| Les
réactions des Français à la grève des transporteurs
routiers
Le
11 septembre 2000 - Même si la crainte
de la panne sèche s'éloigne, les Français se montrent peu
reconnaissants envers le gouvernement de Lionel Jospin. Deux tiers d'entre eux,
interrogés vendredi et samedi pour Le Figaro (avant et le
jour de la levée progressive des barrages), se montrent insatisfaits de
la manière dont le gouvernement a géré la crise des routiers
(contre 30%). En dépit d'une certaine tolérance affichée
par les sympathisants de gauche, une majorité de 51% se déclare
insatisfaite. Une insatisfaction qui s'établit à 74% chez les sympathisants
de l'opposition. On
peut entrevoir derrière ces jugements une critique de la méthode
gouvernementale voire du discours de fermeté tenu par le Premier ministre.
Mais on doit surtout y voir un soutien massif à une revendication certes
portée par une série de corporations professionnelles, mais qui
les dépasse largement. Les Français se montrent tout simplement
exaspérés par la hausse des prix des carburants à la pompe.
Il ont trouvé ici une possibilité de voir certaines de leurs revendication
portées par d'autres, en dépit des désagréments causés
par la pénurie de carburant dans certaines régions. Une grève
par procuration de même nature que celle de 1995 qui avait fait tant de
mal au gouvernement d'Alain Juppé, largement soutenue par les Français :
75% des personnes interrogées ce week-end déclaraient avoir " beaucoup
ou assez "de sympathie à l'égard du mouvement de grève
des transporteurs routiers (contre 24%). Ce soutien, largement consensuel, est
aussi fort à droite qu'à gauche et se révèle particulièrement
élevé chez les écologistes (74%). De quoi faire réfléchir
les représentants de ce mouvement. Le
blocus levé, et les revendications des différentes catégories
partiellement prises en compte - certains parlent de frustration et promettent
de nouvelles actions -, les Français restent aujourd'hui sans voix pour
transmettre leur mécontentement. Or, on peut s'interroger sur leur sentiment
face aux réductions de taxes accordées aux professionnels, alors
même qu'aucune baisse de cette sorte n'a été réservée
aux particuliers lors des annonces de la semaine dernière. C'est donc maintenant
du côté des Français eux-mêmes que le gouvernement devrait
regarder, car trois sur quatre se déclarent prêts à manifester
" si le prix de l'essence continuait à augmenter dans les jours
et semaines qui viennent " (contre 24%). Privés de porte-voix,
les Français pourrait bien un jour faire entendre la leur. Stéphane
Marcel
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