Le 16 mars 2005 - Dans un contexte où les intentions de vote en faveur du « non » au référendum sur le traité constitutionnel européen prennent de l'ampleur, et où une forte proportion de citoyens n'expriment toujours pas d'intention de vote en faveur du oui ou du non, notre étude réalisée pour le groupe Casino et L'Hémicycle permet de mesurer ce que les Français escomptent d'une éventuelle ratification de ce traité, dans le domaine de l'économie et au niveau européen.
Des bénéfices perçus de manière mitigée sur le plan économique
Le premier enseignement de cette étude est que l'impact de la poursuite de la construction européenne, via la ratification du traité, ne fait pas l'unanimité. A première vue, on constate que sur les quatre aspects soumis aux Français, trois sont perçus comme devant bénéficier de la poursuite de la construction européenne : les entreprises européennes, le dynamisme de l'économie européenne, les consommateurs européens, avec une majorité assez nette (48% à 57%, contre 28% à 35% d'opinions contraires). Seul « l'emploi en Europe » constituerait alors un point noir dans ce tableau optimiste, 40% des Français estimant que la poursuite de la construction européenne via la ratification de ce traité serait une bonne chose, 43% que ce serait une mauvaise chose.
Toutefois, si l'on considère la hiérarchie des bénéfices perçus, le constat est sensiblement différent. Les entreprises et l'économie en général, entités lointaines et souvent désincarnées, sont les premiers bénéficiaires perçus de la construction européenne pour les Français. Les citoyens n'arrivent qu'aux 3ème et 4ème rangs des bénéficiaires potentiels, et pour ce qui concerne la consommation. L'emploi n'arrive qu'en dernier lieu, avec une majorité relative d'anticipations négatives ; alors même qu'il s'agit, et de loin, de la première préoccupation des Français.
Au demeurant, les taux de « sans réponse » sont élevés (de l'ordre de 15 à 17%), ce qui montre à quel point les Français peuvent être dans l'expectative sur ce qui va advenir.
Des opinions structurées autour d'un clivage social et politique
L'optimisme quant aux effets de la construction européenne, qu'il s'agisse des entreprises, de l'économie en général, des consommateurs ou de l'emploi, est d'autant plus fort que les niveaux de diplôme et de revenus sont élevés. Logiquement, les cadres sont donc le groupe social qui exprime les attentes les plus positives à l'égard de ces perspectives économiques.
La grille de lecture des bénéfices économiques de l'Europe est également politique. Les sympathisants de droite, et notamment ceux de l'UDF, sont beaucoup plus positifs que les sympathisants de gauche. Enfin, il peut y avoir des appropriations spécifiques des bénéfices de l'Europe. Ainsi, les indépendants sont plus positifs que la moyenne sur les bénéfices pour les entreprises et l'économie, mais ne s'en distinguent pas significativement en ce qui concerne l'emploi et la consommation. Et les ouvriers se montrent plus optimistes que les classes moyennes en ce qui concerne les bénéfices pour les consommateurs et l'emploi, alors qu'ils se situent au même niveau pour ce qui est des entreprises et du dynamisme de l'économie.
En d'autres termes, les Français ne sont toujours pas convaincus que les citoyens européens seront les premiers bénéficiaires de la construction européenne, et cela même dans le cadre d'une Europe élargie à de nouveaux pays, où les niveaux de vie peuvent être nettement plus bas que dans les pays fondateurs. Au moment où le chômage franchit à nouveau la barre des 10% en France, voilà un terreau sur lequel le camp du « non » pourrait bien prospérer.
Anne-Hélène Mangin