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Les Français et l'Europe
Le 17 juin 2000 -Au moment
où va s'ouvrir la présidence française de l'Union européenne, les citoyens de
ce pays entretiennent des rapports apaisés avec la construction européenne. Les
sentiments européens apparaissent nettement majoritaires et l'on ne sent plus
guère de traces des crispations qui firent la fortune des souverainistes et que
l'extrême-droite tentât d'exploiter.
56 % des Français se rangent en
effet aujourd'hui parmi ceux qui ne craignent pas les conséquences de la construction
européenne. Ils sont 72 % parmi les moins de vingt-cinq ans, 74 % chez les cadres,
les intellectuels et les membres des professions libérales, 63 % chez les socialistes,
62 % chez les électeurs de l'UDF, 56 % chez ceux du RPR. En somme les jeunes,
ceux qui ont fait des études supérieures et les supporters des partis de gouvernement
apparaissent les plus confiants. 39 % des Français redoutent en revanche les conséquences
de la construction européenne, avec des pointes à 50 % chez les ouvriers, 57 %
chez les électeurs du PC ou du RPF, 61 % chez ceux du Front national. Le pourcentage
des optimistes n'a jamais été aussi élevé depuis 1994. Le bon climat économique
y est peut-être pour quelque chose. La confiance en l'Europe s'améliore.
Une forte majorité (57 % contre
39 %, des chiffres plus qu'identiques aux précédents) se disent par ailleurs attachés
à la construction européenne. Les fervents sont relativement peu nombreux (15
%, mais 19 % chez les hommes, 27 % chez les cadres, 28 % chez les électeurs de
l'UDF) mais les adhérents à l'idée européenne l'emportent nettement chez les jeunes,
les " cols blancs ", la gauche non communiste ou le RPR. Les
ouvriers, les personnes âgées, les électeurs du PC et du Front national
marquent, sans surprise, le maximum de réserves. Robert Hue et Jean-Claude Gayssot
ont encore un gros travail de pédagogie à mener auprès de leurs troupes.
Des chiffres, de niveau comparable
(55 % contre 38 %), montrent que la thèse selon laquelle la construction menace
l'identité de la France et ses valeurs est devenue nettement minoritaire. Ce sont
cependant les facteurs économiques qui arrivent nettement en tête sur le point
de savoir ce qui rapproche le plus les habitants des différents pays de l'Union :
le marché commun et l'euro devancent largement les valeurs de la démocratie (en
troisième position, cependant) bien avant les institutions, la culture ou l'histoire.
Il faut relever que la religion n'apparaît que très faiblement comme un ciment
européen, sauf chez les électeurs du RPF.
Les Français, ce n'est pas une
surprise, se montrent en revanche beaucoup plus réticents (50 % contre 41 %) vis-à-vis
de l'élargissement programmé en direction d'une dizaine de pays, essentiellement
d'Europe centrale et orientale. Les jeunes et l'électorat écologiste sont les
plus enthousiastes, les électeurs du RPF, du Front national et du PC sont farouchement
hostiles. Contrairement aux Allemands ou aux Scandinaves, les Français ne sont
pas traditionnellement tournés vers ces pays. Sans doute redoutent-ils aussi des
charges financières supplémentaires ou la diminution des aides régionales. Ils
ne souhaitent pas davantage, d'ailleurs, qu'une politique étrangère européenne
unique s'impose aux quinze Etats membres et préfèrent de beaucoup (56 % contre
38 %) que chaque pays conserve la maîtrise de la politique étrangère. Le sujet
n'est, il est vrai, pas à l'ordre du jour. Il n'est question aujourd'hui que de
coopération et de convergences, en rien de fusion.
En somme, les Français sont globalement
satisfaits de l'Europe qui se construit (ce qui ne signifie pas qu'ils soient
enthousiasmés par chaque dossier ou par chaque directive) mais ne rencontrent
pas le besoin d'accélérer le pas en élargissant l'union ou en renonçant à tous
les attributs de la souveraineté. L'ambition de la présidence française de renforcer
empiriquement les institutions devrait donc les satisfaire.
Alain DUHAMEL
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