Les Enjeux du quotidien - vague 1
Les Français et l'environnement


Le 12 avril 2006 - Les Enjeux du Quotidien sont une série d'études portant sur des sujets se situant au cour de l'actualité et des préoccupations quotidiennes des Français. Cette enquête s'inscrit dans le cadre de l'EPIQ (Etude de la Presse d'Information Quotidienne). Le septième volet porte sur le rapport des Français à l'environnement à l'échelle collective ainsi que dans leur vie personnelle. Il est publié le 6 avril 2006 dans les titres de Presse Quotidienne Nationale, Régionale, urbaine gratuite et la Presse hebdomadaire régionale. Principaux enseignements : le réchauffement de la planète est en tête des inquiétudes ; une implication individuelle partagée ; les associations recueillent plus de la majorité de la confiance des Français ; 83% des Français se disent inquiets quant à l'avenir de la planète.

L'environnement : un sujet de préoccupation important aux multiples facettes

L'environnement constitue aujourd'hui un sujet de préoccupation important pour les Français et support de craintes multiples. En tête de la hiérarchie des risques perçus comme les plus inquiétants pour l'avenir de la planète, on trouve le réchauffement de la planète (42%) auquel on attribue les changements climatiques et qui est d'autant plus anxiogène que l'on voit mal comment inverser la situation. Viennent ensuite la pollution de l'eau (38%), la pollution de l'air (32%) et, à des niveaux de citations moindres, la disparition des forêts (25%), l'apparition de nouvelles maladies graves (23%), la disparition des espèces (19%) et les catastrophes naturelles (15%).

Les sujets qui constituent des atteintes durables voire irréversibles à l'environnement semblent donc inquiéter plus les Français que les crises plus ponctuelles (d'autant plus que cette étude a été réalisée en plein développement de la grippe aviaire). Dans le détail, notons tout de même que si les catégories supérieures apparaissent particulièrement sensibles aux risques durables (réchauffement de la planète, pollution de l'eau et de l'air, disparition des espèces), les catégories populaires semblent plus inquiètes que les autres concernant les crises conjoncturelles (apparition de nouvelles maladies graves, catastrophes naturelles).

Une implication à l'échelle individuelle différente
selon les gestes et les produits envisagés

Plus d'un Français sur deux déclarent faire «systématiquement» les gestes suivants : trier et recycler ses déchets (68%), ne pas gaspiller l'eau du robinet (52%), ou encore rapporter les piles usagées chez les commerçants concernés (51%). De même, une proportion non négligeable d'entre eux dit «systématiquement» économiser l'électricité (47%), ramasser un plastique ou un carton qui traîne (45%), ne pas utiliser de sacs plastiques pour faire les courses (44%). En revanche, seuls 34% déclarent cesser d'utiliser des produits toxiques comme les aérosols ou les engrais chimiques et une minoritémoins utiliser leur voiture (18%, mais 19% de personnes n'étaient pas concernées).

Enfin, si 10% des Français affirment déjà boycotter systématiquement les entreprises qui polluent et ne respectent pas les réglementations en matière d'environnement (14% déclarant le faire régulièrement), 47% ne le font pas encore (sans doute car ils ne parviennent pas à identifier ces dernières) mais se disent prêts à le faire. Concernant la consommation de produits bio, 7% déclarent consommer systématiquement des produits bio même s'ils coûtent plus cher, 21% ne le font pas encore mais seraient prêts à le faire tandis que 25% ne le font pas et ne seraient probablement pas prêts à le faire.

On voit donc très clairement qu'il y a une forte hiérarchie des gestes que l'on est prêt à faire et à ne pas faire pour améliorer l'environnement et qu'elle dépend fondamentalement du caractère plus ou moins contraignant de ces gestes.

Tous ces gestes quotidiens pour l'environnement sont systématiquement accomplis surtout par les femmes, les plus de 50 ans, les moins diplômés. Les catégories les moins investies sont les 15-24 ans, les étudiants et les habitants de la région parisienne, qui se déclarent néanmoins davantage prêts à faire de tels gestes - même s'ils ne le font pas actuellement - qu'à y être opposés.

Une confiance principalement centrée sur les associations

Les Français font surtout confiance aux associations de défense de l'environnement pour protéger l'environnement (54%), largement devant les mouvements et associations de citoyens et de consommateurs (32%). Viennent ensuite, à des taux de citations moins élevés, les Français eux-mêmes (24%) et les organisations internationales (21%), qui arrivent, fait à relever, devant les municipalités (17%), les partis écologistes (13%), l'Etat (12%) et les entreprises (5%).

Cette hiérarchie témoigne tout d'abord du discrédit des acteurs politiques et économiques classiques (les entreprises étant par ailleurs majoritairement considérées, toutes les études le montrent, comme peu attentives aux pollutions et à la préservation de l'environnement) au profit des associations, perçues comme poursuivant des objectifs «nobles» et désintéressés d'une part, comme étant plus efficaces et concrètes d'autre part. Par ailleurs, elle souligne le fait que l'environnement est un sujet planétaire, qui doit être traité au niveau mondial, puisque les organisations internationales arrivent avant des acteurs de proximité comme les municipalités.

De sombres perspectives pour l'avenir

Plus de huit Français sur dix (83%) se déclarent inquiets lorsqu'ils pensent à l'avenir de la planète et à l'environnement, dont 24% qui se disent même «très inquiets», tandis que seulement 16% apparaissent confiants. Cette inquiétude est très largement majoritaire chez toutes les catégories de la population, mais est encore plus forte chez les femmes, les personnes âgées de 25-34 ans (les jeunes parents), les PCS+, les plus diplômés, les habitants d'Aquitaine, Midi-Pyrénées, Haute et Basse-Normandie et Limousin.

L'implication personnelle dont témoignent les Français au quotidien quant à la protection de l'environnement ne semble donc pas les rassurer pour l'avenir. En effet, tout se passe comme s'ils avaient le sentiment que ces efforts consentis ne sont qu'une «goutte d'eau» qui ne suffira pas à changer la situation tant que «les autres» (les autres citoyens, les entreprises.) ne feront pas les mêmes efforts.

Brice Teinturier



 
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Brice Teinturier
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Stratégies d'opinion

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