Le 15 janvier
2003 - Réalisée
pour l'OFAJ (Office franco-allemand pour la jeunesse)
à l'occasion de son 40e anniversaire,
notre étude analyse les perceptions réciproques
qu'entretiennent les jeunes Français et les jeunes
Allemands sur leur pays voisin respectif. Représentations,
connaissances linguistiques, voyages, connaissances culturelles,
modes de vie, tels sont les principaux thèmes abordés
par cette étude. Principal enseignement :
81% des Allemands et 95% des Français estiment
que les relations franco-allemandes sont bonnes ou plutôt
bonnes.
Les Français :
des gourmets et des bons vivants aux yeux des Allemands
Pour qualifier
les Français, les jeunes Allemands désignent
en premier des éléments liés aux
plaisirs de la bouche. Une personne interrogée
sur deux cite ainsi une spécialité gastronomique
française. En première place, on trouve
la baguette (30%), puis le fromage (11%) et les croissants
(3%). 17% des Allemands âgés de 15 à
30 ans associent à leur voisin de l'Ouest la nourriture
française et la gastronomie dans un sens plus large.
Derrière
les spécialités de la cuisine française,
c'est la ville de Paris qui est citée le plus fréquemment
(26%), puis la tour Eiffel (25%) et d'autres sites touristiques
dans et autour de Paris (25%). La quatrième association
relève également de la sphère gastronomique
: l'alcool. Un Allemand sur quatre, âgé de
15 à 30 ans, associe ainsi aux Français
le vin, le cognac ou le champagne.
Au total,
le jeune Allemand perçoit "le Français"
surtout comme un bon vivant et un gourmet. D'ailleurs,
presque une personne interrogée sur dix (9%) évoque
un mode de vie léger, plutôt insouciant et
bon vivant lorsqu'on lui dit "Français". Les aspects
historiques ou politiques ne jouent qu'un rôle très
secondaire.
Les Allemands :
d'abord perçus en fonction du contexte socio-historique
A l'inverse,
l'image des Allemands auprès des Français
est bien plus marquée par les aspects politiques
et historiques : dans l'ordre de la fréquence des
associations, l'Europe ou l'Union Européenne arrivent
en seconde place, avec 14% des réponses données
par les jeunes Français. En troisième place,
(13%), on cite la Seconde guerre mondiale, y compris en
association avec le national-socialisme et le régime
hitlérien. Pour beaucoup de jeunes Français,
les Allemands sont perçus avant tout dans le cadre
d'une responsabilité historique et politique. La
cuisine allemande et la gastronomie (10%) ne figurent
qu'à la 4ème place des fréquences
d'associations, suivie en 5ème position des voitures
allemandes (8%) et de la langue allemande (8%). A l'inverse
des Allemands qui citent fréquemment Paris pour
désigner la France, les Français n'évoquent
que marginalement Berlin.
L'image
floue des Allemands auprès des Français
De manière
générale, il est frappant de constater que
l'image des Allemands auprès des Français
apparaît peu définie et floue. Ce n'est pas
un hasard si les jeunes Français interrogés
ont répondu le plus souvent à la question
"qu'est-ce qui vous vient à l'esprit lorsque vous
pensez aux Allemands ?", et évoquent le pays,
le peuple ou l'Allemagne. Lorsqu'on interroge les jeunes
Allemands, ce type de réponse (au mot clé
"Français", je pense à la France) n'arrive
qu'au 5ème rang des associations les plus fréquentes
(11%). La forte proportion des Français interrogés
qui n'a pas répondu à cette question (54%
contre 13% en Allemagne) semble indiquer que de nombreux
jeunes Français n'associent pas d'idée précise
aux Allemands, alors qu'à l'inverse, cela ne pose
pratiquement pas de problème aux jeunes Allemands.
