Le 17
janvier 2002 -
Toute technique a ses règles et ses méthodes.
Le sondage n'échappe pas à ce constat. Les
intentions de vote publiées sont non seulement
issues d'échantillons scientifiquement et sociologiquement
construits mais aussi le résultat de pondérations
politiques. Ce terme de pondérations suscite de
grands fantasmes et permet à certains commentateurs
de dénoncer une vaste manipulation, alors que tout
étudiant débutant en statistiques sait que
cette méthode scientifique permet simplement d'ajuster
les échantillons de manière optimum en redonnant
du poids à certains individus et en en ôtant
à d'autres.
La constitution
de l'échantillon
Dans la
constitution d'un échantillon, le sondeur doit
être vigilant sur les poids socio-démographiques
de la population. Il doit y avoir, par exemple, autant
d'hommes, d'ouvriers ou de jeunes de 18 à 24 ans
que dans l'ensemble de la population, et s'ajoute à
cela la représentation des tailles d'agglomérations
ou des régions. Mais, il est impossible d'utiliser
le rappel des votes antérieurs aux élections
comme critère de sélection des interviewés
pour donner une représentativité politique
à l'échantillon, c'est-à-dire pour
que l'on retrouve le nombre de voix exact qu'ont obtenu
les candidats ou partis politiques au cours des scrutins
passés.
En réalité,
il n'y a pas de raison de penser que les échantillons
seraient justes d'un point de vue socio-démographique
et faux d'un point de vue politique. Le fait est que d'une
élection à l'autre, un certain nombre d'électeurs
oublient leur vote ou ne veulent pas le dire ou encore
déclarent avoir voté pour un autre candidat
que celui pour lequel ils ont réellement voté
à l'époque. Ainsi, il est aujourd'hui fréquent
dans les enquêtes de ne trouver que moins de 10%
de personnes ayant voté pour Édouard Balladur
en 1995 (il a obtenu plus de 18% des voix) et plus de
30% des votes pour Jacques Chirac qui en avait eu moins
de 21% à l'époque. De la même manière,
Lionel Jospin est surestimé en rappel de vote et
Jean-Marie Le Pen largement sous-estimé.
Pourquoi
pondérer ?
Afin de
redonner à chaque candidat ou parti politique son
poids réel dans l'échantillon, l'informatique
permet de redonner un poids statistique à chaque
répondant. Ainsi, compte tenu de la sur-représentation
des électeurs passés de Jacques Chirac ou
de Lionel Jospin, les électeurs actuels de ces
derniers se voient attribuer un poids moins important.
Actuellement, lorsque Lionel Jospin est crédité
de 22% des intentions de vote dans les sondages, il en
recueille 26 à 27% dans les données brutes
des sondages et Jacques Chirac passe régulièrement
de 30% en brut à 27% en pondéré.
Ce calcul
informatique permet ainsi de redonner du poids aux électeurs
de Jean-Marie Le Pen qui avec 4% d'intentions de vote
recueillies obtient environ 8% dans les sondages publiés.
Le calcul est plus difficile pour les nouveaux entrants
tels que François Bayrou, Alain Madelin ou Jean-Pierre
Chevènement mais permet tout de même aux
deux premiers de regagner des points et au troisième
d'en perdre un ou deux.
La
pondération, un calcul statistique issu des mathématiques
Ces pondérations
sont établies à partir de plusieurs élections
antérieures : présidentielle 1995 (premier
et second tour), législatives 1997, etc. A cela
s'ajoute des questions permettant au sondeur d'affiner
son calcul : l'intention de se rendre aux urnes,
la certitude du choix afin de vérifier si le vote
est fragile ou solide.
Toutes
ces opérations obéissent à des règles
fixées au début des campagnes électorales
et ne changent plus en cours de route. La pondération
d'un échantillon n'est pas du bricolage ou une
manière d'anticiper ce qui pourrait se passer,
mais bien un calcul statistique issu des mathématiques.
Rien de plus, rien de moins.
Philippe MÉCHET