
Quelle Europe ?
La construction européenne
vue par les Français
Étude TNS Sofres-Commission européenne
Le 17 mars 2006 - La Commission Européenne vient de publier les résultats du sondage « Quelle Europe ? - La construction européenne vue par les Français », réalisé par TNS Sofres pour le compte de TNS Opinion & Social et de la Commission Européenne du 16 au 23 janvier 2006, après d'un échantillon représentatif de la population française.
Le 29 mai 2005, une majorité de Français (54,7% des suffrages exprimés) rejetait le projet de traité de Constitution pour l'Europe, fait sans précédent dans l'histoire des référendums sur la construction européenne. Le taux de participation élevé de 69,3% semblait marquer tout autant l'intérêt que les Français portaient à l'Europe que témoigner d'une mobilisation massive dans un contexte politique national tendu.
La présente étude, réalisée près de huit mois après le rejet du traité, montre cependant que la victoire du « non » ne constitue en rien la fin de l'Europe. Au-delà du « séisme » souvent évoqué au lendemain du 29 mai, les Français, invités à s'exprimer sur leur perception de la construction européenne, appellent plutôt à un nouveau départ.
Le soutien de principe à l'Europe
et à l'idée d'une Constitution européenne persiste dans l'opinion
Seuls 12% des Français estiment qu'il faut aujourd'hui abandonner toute idée de Constitution européenne. 39% d'entre eux se prononcent en faveur de négociations pour une nouvelle Constitution en repartant de zéro, 35% souhaitent une renégociation à partir du projet existant. Seuls 9% des Français aimeraient que le même texte soit à nouveau soumis à référendum.
Plus précisément, une majorité de Français ayant voté « non » le 29 mai souhaitent négocier une nouvelle Constitution en repartant de zéro (52% exactement). Près d'un quart (24%) se prononcent pour une renégociation du projet existant tandis que 17% d'entre eux seulement souhaitent l'abandon pur et simple de l'idée d'une Constitution européenne. L'opposition au traité semble donc s'être davantage structurée autour d'un refus circonstancié (rejet du traité dans la forme sous laquelle il avait été présenté et/ou sanction adressée par les électeurs à la politique gouvernementale sur des enjeux nationaux), qu'autour d'une hostilité ferme à l'Europe et à l'idée même d'une Constitution européenne.
Ainsi, 75% des Français pensent que l'appartenance de leur pays à l'Union européenne est une bonne chose. Une majorité de ceux qui ont voté « non » partagent également cet avis (58%). Les acquis de la construction européenne en ce qui concerne l'établissement de la paix sont également incontestables pour une majorité de Français, y compris parmi ceux qui ont voté « non » le 29 mai. Ainsi 79% des Français et 72% de ceux qui ont voté « non » estiment que « la construction européenne permet de garantir la paix sur le continent européen. »
Les partisans du « non » se singularisent en réalité par leur critique du rôle de l'Europe dans les domaines économique, social et de l'emploi
C'est dans ces trois domaines que la polarisation des opinions au sein des camps du « oui » et du « non » est la plus manifeste. Les partisans du « non » sont moins enclins à penser que « la construction européenne nous rend plus forts face au reste du monde » (66% contre 91% des partisans du « oui »). Plus encore, ils sont une minorité à penser que « la construction européenne nous permet de mieux lutter contre les effets négatifs de la mondialisation » (41% seulement, contre 70% de ceux qui ont voté « oui »).
Lorsqu'on invite les Français à désigner les domaines dans lesquels la construction européenne a des effets positifs, on constate que les plus gros écarts entre partisans du « oui » et du « non » concernent également les domaines de l'économie et de la vie quotidienne. Ainsi, les écarts d'appréciation sont mesurés en ce qui concerne les effets positifs de la construction européenne sur la sécurité aérienne (reconnus par 85% des partisans du « oui » et 68% des partisans du « non ») ou la qualité de l'environnement (84% contre 67%), mais ils se creusent considérablement sur la question de la protection des consommateurs français (70% contre 44%), de la croissance économique en France (74% contre 42%) ou encore des effets positifs de la construction européenne sur « les gens comme vous » (81% contre seulement 44%).
Plus précisément, 34% des Français estiment que la construction européenne est « une chose mauvaise pour les gens comme (eux) ». Cette proportion augmente considérablement parmi les catégories les plus en butte à des difficultés d'ordre économique ou social : ainsi des ouvriers (44%), des habitants de zones rurales (40%) ou des personnes souffrant d'un faible niveau d'éducation (46% des personnes ayant interrompu leurs études à l'âge de 15 ans ou moins).
L'avenir de l'Europe ne semble donc pas passer par une remise en cause de sa légitimité historique ou de ses principes fondamentaux, qui bénéficient encore aujourd'hui d'un large consensus, mais par la démonstration de sa capacité à répondre aux aspirations concrètes des Français (et au-delà, de tous les Européens) en matière de prospérité et de sécurité.
Marc-André Allard

Étude réalisée par téléphone du 16 au 23 janvier 2006 auprès d'un échantillon de 2001 personnes, représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus.
L'Eurobaromètre TNS Commission Européenne
La Commission européenne a confié la réalisation de l'Eurobaromètre au réseau TNS Opinion & Social pour une durée de 4 ans. Existant depuis plus de 30 ans, il s'agit du plus gros contrat d'étude du secteur des enquêtes d'opinion. TNS Opinion & Social mesure ainsi l'opinion des Européens sur une variété de thèmes, touchant aussi bien l'Union européenne que des sujets socio-économiques.
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Brice Teinturier / Carine Marcé /
Marc-André Allard / Clément Nicola
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