Mode de
vie des Allemands et des Français : des perceptions
contrastées
Pour près
d'un jeune Allemand sur trois (30%), la manière
de vivre des Français se distingue considérablement
de la sienne. A la question " que vous vient-il
à l'esprit quand vous entendez le mot "Français" ? ",
une grande partie des personnes interrogées cite
spontanément le mode de vie des Français,
considéré comme différent. Quant
aux Français, ils ne perçoivent pas une
telle différence : seuls 13% affirment que les
différences étaient très importantes.
Deux sur cinq (42%) estiment en revanche que leur propre
mode de vie ne se distingue que très peu ou pas
du tout de celui des Allemands.
Par ailleurs,
ces appréciations en Allemagne et en France n'ont
pratiquement pas évolué au cours des 26
dernières années. Déjà, dans
l'étude comparative de 1976, 30% (comme aujourd'hui)
des jeunes Allemands relevaient que le mode de vie des
Français était très différent
de celui des Allemands, alors que seulement 10% (aujourd'hui
13%) des jeunes Français étaient de cet
avis.
L'évolution
de l'image de son propre pays jugée favorablement
Plus d'un
Français sur deux estime que l'image de la France
auprès des Allemands a favorablement évolué
au cours des dernières années (53%). Selon
34% des Allemands, l'image de l'Allemagne auprès
des Français s'est améliorée. Même
si la proportion de ceux qui, dans les deux pays, estiment
qu'il y a eu une évolution favorable est nettement
supérieure à celle de ceux qui perçoivent
une évolution défavorable, les jeunes Français
semblent globalement plus sûrs d'eux-mêmes
que les Allemands.
Les relations
franco-allemandes jugées favorablement de part
et d'autre du Rhin
81% des Allemands
âgés de 15 à 30 ans estiment que les
relations franco-allemandes sont actuellement plutôt
bonnes ou très bonnes. Du côté français,
une proportion bien plus importante (95%) de cette classe
d'âge partagent cet avis. Si l'on compare ces résultats
à ceux obtenus lors d'une enquête réalisée
en 1970 auprès d'étudiants de l'enseignement
supérieur à Munich et à Paris, on
constate que l'évaluation actuelle des Allemands
est un peu plus négative : 87% des étudiants
munichois interrogés avaient considéré
en 1970 que les relations étaient bonnes, pour
81% aujourd'hui. 86% des étudiants interrogés
en 1970 à Paris estimaient que les relations étaient
bonnes, pour 95% cette année.
Les Allemands
plus attirés par la France que les Français
par l'Allemagne
Jeunes Allemands
et jeunes Français se distinguent considérablement
dans leur comportement en matière de voyages et
dans le choix de leurs destinations préférées.
Alors que les jeunes Allemands ont voyagé le plus
souvent (69%) pour se rendre en Autriche, les jeunes Français
se sont surtout rendus en Espagne (64%). En deuxième
place des séjours à l'étranger effectués
par les Français âgés de 15 à
30 ans figurent la Grande-Bretagne ou l'Irlande (58%).
Pour les jeunes Allemands, les îles britanniques
demeurent une destination assez inhabituelle : seuls 27%
des Allemands interrogés s'y étaient déjà
rendus. Pour les jeunes Allemands, la deuxième
destination la plus fréquente est l'Italie (59%).
Tandis que
plus de la moitié des Allemands interrogés
se sont déjà rendus en France, - pays qui
figure en 3ème place des destinations les plus
fréquentes (55%) - , les jeunes Français
sont partis beaucoup moins souvent (44%) en Allemagne.
L'Allemagne ne devient destination pour les Français
qu'à un âge plus avancé, une fois
qu'ils ont dépassé les vingt ans. Ainsi,
un peu plus d'un tiers seulement des Français âgés
de moins de 20 ans ont déjà visité
l'Allemagne contre près d'un Français sur
deux (49%) entre 25 et 30 ans.
Italie
et Espagne, pays de rêve pour les jeunes Français
et Allemands
Lorsqu'on
demande aux jeunes Allemands et aux jeunes Français
où ils souhaiteraient s'installer s'ils devaient
quitter leur propre pays, la grande majorité d'entre
eux place l'Espagne et l'Italie, loin devant les autres.
