L'image de Jacques Chirac
vue par les Français
Le
12 décembre 2000 - L'image
personnelle de Jacques Chirac s'est détériorée par rapport
à l'année dernière. Elle reste cependant globalement positive
et résiste somme toute assez bien aux turbulences de la cohabitation et
aux secousses liées aux récentes " affaires ".
La force principale du président de la République réside,
on le sait, dans la sympathie qu'il se montre capable d'inspirer. Ce sondage le
confirme. Il se trouve 56 % des Français contre 41 % pour éprouver
de la sympathie envers le chef de l'État. Les femmes, les personnes âgées,
les commerçants, artisans et industriels se montrent particulièrement
sensibles à son charme. C'est aussi le cas d'une forte majorité
des électeurs de droite, y compris ceux de l'UDF de François Bayrou,
du RPF de Charles Pasqua et à un moindre degré de Démocratie
libérale d'Alain Madelin : un capital précieux dans la perspective
de l'élection présidentielle.
Ces chiffres sont cependant en
recul par rapport à ceux de l'année dernière : moins
6 %, plus 7 % de non-sympathie. Le niveau reste néanmoins au-dessus de
la moyenne du septennat. Lorsqu'il entre plus dans les détails et que l'on
passe en revue qualités et défauts personnels, on enregistre pourtant
un léger refroidissement. Pour les Français, Jacques Chirac est
avant tout un homme chaleureux et compétent. Il est jugé en revanche
un peu moins tolérant et énergique que l'an passé. Les ouvriers
croient beaucoup plus que les cadres à sa compétence, les cadres
beaucoup plus que les ouvriers à sa chaleur et à son énergie.
Ce sont plutôt les défauts
que lui prêtent les Français qui se sont accentués en un an :
Jacques Chirac est accusé plus souvent d'être velléitaire
(+ 7 %), superficiel (+ 3 %) ou démagogue (+ 2 %). Les hommes, les " cols
blancs " et surtout les cadres sont les plus critiques. Cela n'empêche
cependant pas une nette majorité de Français (59 % contre 36 %),
pratiquement identique à celle de l'an passé, de le regarder comme
le président de tous les Français et non pas seulement de ceux qui
ont voté pour lui. C'est d'ailleurs, même si une forte minorité
de l'électorat de gauche pense autrement, une évidence démocratique.
En revanche, après trois
ans et demi de cohabitation, la religion des Français est faite. Une majorité
nette (53 % contre 37 %) juge qu'il a perdu l'essentiel de ses pouvoirs au bénéfice
de Lionel Jospin. C'est le chiffre le plus élevé depuis la dissolution
de 1997. C'est l'avis notamment de la population active et de toutes les familles
politiques à l'exception du RPR. Ce point de vue global explique en fait
une contradiction apparente. Une majorité de Français (50 % contre
36 %) juge positif le bilan de l'action de Jacques Chirac depuis qu'il est président
- son meilleur score depuis son élection - et cependant une majorité
relative (45 % contre 40 %) est déçue par cette action : les
Français ont donc bien conscience des limites de son pouvoir et des entraves
à sa marge d'initiative. Ils le préfèrent en fait en président
de cohabitation plutôt qu'en président suzerain. Ils l'aiment mieux
président que gouvernant. C'est une indication pour la dernière
phase du septennat et pour la campagne présidentielle.
Alain
DUHAMEL
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