Les Européens et l'immigration

 

Le 13 novembre 2007 - Selon notre étude, réalisée pour France 24, lorsque l'on demande aux Européens si l'immigration est plutôt une chance ou plutôt une menace pour l'Europe, les réponses sont très différentes selon les pays.

Ainsi, les Espagnols sont les plus positifs, 43% d'entre eux considérant qu'il s'agit plutôt d'une chance, (contre 16%, d'une menace), devant les Britanniques : 37% la voient comme une chance (contre 28%).

Dans les autres pays, les majorités sont plus difficiles à dégager et les populations nationales se montrent nettement plus balancées. En Italie notamment, 33% considèrent l'immigration comme une chance, 22% comme une menace et 32% n'y voient ni une chance ni une menace.

En France et en Allemagne, si la vision positive (25% en France, 27% en Allemagne) l'emporte sur la vision négative (respectivement 19% et 20%), il est frappant de constater que près de la moitié de la population n'arrive pas à se positionner (respectivement 52% et 49%).

Concernant leur propre pays, les jugements des Européens, quoiqu'un peu plus négatifs, diffèrent globalement assez peu des jugements qu'ils formulent pour l'Europe.

C'est en Grande-Bretagne que la vision de l'immigration change le plus selon que ses habitants se positionnent sur l'Europe ou sur leur propre pays. S'ils se montraient positifs vis-à-vis de l'immigration en Europe, ils la considèrent davantage comme une menace pour leur pays : 37% des Britanniques pensent en effet que l'immigration est plutôt une menace pour la Grande-Bretagne, contre 32% qui y voient plutôt une chance.

Dans le détail, les bénéfices de l'immigration ne sont clairement pas perçus de la même manière selon les pays.

Ainsi, pour la France, l'immigration est avant tout une chance pour la culture du pays, tandis que dans les autres pays, ce sont les avantages économiques qui priment. Plus précisément, 42% des Français considèrent que l'immigration est plutôt une chance pour la culture française, quand seulement 30% pensent qu'il s'agit plutôt d'une chance pour leur économie et 26% pour leur identité.

En Espagne, Italie, Allemagne et Grande-Bretagne, respectivement 55%, 50%, 42% et 42% considèrent que l'immigration est plutôt une chance pour l'économie de leur pays, loin devant les opportunités ressenties sur leur culture et leur identité.

De manière symétriquement opposée aux Français, ce sont les Britanniques qui se sentent les plus menacés par l'immigration dans leur culture et leur identité : près d'un sur deux déclare ressentir l'immigration comme une menace pour la culture (49%) et l'identité (52%) de son pays.

Des opportunités plutôt économiques pour les Espagnols et Italiens,
plutôt culturelles pour les Français, Allemands et Britanniques

Interrogés sur les éléments qui peuvent faire de l'immigration une chance pour le pays d'accueil et ce, même si ce n'est pas le cas aujourd'hui, les Européens semblent se diviser en deux groupes : les Espagnols et les Italiens mettent davantage en avant les arguments économiques, quand les Allemands, les Britanniques et les Français insistent sur les bienfaits culturels de l'immigration, avec toutefois des différences plus ou moins prononcées selon les pays.

Ainsi, pour les Espagnols et les Italiens, le premier avantage de l'immigration est un apport de main d'œuvre dans certains secteurs : respectivement 79% et 68% citent cet atout comme l'un des éléments qui peut faire de l'immigration une chance pour le pays d'accueil.

Pour les Allemands, les Britanniques et les Français, c'est l'ouverture plus grande aux autres et aux différences de culture et de modes de vie qui revient le plus souvent (respectivement 83%, 77% et 62% des citations).

En Grande-Bretagne, l'apport de main d'œuvre dans certains secteurs arrive toutefois juste derrière, cité par 71% des interviewés.

C'est en Allemagne que les échanges plus importants entre le pays d'accueil et les pays d'origine sont le plus reconnus comme pouvant faire de l'immigration une chance pour le pays d'accueil, avec 75% de citations. Cet argument arrive donc en deuxième position, alors qu'il occupe plutôt le bas du classement dans les autres pays. A l'inverse, contrairement à ce qui se passe dans les autres pays, l'apport de main d'œuvre dans certains secteurs et le soutien à la croissance et au dynamisme économique arrivent en bas de classement, cités tout de même par respectivement 69% et 68% des interviewés.