(29% des Allemands âgés de 15 à 30
ans et 42% des Français de la même tranche
d'âge désignent l'Espagne comme leur pays
de rêve). En deuxième place figure un autre
pays méditerranéen, l'Italie (25% en Allemagne,
38% en France).
Pour les
jeunes Français, la Grande-Bretagne arrive en 3ème
position avec 20% et l'Allemagne en 4ème position
avec 11%. Pour les Allemands, la France occupe la 3ème
place (14%) parmi les pays de rêve cités,
derrière l'Espagne et l'Italie. Ce qui fait de
la France un pays légèrement plus attractif
pour les Allemands en vue d'un séjour durable que
l'Allemagne pour les Français.
Les jeunes
Français plus liants que leurs voisins allemands
38% des Allemands
âgés de 15 à 30 ans ont eu l'occasion
de faire connaissance avec un Français en Allemagne.
Chez les Français du même âge, la proportion
est nettement plus élevée (52%). Ceci n'a
rien d'étonnant : comme nous l'avons constaté,
les Allemands se rendent plus fréquemment en France
que les Français en Allemagne. Les Français
ont donc plus souvent l'occasion de rencontrer des Allemands
en France alors que pour les Allemands, l'occasion de
faire connaissance avec des Français en Allemagne
est plus rare. Toutefois, parmi ceux qui se sont déjà
rendus dans le pays voisin, il existe plus de Français
ayant fait connaissance avec un Allemand "sur place" (63%)
que d'Allemands ayant connu des Français "sur place"
(43%). Nous voyons ici que les jeunes Français
semblent davantage profiter de leurs séjours en
Allemagne pour nouer des contacts personnels que les Allemands
qui séjournent en France. Le type de séjour
(séjours prolongés dans le cadre des études
ou vacances courtes) est également un facteur déterminant
à cet égard et joue sur la possibilité.
Médiocrité
des connaissances sur le pays voisin
Seulement
16% des Allemands âgés de 15 à 30
ans, et autant de Français du même âge
estiment que leurs propres connaissances sur le pays voisin
sont bonnes ou très bonnes. 43% des Allemands avouent
ne savoir que peu ou très peu sur la France. Un
Français sur deux (50%) est dans le même
cas. En moyenne, les connaissances et les informations
sur le pays voisin se situent dans une fourchette de niveaux
compris entre " moyennes " et " assez
faibles " (la moyenne pour l'Allemagne est de
3,4 et pour la France de 3,5).
Certes, le
degré de connaissances sur le pays voisin respectif
a légèrement augmenté par rapport
à l'étude comparative de 1976. Mais malgré
de meilleures relations de voisinage entre l'Allemagne
et la France et en dépit des nouvelles possibilités
d'accès rapide à l'information, les connaissances
sur le voisin restent tout à fait médiocres.
Les connaissances
sur la situation politique du pays voisin laissent également
à désirer. Ainsi, seuls 52% des Allemands
âgés de 15 à 30 ans interrogés
connaissent le président français, Jacques
Chirac. Quant aux Français interrogés, seuls
46% savent que Gerhard Schröder est le chancelier
de l'Allemagne.
Télévision
et école, principaux vecteurs d'information
La télévision
et l'école sont les principales sources d'informations
sur le pays voisin. Alors qu'en Allemagne la vaste majorité
des informations sur la France (77%) provient de la télévision,
l'école est en France, loin devant toute autre
source d'information, le principal vecteur (67%) de connaissances
sur l'Allemagne. Ce constat pourrait également
expliquer pourquoi, dans l'image que se font les Français
des Allemands, les dimensions politiques et historiques
sont très présentes.
Les informations
de première main, que ce soit par des voyages ou
via des contacts personnels avec des Français ou
des Allemands sont nettement plus rares (en Allemagne
en 5ème position, et en 10ème position dans
la fréquence d'évocation ; en France, 4ème
et 9ème place respectivement).
