Les indices de confiance



Le 12 juillet 2001 - Voilà un sondage qui en dit long sur la façon dont les Français regardent la société au sein de laquelle ils vivent. Ils expriment de la confiance envers la science, les hôpitaux, le système scolaire, les entreprises, la police ou l'armée, en somme vis à vis de ce qui symbolise le progrès de la connaissance, l'ascension sociale, l'initiative ou l'ordre. En revanche, ils expriment beaucoup plus de scepticisme à l'égard de l'église catholique, de la justice, des syndicats, des élus, des médias et des partis. La méfiance l'emporte largement vis à vis du politique, des acteurs sociaux, de ce qui incarne les conflits ou l'équité.

La science et les hôpitaux arrivent nettement en tête, la première en légère baisse (sans doute compte tenu des controverses sur les OGM, le sang contaminé ou la maladie de la vache folle) mais à un niveau de confiance toujours exceptionnel, les seconds à la hausse. L'ensemble du système scolaire (écoles, grandes écoles, université) suscitent une large adhésion, notamment chez les jeunes, les cadres et les salariés du secteur public. En période d'instabilité économique, ils incarnent la meilleure chance de tirer son épingle du jeu. La police et l'armée, la première encore plus que la seconde, sont également fort bien considérées, car elles symbolisent une forme essentielle de protection face à la montée des violences. Elles n'entraînent, il faut le relever, nul rejet chez les moins de vingt-cinq ans. Lorsqu'on parle des conflits entre " les jeunes " et les forces de l'ordre, il faut donc souligner qu'il s'agit des jeunes de quartiers en effervescence, c'est-à-dire très minoritaires. Les entreprises, privées et publiques, jouissent elles aussi d'une excellente image parce qu'elles s'identifient à l'emploi et à la croissance. En revanche, Les Français manifestent peu de confiance dans les lois (notamment les artisans, les commerçants et les chômeurs). L'église catholique suscite beaucoup moins de confiance qu'auparavant (en particulier chez les jeunes et chez les salariés), vraisemblablement en raison du décalage qui s'accentue entre les moeurs et les principes de l'église catholique, et aussi à cause des récentes affaires de pédophilie de quelques prêtres. La mauvaise image de la justice et des syndicats s'accentue, celle des médias devient catastrophique : leurs propres dérives s'ajoutent aux scandales en tous genres dont ils rendent compte et auxquels ils finissent par s'identifier.

L'image des professions les plus symboliques des institutions confirme globalement ces mouvements, tout en les nuançant parfois. Les métiers incarnant la sécurité, l'ordre et le progrès se taillent la part du lion : pompiers, médecins, scientifiques, gendarmes, policiers, officiers sont plébiscités. Les enseignants (instituteurs et professeurs) tirent eux aussi très bien leur épingle du jeu. Même si la confiance qu'ils inspirent connaît un léger tassement, son niveau reste très élevé, en particulier chez les jeunes qui leur accordent encore plus de confiance que ne le font les adultes. Par contre, il est intéressant de relever que les juges ont une meilleure image que la justice (notamment chez les jeunes, les cadres et à gauche), ce qui prouve que leurs manifestations d'indépendance leur valent un surcroît de confiance. En revanche, les chefs d'entreprises sont moins populaires que les entreprises qu'ils dirigent : celles-ci s'identifient à l'emploi, ceux-là aux récents plans de licenciements. La confiance dans les prêtres catholiques régresse brutalement, pour les raisons déjà indiquées. La défiance qu'inspirent les journalistes régresse légèrement. Les hommes politiques continuent à être collectivement diabolisés et même rejetés, notamment par les travailleurs indépendants et les électeurs de la droite dure ou extrême. Ils paient à la fois les turpitudes d'une minorité d'entre eux et les échecs de la société. Personne ne suscite autant de défiance qu'eux.

Les institutions politiques s'en tirent heureusement mieux. Les partis demeurent certes très impopulaires : la défiance massive qu'ils inspirent s'accentue même encore, notamment chez les électeurs de droite. La confiance qu'inspirent les ministres et les députés, moins calamiteuse, recule cependant, selon des critères il est vrai très partisans. Les maires, en revanche, suscitent toujours une très large confiance dans toutes les couches de la société. Députés et sénateurs bénéficient d'une confiance légèrement majoritaire, notamment les sénateurs. Les institutions européennes suscitent une confiance plus large que leurs homologues nationaux, en particulier chez les jeunes, les cadres et les électeurs de gauche. Le président de la République et le Premier ministre, enfin, suscitent une confiance largement majoritaire, à peine entamée par les polémiques de ces dernières années. Le chef du gouvernement devance très légèrement le chef de l'État, notamment chez les chômeurs et les cadres. Globalement, ces indices de confiance restent cependant beaucoup plus positifs pour la société civile que pour la société politique. Le première résiste bien aux dérèglements sociaux, la seconde en est manifestement tenue pour responsable.

Alain DUHAMEL




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