En Espagne et en Allemagne, le dynamisme accrû de la démographie dans un pays vieillissant est cité par 71% des interviewés comme l'un des éléments qui peuvent faire de l'immigration une chance, soit bien plus que dans les autres pays (52% en Grande-Bretagne, 50% en Italie et seulement 35% en France), ce qui semble concordant avec les taux de fécondité observés dans chacun de ces pays.

Des problèmes qui se posent surtout en matière d'immigration clandestine et,
dans une moindre mesure, de concentration des immigrés dans certains quartiers

Parmi les éléments qui peuvent faire de l'immigration un problème pour le pays d'accueil, l'immigration clandestine semble être le plus important. Ce phénomène est cité en première position dans tous les pays, à l'exception de la France pour laquelle la concentration d'immigrés dans certains quartiers semble légèrement plus poser problème (68% de citations, pour 66% concernant l'immigration clandestine). Reste que le duo de tête des éléments qui peuvent faire de l'immigration un problème pour le pays d'accueil, est dans tous les pays, à l'exception de l'Italie, l'immigration clandestine et la concentration d'immigrés dans certains quartiers. En Italie, ce dernier argument est supplanté par le trop grand nombre d'immigrés, cité par 57% des Italiens, pour 54% citant la concentration d'immigrés dans certains quartiers.

Le trop grand nombre d'immigrés arrive toutefois en troisième position en Espagne, Royaume-Uni et Allemagne, cité par une très large majorité des interviewés : respectivement 72%, 70% et 68%, soit des proportions bien plus élevées qu'en Italie.

Dans tous les pays, les différences de culture et de modes de vie, de même que les différences de religion semblent moins poser problème, sauf peut-être en Grande-Bretagne où certes, elles arrivent en bas de classement mais restent toutefois citées par respectivement 64% et 57% des interviewés.

A propos de la hiérarchie des problèmes en matière d'immigration, deux groupes de pays de distinguent.

Pour l'Espagne, l'Italie et le Royaume-Uni, le problème principal concerne sans nul doute l'immigration clandestine, cité par 65% des Espagnols, 58% des Italiens et 56% des Britanniques.

En France et en Allemagne, si les opinions nationales sont plus partagées, c'est l'intégrisme religieux qui arrive toutefois en tête des problèmes en matière d'immigration, cité par 45% des Français et 35% des Allemands. Au regard de ces deux problèmes, l'intégration des immigrés semble peu problématique dans l'ensemble des pays concernés, à l'exception de l'Allemagne. Elle n'est citée que par 16% des Français, 14% des Italiens, et 13% des Espagnols et Britanniques. En Allemagne, où la population émet des avis nettement moins tranchés, l'intégration des immigrés est citée par 34% des interviewés soit juste derrière l'intégrisme religieux et avant l'immigration clandestine (28%).

Des jugements critiques sur les modèles d'intégration nationaux,
dont l'échec est imputé aux immigrés eux-mêmes

Si les jugements quant à l'intégration de leurs immigrés s'avèrent plus ou moins sévères selon les pays, il reste que pour les Européens, la plupart des immigrés ont des difficultés d'intégration. Ainsi, cette opinion est partagée par 61% des Allemands (contre 29% pour qui la plupart des immigrés sont plutôt bien intégrés), 60% des Britanniques (contre 34%), 58% des Italiens (contre 35%) et 55% des Français (contre 37%). Ce sont les Espagnols qui sont le moins critiques, mais surtout, le plus divisés : 51% pensent que la plupart des immigrés ont des difficultés d'intégration, contre 43% qu'ils sont plutôt bien intégrés.

Quant à savoir qui est à l'origine de ces difficultés d'intégration, une majorité d'Européens s'accordent pour dire que ce sont avant tout les personnes d'origine étrangère qui ne se donnent pas les moyens de s'intégrer. Cette majorité est bien nette en Allemagne (69%), légèrement moins en Espagne (57%), Grande-Bretagne (55%), Italie (53%) et France (52%).

L'immigration demain ? le développement des pays d'origine
comme un moyen de s'attaquer à la source des problèmes d'immigration

Lorsqu'on les interroge sur les mesures qu'ils souhaitent voir mises en œuvre à l'avenir en matière d'immigration, les Européens se prononcent surtout pour le fait de favoriser le développement des pays d'origine, dans des proportions avoisinant 80% en France, Espagne, Grande-Bretagne et Allemagne.

