Réforme du patronyme
et congé paternel :
deux pas vers la parité parentale ?


Le 12 juin 2001 - Dans le cadre de la réflexion sur la politique familiale, le gouvernement de Lionel Jospin envisage un certain nombre de réformes dont certaines ont été évaluées par la Sofres auprès de l'opinion, pour le compte du Pèlerin Magazine et du Ministère délégué à la famille, à l'enfance et aux personnes handicapées. Il en ressort que la réforme du patronyme, comme l'instauration d'un congé de paternité de 15 jours, sont largement approuvées par les Français. Après la parité politique, ces mesures - symboliques ou concrètes - rencontrent l'aspiration de l'opinion en faveur d'un rééquilibrage du rôle des hommes et des femmes dans la vie privée (et en conséquence dans la vie professionnelle), et constituent un pas vers la mise en ouvre de la parité parentale.

La question des inégalités entre les hommes et les femmes est un domaine dans lequel l'opinion a certes largement évolué dans le sens d'une demande de rééquilibrage. mais où les comportements tardent parfois à suivre. Dans le domaine politique - et à la suite d'un large débat - ceci a débouché sur une disposition législative instaurant la parité qui a produit ses premiers effets lors des dernières élections municipales. Mais plus encore qu'en politique, c'est dans les domaines de la vie privée et professionnelle que des efforts restent à accomplir, les incidences de l'une (inégalités dans la répartition des tâches domestiques et rôle toujours prépondérant des femmes dans l'éducation des enfants notamment) sur l'autre (accès aux plus hautes responsabilités, salaires.) ayant été démontrées.

Dans ce contexte, et dans le cadre de la Conférence de la famille, le gouvernement de Lionel Jospin a présenté un certain nombre de mesures dont certaines sont destinées à instaurer une plus grande équité entre les hommes et les femmes, et rendre concrète la parité parentale.

L'opinion approuve largement la réforme du patronyme.

La première, d'ordre symbolique, concerne la réforme du patronyme. La possibilité offerte au parents de donner à leur enfant le nom de famille du père, de la mère, ou des deux accolés selon leur choix, est aujourd'hui largement approuvée. L'enquête réalisée pour Le Pèlerin Magazine montre en effet que cette mesure est une " bonne chose " pour 69% des personnes interrogées et " une mauvaise chose " pour seulement 18% d'entre elles. 62% ne considèrent d'ailleurs pas que ceci puisse avoir pour conséquence un affaiblissement de la place du père dans la famille. L'acceptation de cette mesure, certes symbolique, témoigne de la volonté de l'opinion de mettre aujourd'hui la mère au même niveau que le père en matière de transmission du patronyme.

Dans un tout autre domaine plus concret cette fois-ci, le congé paternité, l'opinion témoigne une fois encore de son évolution en faveur d'une meilleure rééquilibrage des rôles entre les hommes et les femmes.

A la différence de certains pays du nord de l'Europe, et à l'instar de ses principaux voisins, la France n'accorde que peu de jours de congés (trois) au père au moment de la naissance d'un enfant. Or, indépendamment des tâches matérielles afférentes à l'arrivée d'une enfant dans un couple ou dans une famille, nombreux sont ceux qui considèrent que la relation qui s'établit entre le père et son enfant dès après la naissance est fondamentale, et bon nombre de femmes estiment que dès les premiers jours se créent des réflexes ou se prennent de "mauvaises habitudes ". Ainsi, se mettent en place les éléments de la double journée pour les femmes, ces dernières assumant souvent seules, une fois qu'elles reprennent leur emploi, l'essentiel des tâches domestiques et d'éducation des enfants. On en connaît les effets néfastes sur leur vie professionnelle. Enfin, la législation actuelle ne permet pas au père et à la mère de vivre pleinement, à deux, l'arrivée de l'enfant.

.et le congé de paternité

Le projet du gouvernement de porter de 3 à 15 jours le congé paternité est donc un acte concret qui vise à répondre, en partie, à ces attentes. Et l'on constate, selon une étude réalisée pour le Ministère délégué à la famille, à l'enfance et aux personnes handicapées, que les hommes, aussi bien que les femmes, y sont aujourd'hui largement favorables. 69% des hommes souhaiteraient en effet pouvoir disposer d'un congé de 15 jours au moment de la naissance d'un de leurs enfants (contre 14%), et 76% des femmes y sont également favorables (contre 10%).

L'utilité perçue du congé de paternité est multiple. L'ensemble des personnes interrogées y voient d'abord une opportunité de partager équitablement les tâches entre la mère et le père lors de l'arrivée de l'enfant (37%), de vivre pleinement ces premières semaines en famille (35%), et dans une moindre mesure la possibilité de construire une relation père/enfant dès les premières semaines (15%).

Même s'ils est peu probable que l'ensemble des pères profitent de ce congé (en Suède, l'an dernier, la majorité des pères n'a utilisé que dix jours sur les quarante auxquels ils ont droit), et même si ces deux mesures ne constituent symboliquement ou concrètement qu'une partie du chemin vers la parité parentale et, plus loin, l'égalité hommes/femmes, elles n'en constituent pas moins une avancée.

Une adhésion consensuelle

Indépendamment des résultats d'ensemble, on constate d'ailleurs que ces mesures suscitent une adhésion consensuelle quel que soit le sexe, l'âge, la pratique religieuse ou la proximité politique. Certes, les femmes y sont plus sensibles que les hommes, mais ces derniers y adhèrent largement. Certes, les catholiques pratiquants réguliers sont un peu moins enthousiastes que les non pratiquants ou les personnes sans religion, mais ils soutiennent en chour ces évolutions. Enfin, il n'y a qu'une feuille de papier à cigarettes entre les jugements des sympathisants de droite et de gauche. Comme quoi, la société française change, et certaines évolutions, hier encore source de conflits, s'imposent aujourd'hui, dans un consensus solide.

Stéphane Marcel




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