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L'opinion américaine face
à l'attaque terroriste
au soir du du 11 septembre 2001
Le 12 septembre
2001 - Taylor Nelson Sofres Intersearch a sondé,
dans la soirée du mardi 11 septembre 2001, la population
américaine afin d'enregistrer sa réaction immédiate
aux attentats de Manhattan, Washington et Pittsburgh, pour
le compte d'ABCNews et du Washington Post.
Un tel sondage,
réalisé par téléphone auprès
d'un échantillon de 608 personnes représentatif
de la population américaine âgée de 18
ans et plus de façon quasi-simultanée avec l'événement,
alors même que la situation évoluait encore en
permanence et que l'état d'information des répondants
était forcément inégal, doit être
lu avec précaution. Mais, dans ces limites même,
il permet de saisir l'état d'une opinion publique au
cour de la tragédie et de la panique que celle-ci a
pu générer.
A cet égard,
on ne peut être que frappé, à la lecture
des résultats de cette enquête, de l'aspect relativement
mesuré, étant donné les circonstances,
de la réaction de la population américaine à
un événement encore totalement inimaginable
quelques heures auparavant.
Une tragédie
vécue en directe par toute l'Amérique
Signe de l'impact
énorme de ces attentats successifs, la population
américaine a suivi massivement et en temps réel
le déroulement de la journée, et a en grande
partie modifié en conséquence ses comportements
et son emploi du temps. Ainsi, 99% des Américains ont
regardé ou écouté les informations pour
suivre l'évolution de la situation, 53% ont modifié
le programme de leur journée, 41% sont restés
à la maison à l'heure de partir au travail ou
sont rentrés plus tôt pour suivre les informations.
Plus encore, l'implication personnelle a été
forte - et probablement exceptionnelle - puisque 28% des personnes
interrogées disent avoir appelé ou envoyé
un e-mail afin de s'assurer qu'un de leurs proches à
New York ou Washington n'avait pas été victime
des attentats, et 91% déclarent avoir prié pour
les victimes et leurs familles.
Une préoccupation
accrue
mais pas de phobie
apparente
envers le risque terroriste
De façon
parfaitement logique , les Américains se montrent,
au cour d'une série d'attentats-suicides d'une ampleur
inconnue jusque là, extrêmement préoccupés
du risque de nouvelles attaques terroristes de masse contre
les Etats-Unis : 87% ressentent une telle inquiétude
(contre 11% se disant pas particulièrement inquiets),
dont 49% se déclarent très inquiets. L'impact
immédiat de l'attentat se fait ici sentir, puisqu'ils
étaient 62% à se dire inquiets (contre 38% pas
inquiets) dans une précédente enquête
Taylor Nelson Sofres Intersearch en juin 1997.
Cependant
cette crainte généralisée d'une poursuite
des attaques terroristes contre leur pays n'est pas synonyme
de panique chez les Américains. Ils ne sont ainsi
qu'une minorité à craindre qu'un de leurs proches
soit victimes d'un attentat terroriste aux Etats-Unis (47%,
contre 52% qui ne sont pas inquiets à cet égard),
même si ce chiffre est, bien évidemment, en forte
augmentation par rapport à 1997 (21% contre 78%). De
même, 42% se disent préoccupés (dont seulement
16% très préoccupés) par la possibilité
d'un attentat terroriste là où ils vivent, tandis
que 58% ne ressentent pas de préoccupation particulière
en la matière. Ces taux d'inquiétude sont certes
importants dans l'absolu, mais restent finalement modérés
au regard de leurs conditions de recueil, au soir d'une journée
d'horreur. Ils sont le signe d'une opinion publique qui, au
moins à chaud, ne cède pas à la phobie
terroriste.