En Italie, la régularisation des immigrés en situation irrégulière ayant construit leur vie en Italie est préférée à cette mesure : 77% la citent, pour 70% le développement des pays d'origine. En Grande-Bretagne, contrairement aux autres pays, la régularisation ne semble pas souhaitée : seuls 43% disent vouloir régulariser les clandestins ayant construit leur vie sur l'île, pour 77% des Espagnols qui souhaitent la régularisation de leurs sans papiers intégrés, 75% des Français et 68% des Allemands.

L'introduction de quotas aux frontières, qu'il s'agisse de quotas par profession ou par pays d'origine, suscite des avis partagés. Si cette mesure semble bien reçue en ce qui concerne les quotas par profession en Espagne (72%), Italie (70%), Grande-Bretagne (63%) et Allemagne (61%), elle l'est beaucoup moins en France : seuls 37% des Français choisissent cette mesure comme l'une de celles qui correspondent le plus à ce qu'ils souhaitent en matière d'immigration. Les Français lui préfèrent légèrement l'introduction de quotas par pays d'origine, avec 40% de citations. Cette proportion reste toutefois faible au regard des autres pays, puisque 54% des Espagnols, 53% des Allemands, et 51% des Britanniques choisissent cette mesure. On repère par conséquent une réticence typiquement française à la mise en place de quotas pour réguler les flux d'immigrants.

Si seule une minorité d'Européens retient le fait d'empêcher l'entrée de nouveaux immigrés (49% des Espagnols, 41% des Italiens, 40% des Français, 38% des Allemands et 37% des Britanniques), cela n'empêche qu'un plus grand nombre souhaite renvoyer un grand nombre d'immigrés dans leur pays (53% des Italiens, 51% des Espagnols, 46% des Allemands et des Britanniques), à l'exception des Français qui sont seulement 27% à choisir cette mesure.

Entre un Européen sur quatre et un Européen sur cinq souhaite favoriser une immigration économique et freiner le regroupement familial. C'est en Grande-Bretagne que cette mesure est le plus appréciée (51%), en Espagne qu'elle l'est le moins (39%).

Enfin, dans l'ensemble des pays, la mesure la moins souhaitée est une plus grande ouverture des frontières : moins d'une personnes sur 5 la choisit.

Grande disparité de la confiance dans les gouvernements

Les gouvernements des différents pays dans lesquels a été menée l'enquête bénéficient de niveaux de confiance différents de leurs citoyens pour conduire une politique adaptée à la situation en ce qui concerne l'immigration. Dans l'ensemble, cette confiance reste toutefois modérée, voire faible.

C'est le gouvernement d'Angela Merkel qui est le plus soutenu par les citoyens, avec 56% d'Allemands confiants (mais seulement 11% de tout à fait confiants). En Espagne, l'opinion est davantage partagée mais reste toutefois confiante : 50% des Espagnols font confiance au gouvernement de José Luis Zapatero pour mener une politique adaptée à la situation en ce qui concerne l'immigration, contre 48% qui ne lui font pas confiance. En revanche dans les autres pays, la confiance dans les différents gouvernements est faible : en France (46% de confiance), en Grande-Bretagne (40%) mais surtout en Italie (28%).

L'efficacité de l'Union Méditerranéenne reconnue avant tout pour le dialogue
et le resserrement des liens entre les deux côtés de la Méditerranée

Si la confiance dans les différents gouvernements pour résoudre les problèmes liés à l'immigration n'est pas élevée, la solution est peut-être à chercher à un niveau supranational. Qu'en est-il d'une structure élargie à l'ensemble du pourtour méditerranéen ? La proposition faite par la France de mettre en place une Union Méditerranéenne, (organisation visant à renforcer la coopération avec les pays du bassin méditerranéen qui ne font pas partie de l'Union Européenne) semble plutôt bien perçue par les Européens , surtout en ce qui concerne sa capacité à resserrer les liens de part et d'autre de la Méditerranée. En effet, 73% des Espagnols, 67% des Français et 56% des Italiens pensent que cette Union Méditerranéenne serait en mesure d'apporter des solutions efficaces en matière de dialogue et le resserrement des liens entre les deux côtes de la Méditerranée.

En ce qui concerne l'immigration au sens large, l'efficacité d'une telle Union est moins reconnue, mais reste toutefois majoritaire en France et en Espagne : 58% des Espagnols, et une même proportion de Français considèrent que l'Union Méditerranéenne serait en mesure d'apporter des solutions efficaces en matière d'immigration. Les Italiens ne semblent pas du même avis, seuls 46% d'entre eux exprimant un tel jugement (contre 42% qui pensent qu'elle n'apporterait pas de solutions efficaces). Plus précisément, en ce qui concerne la lutte contre l'immigration clandestine, 64% des Espagnols pensent que l'Union Méditerranéenne serait en mesure d'apporter des solutions efficaces. Ce sont eux qui se montrent les plus enthousiastes, 56% des Français partageant cet avis et seulement 49% des Italiens.

