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Les Français
et l'agriculture
Le 12 janvier 2001 - En 2000, l'actualité a été largement marquée par
les questions de sécurité alimentaire, le débat sur la " mal
bouffe ", et l'interdiction des farines carnées. Le monde agricole,
et notamment la filière bovine, a donc été directement ou
indirectement au cour des préoccupation des médias, et donc des
Français. La troisième vague du baromètre annuel que réalise
la SOFRES pour SIGMA (Union nationale des Coopératives
agricoles de Collecte) et l'UNCAA (Union des coopératives
agricoles d'agrofourniture) montre qu'en dépit de ces événements,
l'agriculture continue de bénéficier d'une bonne image auprès
des Français, notamment parce qu'elle joue un rôle prépondérant
pour l'économie française et la protection de l'environnement. Par
ailleurs, les Français manifestent une forte attente à l'égard
de la qualité des produit, et se montrent fermement opposés aux
OGM.
L'agriculture
conserve une bonne image auprès des français
En dépit
de la médiatisation de la maladie de la vache folle
et des questions de sécurité alimentaire, l'agriculture
conserve une très bonne image aux yeux des Français.
Peut-être les Français se montrent-ils indulgents
au regard du fait qu'ils estiment, à une large majorité
(63% contre 23%), que les agriculteurs en France font de réels
efforts pour assurer la sécurité alimentaire.
Mais si l'agriculture
conserve une bonne image, c'est notamment parce qu'elle joue
un rôle important et positif tant pour l'économie
que pour la protection de l'environnement. Près de
trois Français sur quatre (71%) jugent aujourd'hui
que l'agriculture est une chance pour notre économie,
" il faut lui donner une place encore plus importante ",
alors que seul un quart estime au contraire que la place qui
lui est accordée " est suffisante, il
est plus important de développer d'autres secteurs ".
Ce jugement est majoritaire dans l'ensemble des catégories
de la population, et plus fort encore dans la France rurale
(agriculteurs 88%, villes de moins de 2000 ha. 74%). Mais
les urbains y adhèrent aussi largement. Ce jugement
est en constante amélioration : 58% en 1998 ,
67% en 1999 et 71% aujourd'hui. Ceci confirme une nouvelle
fois l'attachement des Français à l'égard
de l'agriculture, et leur soutien à une profession
touchée de plein fouet par la crise de la vache folle.
Cet attachement
se manifeste encore dans les réponses qu'apportent
les Français à la question sur l'aide à
apporter à ce secteur d'activité. 81% des personnes
interrogées (contre 15%, stable par rapport à
l'an dernier) jugent plus opportun, pour un pays comme la
France, d' " aider l'agriculture pour conserver
un secteur agricole important, même si certaines productions
reviennent plus cher qu'à l'étranger ",
plutôt que de " laisser jouer librement
les mécanismes de la concurrence, quitte à assister
à la disparition de certaines catégories d'agriculteurs ".
On savait les Français méfiants à l'égard
du " libéralisme à tout crin "
et des effets pervers de la mondialisation, en voilà
une nouvelle confirmation. Et ceci vaut aussi bien pour les
sympathisants de droite que de gauche.
Chance pour
l'économie, soutenue et protégée par
la population, l'agriculture française est également
perçue comme compétitive par rapport à
celle de ses voisins européens : 75% des personnes
interrogées (stable par rapport à 1999) adhèrent
à ce jugement, contre 17% seulement qui ont un avis
contraire. Un point de vue consensuel qui traverse l'ensemble
des catégories de la population.
Au delà
de son rôle clé dans le domaine économique,
l'agriculture est aussi perçue comme protectrice de
l'environnement. Une majorité des Français (66%
contre 32%) estime en effet que l'agriculture joue un rôle
positif pour la sauvegarde de la nature. Un jugement qui domine
dans l'ensemble des catégories de la population, mais
sur lequel sont plus réticents les jeunes (55%) et
les écologistes (55%), qui y sont particulièrement
sensibles.
L'agriculture
performante doit privilégier la qualité des
produits
Sur le concept d'"agriculture
performante", les jugements des Français témoignent d'une distorsion
entre la réalité et l'idéal. La réalité :
39% des personnes interrogées estiment que l'agriculture, en France, aujourd'hui,
privilégie le volume produit (stable), 34% la qualité des produits
(stable également), 12% l'environnement (+4) et 10% le revenu des agriculteurs
(10%). Dans l'idéal, aux yeux des Français, une " agriculture
performante " devrait d'abord, et sensiblement plus que l'an dernier,
privilégier la qualité des produits (66%, +3), puis la préservation
de l'environnement (19%, +1), et de façon marginale le volume de production
(6%) et le revenu des agriculteurs (5%). Même si la priorité accordée
à la qualité des produits dominait déjà les années
précédentes, on peut voir dans le renforcement des attentes à
l'égard de cette forme d'agriculture les conséquences des crises
alimentaires qui se sont succédé ces dernières années :
+5 points par rapport à 1998.
