Le 12 décembre 2006 - Notre baromètre de conjoncture réalisé pour le Conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables vise à consulter bimestriellement les PME et TPE afin de mesurer le moral économique de leurs dirigeants et plus précisément la situation de leur propre entreprise.
Cette 1ère vague a été menée auprès de 800 dirigeants de PME (20 à 249 salariés)
et TPE (0 à 19 salariés) entre le 10 et 17 novembre 2006.
Chaque vague comporte deux parties distinctes :
- une partie barométrique comportant des indicateurs précis et détaillés
destinés à suivre l’évolution passée et projetée des PME et TPE,
- une partie plus conjoncturelle, permettant de saisir l’appréciation des chefs
d’entreprise sur des mesures, projets ou situations relevant de l’actualité immédiate ou très proche.
Une perception dégradée de la situation économique et sociale au plan
national
70% des dirigeants de PME et TPE déclarent avoir l’impression que la situation économique et sociale en France a tendance à aller plus mal, contre seulement
8% qui estiment qu’elle va en s’améliorant, 20% optant pour le statu quo.
Toutes les catégories font preuve d’un pessimisme largement majoritaire. Certains
témoignent d’une vision encore plus sombre que les autres :
- les femmes dirigeantes d’entreprise : 78% d’entre elles déclarent que la
situation économique et sociale a tendance à aller plus mal, contre 65% des
hommes dirigeants d’entreprise ;
- les dirigeants de TPE : 71%, contre 61% pour ceux des PME ;
- les dirigeants des PME et TPE des secteurs « commerce et réparation» (74%) et « service aux particuliers » (73%, dont 82% pour ceux des secteurs « éducation, santé et action sociale ») ;
- les EURL et SARL (77%, contre seulement 59% pour les SA).
Des perspectives globales plus sereines concernant l’entreprise elle-même
et son secteur d’activité, surtout pour les PME
La morosité des dirigeants de PME et TPE tend à se résorber lorsqu’ils s’expriment
sur leur domaine d’activité et leur propre situation. Ainsi, s’ils font part d’une vision
sombre de la situation collective, leur perception apparaît plus mitigée
concernant la situation économique de leur secteur d’activité et l’optimisme
devient majoritaire à l’échelle de leur propre entreprise :
Un regard circonspect concernant la situation économique de leur
secteur d’activité : 49% des dirigeants de PME et TPE se déclarent en
effet optimistes, contre 50% de pessimistes. Les interviewés se situent
plutôt sur les positions médianes de l’échelle proposée, puisque 43% d’entre
eux se déclarent « assez optimistes » et 36% « assez pessimistes ».
Notons que certains dirigeants se montrent nettement plus optimistes que les
autres à ce sujet :
- les dirigeants de PME : 65%, contre 49% pour ceux des TPE ;
- les dirigeants des entreprises les plus récentes : 63% pour les
entreprises de moins de 10 ans ;
- les dirigeants de SA et SAS : 75% et 70% de citations ;
- les dirigeants des entreprises dont le chiffre d’affaires est compris entre
2 et moins de 10 millions d’euros : 65% de citations ;
- les dirigeants implantés en Rhône-Alpes ou dans le Nord : 60% et 59%
de citations.
Un optimisme plus important pour l’entreprise elle-même, surtout pour
les PME : les perspectives à un an s’avèrent plus favorables, puisque 59%
des dirigeants se déclarent optimistes pour leur entreprise, contre 38% de
pessimistes. Sur ce critère, on observe une différence importante entre les
PME et les TPE : les dirigeants de PME apparaissent en effet beaucoup plus
optimistes sur leurs perspectives à un an (77% d’optimistes, contre 22% de
pessimistes) que ceux des TPE (58% contre 39%).
Le secteur d’activité auquel appartient l’entreprise semble aussi être un
critère déterminant dans la manière d’appréhender les perspectives du
secteur et celles de l’entreprise elle-même.
Ainsi, les dirigeants des secteurs « construction » et « service aux
entreprises » apparaissent systématiquement plus optimistes que les autres :
- 67% et 61% d’optimistes pour leur secteur d’activité,
- 68% et 67% de citations pour les perspectives à un an de leur
entreprise.