Vis-à-vis de l'Union Méditerranéenne, l'enthousiasme est donc plus prégnant chez les Français et plus encore, chez les Espagnols, les Italiens semblant plus pessimistes : ils étaient également peu nombreux à avoir confiance en leur gouvernement pour traiter des problèmes d'immigration.

Perception d'un monde musulman unitaire,
sauf en Grande-Bretagne où les avis sont partagés

Interrogés sur leur perception de ce qu'on appelle le « monde musulman », les Européens semblent considérer qu'il s'agit plutôt d'un ensemble unitaire, dans lequel ce qui rassemble les musulmans serait plus fort que ce qui les distingue. Cette vision est majoritairement partagée par les Espagnols (59%), les Français (55%), les Italiens (53%) et enfin, les Allemands (52%) tandis que respectivement 35%, 34%, 28% et 38% pensent que ce qui les distingue (pays et régimes politiques différents, histoires différentes) est plus fort que ce qui les rassemble, c'est-à-dire leur religion.

En Grande-Bretagne, les avis sont davantage partagés et il ne semble pas y avoir dans l'opinion publique britannique, de vision commune de ce qu'est le monde musulman : 45% pensent que ce qui les rassemble, c'est-à-dire leur religion, est plus fort que ce qui les distingue, (pays et régimes politiques différents, histoires différentes) quand 42% pensent l'inverse.

Sentiment que l'intégrisme musulman se renforce dans son pays,
mais surtout dans le monde

Lorsqu'on leur demande s'ils ont le sentiment que, dans leur pays, l'intégrisme musulman gagne du terrain, recule ou ni l'un ni l'autre, une majorité relative d'Européens a le sentiment que celui-ci progresse. C'est en Allemagne que ce sentiment est le plus fort (63% des Allemands pensent qu'en Allemagne, l'intégrisme musulman gagne du terrain) et en Espagne qu'il est le plus faible (48%), les Français, Italiens et Britanniques étant environ un sur deux à estimer qu'il est en progression. Les pays récemment frappés par des attentats terroristes (Espagne et Grande-Bretagne) sont les deux pays dans lesquels le sentiment que l'intégrisme musulman gagne du terrain est le moins répandu.

Au niveau mondial, le sentiment que l'intégrisme musulman gagne du terrain est encore plus répandu qu'au niveau national, surtout chez les Français et les Allemands : respectivement 71% et 66% partagent cet avis, pour 59% des Espagnols, 58% des Italiens et 56% des Britanniques. La lutte contre l'intégrisme musulman ne semble pas porter ses fruits aux yeux des Européens, puisqu'une très faible minorité estime que celui-ci recule dans le monde : de 12% en Italie à seulement 2% en France.

Au total, les opinions publiques européennes se révèlent différentes dans leur approche de cette question manifestement complexe de l'immigration. Les différences géographiques, historiques et culturelles, c'est-à-dire les aspects nationaux, semblent façonner encore en grande partie les représentations et les jugements sur cette thématique. Au-delà de ces spécificités, l'immigration clandestine et les difficultés d'intégration des étrangers sont des problèmes partagés par tous. En ce qui concerne une prise en charge efficace de cette question, force est de constater que les niveaux de confiance dans les exécutifs nationaux sont variables et plutôt faibles. Quant à l'échelon de l'Union Méditerranéenne, s'il séduit Français et Espagnols, les Italiens restent à convaincre.

Sarah Basset


Fiche Technique : Étude réalisée pour France 24 auprès d'échantillons représentatifs des populations nationales de plus de 18 ans, par téléphone à domicile.
» en France : étude réalisée du 18 au 20 septembre 2007 auprès de 960 personnes
» en Espagne : étude réalisée du 20 au 26 septembre 2007 auprès de 921 personnes
» en Italie : étude réalisée du 20 au 23 septembre 2007 auprès de 953 personnes
» en Allemagne : étude réalisée du 21 au 22 septembre 2007 auprès de 950 personnes
» en Grande-Bretagne : étude réalisée du 21 au 23 septembre 2007 auprès de 983 personnes



Plus d'informations :
Fabienne Simon / Sarah Basset
Département Stratégies d'Opinion
Tél : 33 (0)1 40 92 47 18 / 44 22
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