|
Les Français et l'immigration
Le 15 octobre 2007 - Selon notre étude, réalisée pour France 24, sur la question de l'immigration en Europe et dans leur pays, les Français peinent à trouver une position commune.
S'agit-il plutôt d'une chance ou d'une menace ?
Pour un Français sur quatre, l'immigration est plutôt une chance, pour l'Europe comme pour la France (25% pour les deux). En revanche, pour 19%, il s'agit plutôt d'une menace pour l'Europe, et pour 24%, d'une menace pour la France. L'immigration est donc connotée légèrement plus négativement pour son propre pays que pour l'Europe. Surtout, les choses sont plus balancées pour près d'un Français sur deux qui estime qu'il ne s'agit ni d'une chance ni d'une menace (49% pour l'Europe, 44% pour la France).
Dans le détail, les Français perçoivent avant tout les bénéfices culturels de l'immigration, puisque 42% d'entre eux considèrent qu'il s'agit plutôt d'une chance pour la culture française. Seuls 22% y voient une menace sur ce point et 32% ni l'un ni l'autre. Manifestement, les représentations collectives et les valeurs afférentes à l'histoire de la France (déclaration des droits de l'homme, vocation universaliste) continuent d'imprégner les opinions.
En revanche, les Français sont plus partagés sur la question des bénéfices de l'immigration pour l'économie de la France : si 30% y voient une chance, 29% la considèrent plutôt comme une menace et 35% n'y voient ni une chance ni une menace.
Enfin, c'est en terme d'identité que les Français ont le plus de mal à se positionner : 40% estiment en effet que l'immigration n'est ni une chance ni une menace. Pour les autres, les jugements se révèlent à la fois tranchés et divisés : 28% y voient plutôt une menace quand 26% y voient une chance.
L'immigration : une opportunité avant tout culturelle pour le pays d'accueil
Parmi les éléments qui peuvent faire de l'immigration une chance pour le pays d'accueil, les Français retiennent logiquement, parmi les différentes propositions, une ouverture plus grande aux autres et aux différences de culture et de modes de vie (62%) ainsi qu'un enrichissement culturel (60%). Ce sont donc les atouts culturels qui sont avant tout retenus, suivis par un apport de main d'œuvre dans certains secteurs (59%).
Viennent ensuite, mais bien loin derrière, des échanges plus importants entre la France et les pays d'origine, cités par 48% des Français, un soutien à la croissance et au dynamisme économique (37%) et enfin, un dynamisme accrû de la démographie dans un pays vieillissant (35%).
Des problèmes liés surtout à la concentration d'immigrés
dans certains quartiers et à l'immigration clandestine
Concernant les éléments qui peuvent faire de l'immigration un problème pour le pays d'accueil, ceux qui semblent les plus importants aux yeux des Français concernent d'abord la concentration d'immigrés dans certains quartiers (68%) suivie de près par l'immigration clandestine, citée par 66% des Français.
La situation économique et sociale du pays (chômage, déficits) est relevée par moins d'un Français sur deux (45%) et le trop grand nombre d'immigrés, par 42%.
Enfin, près d'un Français sur 3 considère que les différences de religion, et les différences de modes de vie peuvent faire de l'immigration un problème pour le pays d'accueil (respectivement 35% et 31%).
Toutefois, lorsqu'on leur demande de hiérarchiser les problèmes principaux en matière d'immigration, c'est l'intégrisme religieux qui arrive en tête, avec 45% de citations. Viennent ensuite l'immigration clandestine (36%) et, dans de moindres proportions, l'intégration des immigrés (16%).
Des jugements tranchés sur le modèle d'intégration français
et sur le partage des responsabilités
Bien que l'intégration des immigrés ne soit pas citée comme un problème prioritaire en matière d'immigration, elle est néanmoins perfectible : 55% estiment que la plupart des immigrés ont des difficultés d'intégration contre seulement 37% estiment que la plupart sont plutôt bien intégrés.
Les causes de ces difficultés d'intégration sont à chercher, aux yeux des Français, du côté des immigrés eux-mêmes plus que de la société. Ainsi, pour 52% des répondants, ce sont avant tout les personnes d'origine étrangère qui ne se donnent pas les moyens de s'intégrer, pour 35% qui pensent que c'est avant tout la société française qui ne donne pas aux personnes d'origine étrangère les moyens de s'intégrer.