Au contraire, les dirigeants des secteurs « commerce / réparation » et « hôtellerie / restauration » semblent particulièrement pessimistes :
- 38% et 37% d’optimistes pour leur secteur d’activité,
- et 49% chacun pour les perspectives à un an de leur entreprise.
Par ailleurs, les dirigeants de PME et TPE se déclarent majoritairement satisfaits
du niveau d’un certain nombre d’indicateurs, les dirigeants de PME
apparaissant là encore systématiquement plus satisfaits que ceux des TPE :
- 62% des interviewés déclarent que la situation de leur entreprise est
satisfaisante pour le niveau du carnet de commande ou du volume de la
clientèle, avec 79% de citations pour les PME ;
- 55% des interviewés déclarent que la trésorerie de leur entreprise est
satisfaisante, avec 71% de citations pour les PME ;
- enfin, 50% déclarent que la rentabilité de leur entreprise est satisfaisante,
avec 64% de citations pour les PME.
Tirant un bilan mitigé de la période écoulée,
les dirigeants de PME et TPE
font preuve d’une confiance prudente pour l’avenir
La perception de l’évolution récente de leur entreprise par ces dirigeants les
incite sans doute à la prudence.
En effet, ceux qui disent que la situation de leur entreprise est plutôt
moins bonne que l’an dernier sont plus nombreux que ceux qui estiment
qu’elle est plutôt meilleure : 29% contre 18%, 51% optant pour le statu quo.
Dans le détail, le bilan apparaît meilleur dans les PME : 37% des dirigeants
estimant que la situation est plutôt meilleure depuis un an, tandis que 21%
déclarent qu’elle est plutôt moins bonne.
Pour les TPE, la situation est moins favorable : 18% affichent une situation
meilleure depuis un an, contre 29% qui estiment que leur situation est plutôt
moins bonne.
Par ailleurs, le constat est particulièrement sombre dans le secteur « hôtellerie
restauration », 45% des dirigeants de PME et TPE de ce secteur jugeant la
situation de leur entreprise plutôt moins bonne que l’année dernière à la
même période.
L’évolution récente est plus équilibrée, avec une tendance à la stabilité : en
effet, 65% des dirigeants de PME et TPE affirment que la situation de leur
entreprise n’a pas changé au cours des trois derniers mois, tandis que 19%
estiment qu’elle s’est plutôt détériorée et 14% qu’elle s’est au contraire plutôt
améliorée.
Là encore, les PME affichent une situation beaucoup plus favorable puisque
31% déclarent que la situation s’est plutôt améliorée au cours des trois
derniers mois, contre seulement 9% qui disent qu’elle s’est plutôt détériorée.
Dès lors, les dirigeants de PME et TPE parient plutôt sur le statu quo pour les
trois prochains mois, même si les dirigeants de PME se montrent beaucoup
plus confiants : près des deux tiers des dirigeants de PME et TPE interrogés (64%)
estiment que la situation de leur entreprise restera stable au cours des
trois prochains mois.
18% d’entre eux anticipent plutôt une amélioration et 12% une détérioration.
Les dirigeants des PME font preuve d’un optimisme plus fort : 30% d’entre eux
pensent que la situation de leur entreprise va s’améliorer, contre 17% pour les
TPE.
Par ailleurs, les chefs d’entreprise anticipent plutôt un statu quo de
certains indicateurs microéconomiques :
- Trésorerie : 51% des interviewés estiment que leur trésorerie sera
sans changement au cours des trois prochains mois, tandis que 22%
prédisent une hausse et 24% une baisse. Ces prévisions s’avèrent
assez proches pour les PME et les TPE, même si les dirigeants de
PME font part d’un optimisme plus important : 28% prévoient une
hausse, contre 18% qui anticipent une baisse.
- Chiffre d’affaires : 52% des interviewés affirment que leur chiffre
d’affaires sera sans changement au cours des trois prochains mois,
alors que 24% anticipent une hausse et 20% une baisse.
Les dirigeants de PME et TPE qui anticipent une hausse pensent y faire
face principalement par des gains de productivité (30%) et par des
recrutements (10%), avant d’envisager un recours à la sous-traitance
(7%) ou à l’intérim (5%).
Sur cet indicateur, les dirigeants de PME apparaissent beaucoup plus
confiants, puisque 42% pensent que leur chiffre d’affaires sera plutôt en
hausse, contre seulement 18% qui prévoient une baisse, et 38% une
absence de changement.
