Les références idéologiques des Français
Le 13 juillet 2000 - Les
Français sont plus modérés qu'on ne pourrait le croire à écouter les échos des
querelles politiques. Ils adhèrent majoritairement aux lois du marché et de la
concurrence mais à condition qu'existe une régulation économique. Ils se situent
plutôt idéologiquement au centre gauche mais avec, cela va de soi, de fortes différences
selon leur âge et leur profession. Ils adoptent globalement une attitude
d'ouverture et d'évolution, certes prudente et sans doute facilitée par le bon
climat économique et psychologique actuel.
Lorsqu'on les interroge sur le
terrain économique, ils placent en tête la participation (78 % de connotations
positives), la concurrence (77 %) et le libre-échange (74 %) mais le syndicat
arrive en quatrième position (68 %) : sur les quatre thèmes les plus appréciés,
deux relèvent du marché, deux de l'équilibre social. Vive la concurrence, pourvu
qu'il y ait participation ! Vive le libre-échange, si les syndicats peuvent
jouer leur rôle. Les Français adhèrent en somme au modèle social européen acquis
à l'économie moderne mais soucieux de protection sociale. Internet, ce n'est pas
une surprise, enchante les jeunes (82 % d'adhésion chez les moins de vingt-cinq
ans contre 29 % d'attirance chez les plus de soixante-cinq ans). L'euro obtient
un bon score (58 % contre 31 %), notamment chez les cadres (81 %), les électeurs
du PS, de l'UDF et de Démocratie libérale. En revanche, la mondialisation provoque
de la défiance (47 % de réactions positives, 40 % de négatives). Le protectionnisme
et le dirigisme d'un côté, le capitalisme et les stock-options de l'autre suscitent
des réactions très négatives. Les Français évoluent mais à leur rythme. Ils ne
regrettent pas l'économie administrée, ils n'aspirent pas au libéralisme à l'anglo-saxonne.
Politiquement, leurs préférences
s'échelonnent encore plus clairement. L'écologie est le courant qui suscite les
réactions les plus positives (66 % contre 25 %), à la fois par sensibilité au
thème, la tempête historique de cet hiver et la marée noire aidant, et aussi parce
que les connotations les plus politiciennes y sont moins visibles, au moins pour
le grand public. Les jeunes et les cadres sont les plus motivés. Les familles
de gauche modérée, puis du centre, distancent nettement la droite. Socialisme
et gauche sont deux courants qui évoquent nettement quelque chose de positif (pour
respectivement 60 % et 55 % des Français), puis vient le centre, ensuite seulement
la droite et le gaullisme (44 % et 43 % de réactions positives). On peut remarquer
que les courants plus typés, communisme, gauchisme et marxisme d'un côté, conservatisme
ou extrême-droite de l'autre, obtiennent des scores beaucoup plus faibles. Pour
l'anecdote, on relèvera que le conservatisme évoque quelque chose de négatif pour
83 % des cadres, et que le marxisme n'évoque quelque chose de positif que pour
29 % des électeurs communistes contre 51 % qui jugent la référence négative.
Quand il s'agit, enfin, de se
reconnaître dans une tendance politique, on retrouve la même pente : les
Français se disent proches, à égalité, du courant modéré et du socialisme (22
% dans chaque cas, avec un progrès des modérés en deux ans). En revanche, conservateurs,
communistes ou révolutionnaires obtiennent des scores très modestes (3 à 4 %).
Libéraux, gaullistes et écologistes éveillent des échos d'ampleur comparable.
Les libéraux réussissent bien chez les travailleurs indépendants, c'est logique.
Les écologistes confirment leur popularité chez les jeunes et les cadres. Le gaullisme
se marginalise chez les moins de vingt-cinq ans pour qui la référence devient
plus historique que politique. Les Français se présentent donc comme des réformistes
tempérés, fort peu attirés par les extrêmes, et largement émancipés par rapport
aux deux familles politiques qui dominent les débats de la Vème République :
le gaullisme et le communisme.