Les Italiens et l'immigration



Le 15 octobre 2007 - Selon notre étude, réalisée pour France 24, sur la question de l'immigration en Europe et dans leur pays, les Italiens ont du mal à trouver une position commune. S'agit-il plutôt d'une chance ou d'une menace ? Pour un Italien sur trois, l'immigration est plutôt une chance, pour l'Europe comme pour l'Italie (33% pour les deux). En revanche, pour 22% des Italiens, il s'agit plutôt d'une menace pour l'Europe, et pour 29%, d'une menace pour l'Italie. L'immigration est donc connotée légèrement plus négativement pour son propre pays que pour l'Europe. Surtout, les choses sont plus balancées pour plus d'un Italien sur 3 qui estiment qu'il ne s'agit ni d'une chance ni d'une menace (32% pour l'Europe, 27% pour l'Italie) ou bien encore, des deux à la fois (10% pour l'Europe, 8% pour l'Italie).

Dans le détail, la menace est surtout perçue en terme identitaire. En effet, 36% des Italiens considèrent que l'immigration est plutôt une menace pour l'identité de l'Italie, contre 28% pensant qu'il s'agit plutôt d'une chance, 25% ni d'une chance ni d'une menace et 3%, des deux à la fois. Concernant la culture et l'économie, les avis sont plus positifs : une majorité relative (42%) pensent que l'immigration est une chance pour la culture italienne (31% une menace, 20% ni l'un ni l'autre et 3% les deux à la fois) quand 50% pensent qu'il s'agit d'une chance pour l'économie italienne (contre 27% une menace, 15% ni l'un ni l'autre et 3% les deux à la fois).

L'immigration : une opportunité avant tout économique pour le pays d'accueil

Si la question de l'immigration en général semble partager les Italiens, un sur deux est donc prêt à reconnaître qu'il s'agit d'une chance pour l'économie italienne.

D'ailleurs, parmi les éléments qui peuvent faire de l'immigration une chance, les Italiens retiennent avant tout l'apport de main d'oeuvre dans certains secteurs (68%), devant une ouverture plus grande aux autres et aux différences de culture et de modes de vie (56%) et un enrichissement culturel (53%). Le soutien à la croissance et au dynamisme économique est quant à lui reconnu par 51% des Italiens.

Dans l'ensemble, les Italiens se montrent moins sensibles aux avantages de l'immigration sur le plan démographique et sur le plan des relations internationales. 50% d'entre eux citent, parmi les éléments qui peuvent faire de l'immigration une chance pour le pays d'accueil, un dynamisme accrû de la démographie dans un pays vieillissant, et 49% des échanges plus importants entre l'Italie et les pays d'accueil.

Les Italiens retiennent donc avant tout les bénéfices économiques de l'immigration, surtout par son apport de main d'oeuvre sur le marché du travail, mais également les bénéfices culturels.

L'immigration clandestine comme principal problème

Concernant les éléments qui peuvent faire de l'immigration un problème pour le pays d'accueil, ceux qui semblent les plus importants aux yeux des Italiens concernent d'abord et avant tout l'immigration clandestine, citée par 74% d'entre eux. Viennent ensuite, mais relativement loin derrière, le trop grand nombre d'immigrés (57%) et la concentration d'immigrés dans certains quartiers (54%) et bien plus loin encore, la situation économique et sociale du pays d'accueil (41%).

Les différences de religion, de même que les différences de modes de vie ne semblent pas vraiment relevées par les Italiens, qui sont moins de 4 sur 10 à considérer qu'elles peuvent faire de l'immigration un problème pour le pays d'accueil (respectivement 38% et 37%).

La préoccupation face à l'immigration clandestine se retrouve au niveau de la hiérarchie des problèmes posés par l'immigration. Quand on leur demande de désigner le problème le plus important aujourd'hui en matière d'immigration, 58% des Italiens dénoncent l'immigration clandestine quand seulement 24% choisissent l'intégrisme religieux et 14% l'intégration des immigrés.

Il semble bien que la maîtrise de l'immigration, tant en terme de flux (immigration clandestine, trop grand nombre d'immigrés) que d'intégration au pays d'accueil (concentration d'immigrés dans certains quartiers), soit ressentie comme le principal problème, et donc défi à relever, en terme d'immigration en Italie.

Des jugements tranchés sur le modèle d'intégration italien
et sur le partage des responsabilités

Même si l'intégration des immigrés n'est pas citée comme un problème prioritaire en matière d'immigration, elle reste pourtant perfectible : 58% estiment que la plupart des immigrés ont des difficultés d'intégration contre seulement 35% estiment que la plupart sont plutôt bien intégrés.

Les causes de ces difficultés d'intégration sont à chercher, aux yeux des Italiens, du côté des immigrés eux-mêmes plus que de la société. Ainsi, pour 53% des répondants, ce sont avant tout les personnes d'origine étrangère qui ne se donnent pas les moyens de s'intégrer, pour 37% qui pensent que c'est avant tout la société italienne qui ne donne pas aux personnes d'origine étrangère les moyens de s'intégrer.

