, par les autres comme un inquiétant premier
pas vers le tant fantasmé " gouvernement des juges ". Didier
WITKOWSKI |