- Investissement : enfin, 20% des dirigeants de PME et TPE
seulement prévoient d’investir dans les six mois à venir.
On peut constater que les prévisions d’investissement apparaissent
intimement liées à la taille de l’entreprise : plus l’entreprise est grande,
plus les prévisions d’investissement sont importantes. Ainsi, 18%
seulement des dirigeants de TPE prévoient d’investir dans les six mois
qui viennent (pour 14% dans les entreprises sans salarié).
51% des dirigeants de PME ont des perspectives d’investissement,
dont 58% dans les entreprises de plus de 100 salariés.
Il faut relever que ces indicateurs microéconomiques témoignent d’une élasticité importante directement liée à la période en fonction des secteurs
d’activité.
Ainsi, le secteur « commerce » anticipe à 31% une hausse de son chiffre
d’affaires dans les trois prochains mois, soit 7 points de plus que la moyenne. Les anticipations du secteur « hôtellerie / restauration » pour la trésorerie
tirent l’ensemble des résultats vers le bas, 42% des interviewés estimant que
celle-ci sera plutôt en baisse au cours des trois prochains mois (contre 24%
de citations en moyenne).
L’emploi dans l’entreprise : une prudence qui freine les perspectives
d’embauches
8% des dirigeants de PME et TPE avec salariés estiment que leur effectif
salarié sera plutôt en hausse au cours des trois prochains mois tandis que 8%
anticipent une baisse, 84% d’entre eux affirmant qu’il sera sans changement.
Un statu quo est largement anticipé par les dirigeants de PME (68%), même si ces
derniers sont plus nombreux que la moyenne à envisager une hausse de leur effectif
salarié (23%).
Parmi les dirigeants de PME et TPE avec salariés qui anticipent plutôt une hausse
de leur effectif salarié dans les trois prochains mois, 69% envisagent d’utiliser des
CDI, pour 31% de CDD et 16% de CNE.
Ceux qui estiment plutôt que leur effectif va baisser pensent surtout qu’il y aura des
licenciements ou des départs volontaires ou négociés (36% et 32% de citations),
avant de citer le fait que les départs prévus en retraite ou en fin de CDD ne seront
pas remplacés (27%) ou que des contrats de personnels saisonniers arriveront à leur
terme (5%).
Par ailleurs, 98% des dirigeants d’entreprises sans salariés déclarent ne pas
envisager d’embaucher des collaborateurs dans les trois mois qui viennent. Dans ce
contexte, la perspective d’embauches apparaît directement liée à l’optimisme sur la
situation économique et sociale, même si les trois-quarts des dirigeants estimant que
la situation nationale s’améliore n’envisagent pas pour autant d’embaucher dans les
trois prochains mois.
Les différents facteurs externes susceptibles de favoriser la création d’emplois
semblent majoritairement peu efficaces aux dirigeants de PME et TPE.
Il en va ainsi :
- du niveau du SMIC : 35% ne le jugent pas propice à la création d’emplois,
contre 39% qui estiment qu’il n’est ni propice, ni pas propice ;
- du niveau de la croissance : 43% estiment qu’il n’est pas propice à la création
d’emplois ;
- de la possibilité de trouver de la main d’oeuvre qualifiée : 43% de citations également ;
- de la législation sur le temps de travail : 67% ;
- de la fiscalité sur les entreprises : 70% ;
- du niveau des charges sociales : 81%.
Seules les exonérations de charges sociales leur apparaissent plutôt efficaces
puisque 40% estiment qu’elles sont plutôt propices à la création d’emplois, tandis
que 37% affirment le contraire.
Réglementation des 35 heures et la réduction du temps de travail : un
impact jugé massivement négatif mais des opinions partagées quantà l’avenir de la réglementation
Les questions sont articulées autour de l’appréciation par les dirigeants de PME et
TPE sur l’impact actuel de cette réglementation et leurs souhaits pour son évolution
dans l’avenir, à la fois au niveau national mais également pour leur propre entreprise.
La grande majorité des dirigeants des PME et TPE estiment que l’impact de la
réglementation sur les 35 heures et de la réduction du temps de travail a été négatif
pour la France.
Ils sont plus partagés quant à l’avenir de cette réglementation, entre son maintien
avec des aménagements, opinion majoritaire chez les dirigeants de PME, et sa
suppression, davantage souhaitée par les dirigeants de TPE.