Une volonté de choisir son immigration

Lorsqu'on les interroge sur les politiques d'immigration qu'ils souhaitent voir mises en oeuvre, les Italiens s'expriment en faveur de la régularisation de ceux qui ont construit leur vie en Italie et d'une immigration « choisie ».

Ainsi, la régularisation des immigrés en situation irrégulière qui ont construit leur vie en Italie est la mesure la plus consensuelle des mesures proposées. Lorsqu'on leur demande quelles politiques correspondent le plus à ce qu'ils souhaitent, 77% des Italiens choisissent cette proposition. Pourtant, 53% des Italiens citent également le renvoi d'un grand nombre d'immigrés dans leur pays.

Parmi les mesures proposées, viennent ensuite la fixation de quotas par profession pour les immigrés qui viennent en Italie, au même niveau que l'aide au développement des pays d'origine (70%). En revanche, seuls 41% des Italiens souhaitent que des quotas soient instaurés selon le pays d'origine des immigrés.

En terme de flux à l'entrée de l'Italie, 41% souhaitent empêcher l'entrée de nouveaux immigrés et 40% souhaitent favoriser une immigration économique mais freiner le regroupement familial.

Enfin, la mesure la moins au goût du jour concerne l'ouverture des frontières : seuls 16% des Italiens souhaitent que les frontières de l'Italie soient bien plus ouvertes qu'actuellement.

L'efficacité de l'Union Méditerranéenne reconnue surtout pour le dialogue
et le resserrement des liens entre les deux côtés de la Méditerranée

Le gouvernement de Romano Prodi souffre d'un déficit de confiance : seuls 28% des Italiens déclarent lui faire confiance pour conduire une politique adaptée à la situation en ce qui concerne l'immigration (dont seulement 9% tout à fait). 63% ne lui accordent pas cette confiance.

Si la confiance dans le gouvernement italien pour résoudre les problèmes liés à l'immigration n'est pas très élevée, la solution est peut-être à chercher à un niveau supranational. Pourtant, la proposition faite par la France de mettre en place une Union Méditerranéenne (organisation visant à renforcer la coopération avec les pays du bassin méditerranéen qui ne font pas partie de l'Union Européenne) ne semble pas non plus perçue par les Italiens comme efficace pour traiter les questions d'immigration.

49% des Italiens pensent que cette Union Méditerranéenne serait en mesure d'apporter des solutions efficaces en matière de lutte contre l'immigration clandestine (contre 39% inefficaces), et 46% qu'elle pourrait apporter des solutions efficaces en terme d'immigration au sens large (contre 42% inefficaces).

C'est d'abord pour le dialogue et le resserrement des liens entre les deux côtes de la Méditerranée que l'efficacité d'une telle organisation est reconnue : 56% des Italiens formulent cette opinion, contre 30% qui estiment qu'elle n'apporterait pas de solutions efficaces.

Enfin, sans doute parce que cette idée d'Union Méditerranéenne n'est pour l'instant qu'un projet, plus d'un Italien sur 10 est incapable de se prononcer sur l'efficacité d'une telle organisation, quel qu'en soit le domaine.

Perception d'un monde musulman unitaire

Interrogés sur leur perception de ce qu'on appelle le « monde musulman », les Italiens semblent considérer qu'il s'agit plutôt d'un ensemble unitaire, dans lequel ce qui rassemble les musulmans serait plus fort que ce qui les distingue. En effet, 53% d'entre eux considèrent que ce qui rassemble les musulmans, c'est-à-dire leur religion, est plus fort que ce qui les distingue, (pays et régimes politiques différents, histoires différentes) quand 28% pensent l'inverse. A noter le taux élevé de personnes sans opinion sur cette question (19%).

Sentiment que l'intégrisme musulman se renforce en Italie,
mais surtout dans le monde

Lorsqu'on leur demande s'ils ont le sentiment que l'intégrisme musulman gagne du terrain en Italie, recule ou ni l'un ni l'autre, 50% ont le sentiment qu'il progresse quand 26% choisissent la position intermédiaire. Seuls 12% estiment que l'intégrisme musulman recule dans leur pays.

Le sentiment que l'intégrisme musulman progresse au niveau mondial est, lui aussi, et plus encore, répandu : 58% partagent cet avis, quand 12% pensent qu'il recule et 15% que ni il ne gagne du terrain ni ne progresse.

Au total, les Italiens semblent partagés sur le bénéfices de l'immigration. S'ils en reconnaissent les apports économiques et culturels, ils souhaitent toutefois une maîtrise rigoureuse des flux d'entrée et de sortie sur leur territoire. De ce fait, ils voient l'immigration clandestine comme le principal enjeu en terme d'immigration.

Sarah Basset


Fiche Technique : Enquête réalisée pour France 24 du 20 au 23 septembre 2007, par téléphone, auprès d'un échantillon national de 953 personnes, représentatif de l'ensemble de la population italienne âgée de plus de 18 ans. Méthode des quotas (sexe, âge, statut professionnel et niveau d’éducation) avec stratification par région et catégorie d’agglomération.



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Fabienne Simon / Sarah Basset
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