L'image de l'opposition
vue par les Français
Le
13 octobre 2000 - L'opposition
ne parvient décidément pas à entrer en convalescence. Au
moment où, après un début d'automne particulièrement
tumultueux, le Gouvernement et la gauche paraissaient affaiblis, on aurait pu
imaginer que la droite allait pouvoir en tirer parti pour se redresser. Il n'en
est rien. Ce sondage démontre que la droite conserve toujours une aussi
piètre image dans l'esprit des Français et que l'on assiste même
- est-ce l'effet de la cassette Méry ? - à une nouvelle détérioration.
Une forte majorité
de Français (55 % contre 30 %) proclame en effet avoir une mauvaise opinion
de la droite. C'est évidemment particulièrement vrai dans l'électorat
de gauche (73 % contre 21 %) mais ça l'est aussi, ce qui est beaucoup plus
préoccupant pour la droite, chez 40 % des électeurs de l'opposition.
Sa propre base apparaît ainsi nettement critique. Les cadres et les cols
blancs en général, se montrent particulièrement sévères
mais aussi l'électorat du RPF et, bien sûr, le Front national.
Ce qui vaut en règle
générale s'applique encore plus durement lorsque les questions se
font plus précises. Une nette majorité de Français juge en
effet que l'opposition parlementaire n'a pas de solution aux problèmes
des pays (56 % contre 26 %), n'a pas su renouveler ses dirigeants (62 % contre
22 %), est éloignée des préoccupations des gens (70 % contre
16 %) et n'est pas unie (79 % contre 9 %). Sur la plupart de ces points (à
la seule exception du renouvellement des dirigeants), la situation a empiré
depuis les dernières enquêtes. Ce mouvement négatif n'existe
pas seulement chez les électeurs de gauche mais aussi chez ceux de la droite.
Le trouble est évident de ce côté-là. L'électorat
de droite a le sentiment que ses élus et ses dirigeants manquent d'idées,
de dynamisme et d'unité. Le constat est brutal.
Le déficit d'union
est nettement la frustration la plus fréquente chez les électeurs
de droite. L'asthénie intellectuelle arrive en deuxième position,
la nécessité de choisir un leader en troisième. L'absence
de renouveau des idées est cependant ce qui progresse le plus dans les
critiques de l'électorat de droite sur la longue distance.
Lorsqu'on demande aux
Français de quel parti de l'opposition ils se sentent le plus proche, les
réponses surgissent : l'UDF arrive en effet en tête (16 %) devant
le RPR (13 %), le RPF (10 %) et Démocratie libérale (8 %). La période
du gaullisme triomphant au sein de la droite est décidément caduque.
Il y a bel et bien éparpillement et affaiblissement des structures traditionnelles
et des hiérarchies habituelles.
Cela se confirme d'ailleurs
lorsqu'on demande quelles sont les personnalités qui représentent
le mieux l'opposition. Au sein de l'électorat de droite - grande surprise
- Jacques Chirac et Charles Pasqua arrivent en tête à égalité
(28 % chacun), devant Philippe Séguin (21 %), Alain Madelin (20 %), François
Bayrou (18 %), Michèle Alliot-Marie (17 %) et Edouard Balladur (16 %).
Autant dire qu'il y a banalisation et atomisation des images. Même au sein
de leur famille politique respective, si les leaders naturels l'emportent nettement,
les voix se répartissent. Dans l'esprit de ses électeurs, la droite
n'a plus de candidat charismatique.
Les thèmes que
les électeurs de l'opposition de droite mettent en avant surprennent moins :
la baisse des impôts l'emporte (51 %) devant la lutte contre le chômage
(50 %) et, à égalité, l'avenir des retraites et l'insécurité
(48 %). En revanche, ceux qui votent en faveur de l'opposition de droite lui font
une faible confiance : 24 % pour l'insécurité, 22 % pour la
lutte contre le chômage, 21 % pour la baisse des impôts, 19 %
pour la compétitivité des entreprises. Entre les aspirations et
la confiance, le fossé est large. Si la gauche va moins bien, la droite
ne va donc pas mieux. Dans l'esprit de ses électeurs, elle reste malade.
Alain
DUHAMEL
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