Tirant le bilan des 35 heures et de la réduction du temps de travail, les
dirigeants de PME et TPE estiment massivement qu’elles ont été une
mauvaise chose pour la France
83% de ces dirigeants déclarent que la réglementation sur les 35 heures et la
réduction du temps de travail ont été, pour la France, une mauvaise chose
(contre seulement 15% d’entre eux qui affirment qu’elles ont été une bonne chose),
dont 58% qui estiment même qu’elles ont été une « très mauvaise chose ».
Ce constat apparaît unanime dans toutes les catégories, même si certains se
montrent encore plus critiques :
- les dirigeants de TPE : 83% estiment que la réglementation a été une
mauvaise chose, dont 59% une « très mauvaise chose » (contre
respectivement 81% et 46% pour les PME). Le bilan des 35 heures est en fait
perçu moins négativement dans les entreprises qui comptent au moins 50
salariés ;
- les femmes : 88% d’entre elles déclarent que les 35 heures et la réduction du
temps de travail ont été une mauvaise chose pour la France, contre 81% des
hommes ;
- les entreprises des secteurs construction et commerce et réparation (92% et
91% affirment que les 35 heures ont été une mauvaise chose) ;
- les entreprises les plus anciennes (87% de citations pour celles de 30 ans et
plus).
Pour le futur, les dirigeants de PME et TPE sont plus partagés sur les évolutions possibles de la réglementation
Les dirigeants de PME, plus concernés par cette réglementation que ceux
des TPE, se prononcent majoritairement en faveur de son maintien avec
des aménagements :
- 61% d’entre eux estiment ainsi qu’il est souhaitable pour la France de
maintenir la réglementation (dont 3% de la maintenir telle quelle et 58%
avec des aménagements) ;
- ces dirigeants donnent des réponses presque identiques pour leur
propre entreprise : 58% souhaitent un maintien de la réglementation,
dont 51% avec des aménagements, contre seulement 34% qui
espèrent sa suppression.
Les dirigeants de TPE sont partagés sur l’avenir de la réglementation au
plan national, mais souhaiteraient majoritairement qu’elle soit supprimée
pour leur entreprise :
- pour la France, 50% d’entre eux appellent à son maintien (dont 47%
avec des aménagements) et 50% demandent sa suppression ;
- pour leur entreprise, 43% des dirigeants de TPE concernés se
prononcent pour une suppression de la réglementation (28% déclarant
ne pas être concernés par celle-ci), alors que 28% plaident pour son
maintien.
Une approche des 35 heures qui apparaît intimement liée à l’optimisme
global des dirigeants à l’égard de la situation économique et sociale et à l’ancienneté de l’entreprise
Globalement, les perceptions sur les 35 heures varient selon deux critères
déterminants : l’optimisme des dirigeants à l’égard de la situation économique
et sociale en France et l’ancienneté de l’entreprise.
En effet, les dirigeants qui apparaissent les plus optimistes à l’égard de la
situation économique et sociale et ceux des entreprises les plus récentes
s’avèrent moins critiques concernant le bilan des 35 heures pour la France et
logiquement moins nombreux à plaider pour la suppression de la
réglementation. Ainsi, seuls 70% et 75% de ceux qui déclarent avoir
l’impression que la situation économique et sociale s’améliore et des chefs
d’entreprise de moins de 10 ans d’ancienneté affirment que les 35 heures ont été une mauvaise chose pour la France (soit 13 points et 8 points de moins
que la moyenne pour ces deux cibles) ; par ailleurs, respectivement 22% et
40% d’entre eux réclament sa suppression à l’avenir en France.
Au contraire, les dirigeants les moins optimistes au niveau national et ceux
des entreprises les plus anciennes apparaissent plus prompts à critiquer le
bilan de la réglementation et à opter pour sa suppression. 86% des dirigeants
qui perçoivent une détérioration de la situation économique et sociale en
France estiment que les 35 heures ont été une mauvaise chose. Il en est de
même pour 87% des chefs d’entreprises de plus de 30 ans d’ancienneté. 54%
et 55% d’entre eux déclarent que la suppression de la réglementation est la
solution la plus souhaitable à l’avenir pour la France (contre 50% en
moyenne).