On voit donc
dans ces réponses la demande très forte de l'opinion
à l'égard de la qualité des produits
alimentaires.
Les Français manifestent
une forte attente à l'égard de la qualité des produits alimentaires
Même
s'ils considèrent majoritairement qu'il y a un réel
effort de sécurité en France pour assurer la
sécurité alimentaire (72% contre 23%), même
s'ils jugent que les agriculteurs eux-mêmes font de
réels efforts en la matière (63% contre 29%),
même s'ils estiment, comme l'an dernier, que les produits
français sont de meilleure qualité (64%) que
ceux des autres pays exportateurs de produits agricoles, les
Français restent marqués par les différentes
" crises alimentaires " de l'année
écoulée. Deux tiers d'entre eux (64%, pour 58%
en 1999 et 54% en 1998) estiment en effet que la qualité
des produits alimentaires s'est détériorée
depuis 10 ans (contre 16% qu'elle s'est améliorée).
Dans le même temps, leurs jugements sur la qualité
de l'eau (44% estiment qu'elle s'est dégradée),
et la qualité des paysages (46%) sont stables, alors
qu'ils sont un peu moins nombreux que l'an dernier à
considérer que la qualité de l'air s'est dégradée
(68% pour 73% en 1999).
Les catégories
les plus sensibles à la dégradation des produits
alimentaires sont les femmes (70% pour 58% chez les hommes),
les catégories populaires (employés 70%, ouvriers
68%), et les urbains.
Dans une liste
de produits, les personnes interrogées estiment que
ce sont les produits laitiers (48%), le vin (41%) et le fruits
et légumes (39%) qui ont le plus privilégié
la qualité au cours des dernières années,
le bouf et les produits à base de bouf (11%, -2 points
par rapport à 1998) et le porc et les produits à
base de porc (5%, +2) se situant logiquement loin derrière.
Enfin, une
forte majorité des personnes interrogées (69%
contre 28%) juge que les consommateurs se soucient plus de
la qualité que du prix des produits. Ce résultat
doit être lu comme une confirmation de la forte demande
de qualité des produits plutôt que comme une
réalité, le facteur prix restant sensible dans
les catégories qui disposent de faibles revenus.
Les Français sont partagés
sur l'impact de la science sur l'agriculture, mais ils rejettent les OGM
Soucieux de
la qualité des produits agricoles et alimentaires,
les Français se montrent partagés sur l'utilisation
par l'agriculture des avancées de la science et de
la culture : 34% jugent que c'est une bonne chose pour
le consommateur, 31% une mauvaise chose, et 32% ni une bonne
ni une mauvaise chose. Mais derrière ce jugement de
principe, les Français se montrent bien plus sceptiques,
lorsqu'il s'agit concrètement d'appliquer les avancées
techniques à la production agricole et à l'alimentation,
en utilisant des OGM par exemple. Sur ce point, leur réponse
est sans ambiguïté : 60% d'entre eux estiment
qu'à l'avenir, les Français rejetteront toute
présence d'OGM dans l'alimentation. Et si 32% jugent
au contraire que les Français les accepteront, cela
ne concerne que les " OGM contrôlés ".
Le principe de précaution doit donc être appliqué
lorsqu'il s'agit des produits consommés par les Français,
et donc de leur santé.
Au total, les
Français déterminent deux enjeux majeurs pour
l'agriculture au XXIème siècle, enjeux cohérents
à la fois par rapport à l'idée qu'ils
se font de l'agriculture idéale, et aux attentes exprimées
tout au long de cette enquête. Les deux enjeux prioritaires
sont la couverture des besoins alimentaires européens
en produits de qualité (53%), et la participation à
la préservation des paysages et de l'environnement
(50%). Ces deux priorités dominent dans l'ensemble
de la population, et davantage encore chez les jeunes, les
cadres supérieurs, les sympathisants écologistes,
et les habitants de l'agglomération parisienne pour
le premier.
Mais les Français
se soucient également des agriculteurs eux-mêmes :
le troisième enjeu pour le siècle à venir
est constitué par la nécessité d'avoir
des exploitations et une politique agricole permettant d'assurer
un revenu correct aux agriculteurs. Cité par 39% de
l'ensemble des enquêtés, cet enjeu est davantage
évoqué par les personnes âgées
et les agriculteurs.
Enfin, la compétitivité
et la participation de l'agriculture, à travers les
exportations, à la couverture des besoins alimentaire
dans les pays dont la production est insuffisante, constitue
un enjeu moins prioritaire (29%). Notons toutefois que les
jeunes (37%) et les agriculteurs eux-mêmes s'y montrent
plus sensible que le reste de la population.
Stéphane Marcel

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