Malgré
des doutes sur son action de prévention du terrorisme,
le gouvernement
américain bénéficie du
soutien massif de son opinion publique
L'émotion
et la stupéfaction ressenties face aux évènements
de la journée n'empêchent pas les Américains
de garder un oil critique sur l'action des autorités
fédérales en matière de prévention
des actes terroristes : si 43% d'entre eux estiment que
le gouvernement a fait tout ce qu'il était en mesure
de faire dans ce domaine, 44% jugent au contraire que son
action était insuffisante, tandis que 13% ne se prononcent
pas. Face à une opinion aussi dubitative, ce débat
ne pourra que ressurgir prochainement.
L'heure
n'est cependant pas à la polémique dans l'opinion
publique américaine, mais, bien au contraire, à
une sorte " d'union sacrée " autour
du gouvernement. Alors qu'ils n'étaient que 36%
(contre 52%) à faire confiance à celui-ci pour
prévenir d'éventuelles attaques terroristes
sur le sol des Etats-Unis en juin 1997, ils sont, au soir
du plus grand événement de ce type, 66% à
avoir confiance dans leur gouvernement (dont 35% ont très
confiance), contre 32% qui se montrent sceptiques en la matière.
Paradoxale réaction, qui illustre bien le besoin de
faire bloc face à la menace extérieure.
De même,
l'opinion américaine ne doute en rien de la capacité
des autorités fédérales à trouver
et punir les responsables des attentats du 11 septembre :
54% ont tout à fait confiance, et 37% plutôt
confiance dans leur gouvernement en la matière, contre
9% qui n'ont pas confiance.
Une opinion
déterminée, en phase avec les axes
définis par
le président Bush
La violence
et l'horreur de l'agression subie appellent, aux yeux des
Américains, une réaction militaire forte
de la part des Etats-Unis : 94% (contre 3%) des personnes
interrogées soutiendraient une action militaire contre
les responsables des attentats si ceux-ci étaient identifiés.
Et même si cette réaction devait entraîner
les Etats-Unis dans une guerre, ils sont encore 92% à
y rester favorable (contre 4% qui s'y opposeraient). Ce souhait
massif, et encore une fois enregistré à chaud,
ne signifie cependant pas que l'opinion américaine
soit aveuglément va-t-en-guerre : selon une
autre enquête réalisée par l'institut
Gallup au soir des attentats, une large majorité des
Américains (71%) souhaitent que le gouvernement prenne
tout le temps nécessaire pour bien identifier les responsables
avant de frapper, même si cela doit s'avérer
long, contre seulement 21% qui réclament une réaction
immédiate, fût-elle approximative. Ils sont même
4% à ne pas vouloir de rétorsion de type militaire
de la part des Etats-Unis.
S'ils souhaitent
donc frapper juste, les Américains n'en attendent pas
moins une réaction d'envergure. En effet, 84% des personnes
interrogées se disent favorables à une action
militaire des Etats-Unis contre les pays qui abritent et soutiennent
les organisations terroristes, contre 11% qui contestent une
telle option. L'opinion publique américaine apporte
là un soutien massif à la politique définie
par George W. Bush lors de son intervention télévisée
au soir de la journée tragique du 11 septembre.
Au delà
de ce souhait d'une réponse qui soit à la hauteur
de l'agression subie, seul l'avenir dira si le traumatisme
infligé par les terroristes à la population
américaine a déclenché un durcissement
généralisé des attitudes en son sein.
Au soir d'une des journées les plus tragiques de l'histoire
des Etats-Unis, 66% des Américains se déclaraient
prêts à abandonner certaines des libertés
dont ils bénéficient en tant que citoyens de
ce pays pour aider le gouvernement à vaincre le terrorisme
(en hausse de 14 points par rapport à mai 1995), contre
24% s'y refusant et 10% sans opinion sur la question. Si cette
opinion, exprimée par une population en état
de choc, devait se confirmer ou s'amplifier à plus
long terme, alors pourrait-on considérer que, contrairement
à ce qu'affirmait leur président, les Etats-Unis
ont été ébranlés dans leurs fondations
mêmes par les explosions du 11 septembre 2001.
Gilles
Corman
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