Le développement des pays d'origine comme un moyen de s'attaquer
à la source des problèmes liés à l'immigration
Lorsqu'on les interroge sur les politiques d'immigration qu'ils souhaitent voir mises en œuvre, les Français montrent leur enthousiasme pour deux types de mesures très différentes : favoriser le développement des pays d'origine (79%) et régulariser les immigrés en situation irrégulière qui ont construit leur vie en France (75%). Des mesures d'apaisement de la situation qui témoignent de la grille de lecture humaniste de cette question par une proportion importante de la population.
Les autres mesures semblent moins privilégiées : 40% estiment qu'il faut empêcher l'entrée de nouveaux immigrés en France, 40% qu'il faut fixer des quotas par pays d'origine pour les immigrés qui viennent en France, au même niveau que favoriser une immigration économique et freiner le regroupement familial (40%).
Enfin, les mesures les moins populaires concernent la reconduite aux frontières et surtout, l'ouverture des frontières : 27% des Français souhaitent renvoyer un grand nombre d'immigrés dans leur pays et 16% que les frontières de la France soient bien plus ouvertes qu'actuellement.
Des jugements très partagés sur la capacité du gouvernement
à mener une politique adaptée en matière d'immigration
Les Français sont partagés sur la question de confiance au gouvernement de François Fillon en matière d'immigration : 46% lui font confiance pour conduire une politique adaptée à la situation en ce qui concerne l'immigration, contre 45% qui ne lui font pas confiance.
L'efficacité de l'Union Méditerranéenne reconnue avant tout pour le dialogue
et le resserrement des liens entre les deux côtés de la Méditerranée
Si la confiance dans le gouvernement français pour résoudre les problèmes liés à l'immigration n'est pas élevée, la solution est peut-être à chercher à un niveau supranational. Qu'en est-il d'une structure élargie à l'ensemble du pourtour méditerranéen ? La proposition faite par la France de mettre en place une Union Méditerranéenne, (organisation visant à renforcer la coopération avec les pays du bassin méditerranéen qui ne font pas partie de l'Union Européenne) semble plutôt bien perçue par les Français, surtout en ce qui concerne sa capacité à resserrer les liens de part et d'autre de la Méditerranée.
En effet, 67% des Français pensent que cette Union Méditerranéenne serait en mesure d'apporter des solutions efficaces en matière de dialogue et le resserrement des liens entre les deux côtes de la Méditerranée.
En matière d'immigration, l'efficacité d'une telle organisation est légèrement moins reconnue, mais toutefois majoritaire : 58% des Français croient en l'efficacité de l'Union Méditerranéenne en matière d'immigration (contre 33% pensant qu'elle n'apporterait pas de solutions efficaces) et 56% en matière de lutte contre clandestine (contre 35%).
Perception d'un monde musulman unitaire
Interrogés sur leur perception de ce qu'on appelle le « monde musulman », les Français semblent considérer qu'il s'agit plutôt d'un ensemble unitaire, dans lequel ce qui rassemble les musulmans serait plus fort que ce qui les distingue. En effet, 55% d'entre eux considèrent que ce qui rassemble les musulmans, c'est-à-dire leur religion, est plus fort que ce qui les distingue, (pays et régimes politiques différents, histoires différentes) quand 34% pensent l'inverse.
Sentiment que l'intégrisme musulman se renforce en France,
mais surtout dans le monde
Lorsqu'on leur demande s'ils ont le sentiment que l'intégrisme musulman gagne du terrain en France, recule ou ni l'un ni l'autre, 52% ont le sentiment qu'il progresse quand 38% choisissent la position intermédiaire. Seuls 3% estiment que l'intégrisme musulman recule dans leur pays.
Au niveau mondial, le sentiment que l'intégrisme musulman se renforce est beaucoup plus prégnant encore, partagé par 71% des Français, contre seulement 2% ayant l'impression qu'il recule. 22% pensent qu'il stagne.
Au total, les Français se révèlent à la fois circonspects et partagés sur la question de l'immigration. Considérée comme une chance en termes culturels, notamment parce qu'elle permet une plus grande ouverture vers les autres cultures, elle n'est pas sans poser problème, notamment à cause de la concentration d'immigrés dans certains quartiers mais également, de l'immigration clandestine. Un sujet manifestement complexe pour l'opinion publique française, et en tout cas davantage que pour les opinions publiques de ses voisins européens, qui formulent des jugements globalement plus tranchés.
Sarah Basset
Fiche Technique : Enquête réalisée pour France 24 du 18 au 20 septembre 2007, par téléphone, auprès d'un échantillon
national de 960 personnes, représentatif de l'ensemble de la population italienne âgée de plus de
18 ans.
Méthode des quotas (sexe, âge, statut professionnel et niveau d’éducation) avec stratification par
région et catégorie d’agglomération.
|