Bien des
choses ont changé depuis 1976 : la télévision
jouait alors en Allemagne un rôle bien moins important
dans la transmission d'informations sur la France (57%)
qu'aujourd'hui (77%). Néanmoins, l'importance de
l'école dans la transmission de connaissances sur
la France est plus élevée aujourd'hui (70%)
qu'il y a 26 ans (61%). En France, le rôle de la
télévision comme vecteur d'informations
sur l'Allemagne n'a pratiquement pas évolué
depuis 1976 (1976 : 37%, aujourd'hui : 40% ; dans les
deux périodes en 2ème place dans la fréquence
des réponses, derrière les études).
Mais l'importance de l'école en tant que source
d'information sur l'Allemagne a considérablement
augmenté au cours des 26 dernières années
(1976 : 40%, aujourd'hui : 67%).
L'anglais,
première langue étrangère parlée
en France et en Allemagne
Aussi bien
en Allemagne qu'en France, la langue étrangère
la plus parlée par les jeunes est l'anglais (Allemagne,
92% ; France, 95%). En Allemagne, le français
arrive en deuxième position - même s'il est
largement devancé par l'anglais, (33%). Donc, un
tiers des jeunes Allemands savent au moins un peu de français
alors qu'en France, la deuxième langue étrangère
est l'espagnol: plus d'un jeune Français sur deux
parle au moins un peu l'espagnol. L'allemand figure en
3ème position, (35%).
Un niveau
des connaissances linguistiques passable de part et d'autre
du Rhin
Parmi les
Allemands qui parlent le français, 17% estiment
avoir de bonnes ou de très bonnes connaissances
de français. En France, la proportion de ceux qui
disent avoir des bonnes ou de très bonnes connaissances
d'allemand est de 22%. Néanmoins, 41% des personnes
interrogées disent n'avoir que des mauvaises ou
très mauvaises connaissances d'allemand alors que
le pourcentage des Allemands n'ayant que de mauvaises
connaissances de français est de 37%. En moyenne,
le niveau des connaissances linguistiques des Allemands
tout comme celui des Français n'est guère
mieux que passable (sur une échelle de 1 à
5, note moyenne de 3,2 en Allemagne et de 3,3 en France.)
La majorité
des personnes interrogées en Allemagne et en France
ont acquis leurs connaissances d'allemand et de français
à l'école (Allemagne, 90% ; France,
85%). Dans ce domaine, il n'y a pratiquement pas eu de
changement depuis 1976. Suivent assez loin derrière
les séjours linguistiques sur place, (Allemagne,
36% ; France, 25%) et certains programmes d'échanges
(Allemagne, 25% ; France, 18%). Les cours de langues
à l'université, l'acquisition de la langue
en autodidacte ou encore les cours de langues professionnels
et les écoles de langues sont très rarement
utilisés pour apprendre la langue française
ou allemande (1 à 13%).
L'intérêt
pour la langue du pays voisin : peut mieux faire !
Les jeunes
Allemands tout comme les jeunes Français se montrent
peu intéressés par l'apprentissage ou l'amélioration
de leurs connaissances en français et en allemand.
Seulement 25% des Allemands âgés de 15 à
30 ans se disent intéressés pour apprendre
le français ou améliorer leurs connaissances
en français, et réciproquement, 28% des
Français. En moyenne, l'intérêt pour
l'apprentissage de la langue du pays voisin est donc plutôt
faible à très faible.
Fiche Technique
Etude réalisée
par téléphone en Allemagne par TNS Emnid
et en France par Taylor Nelson Sofres, auprès d'échantillons
représentatifs de 500 et 511 jeunes âgés
de 15 à 30 ans. Date de réalisation :
du 25 novembre au 7 décembre 2002 pour la partie
Allemagne ; du 21 au 29 novembre pour la partie France.