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Les Français et leurs maires
Le 17 novembre 2000 - Au
milieu du champs de ruines qu'est l'image du personnel politique dans l'opinion
publique, il en est un représentant qui reste imperturbablement populaire :
le Maire. S'ils n'approuvent pas toujours leur action au cours du mandat écoulé,
les Français ne leur en décernent pas moins un satisfecit d'ensemble.
Cet attachement s'explique par une perception de leur action au travers d'un prisme
" local " plus que politique, qui s'avèrera déterminant
dans leur choix lors des élections de mars 2001. Il reste à savoir
si le contraste entre ces marques d'affection et le " blues "
que confessent nombre d'élus municipaux ne recouvre pas en fait un certain
malentendu.
Confiance
et satisfaction envers les Maires
Le Maire
reste, de tous les élus, le préféré
des Français : 70% lui font plutôt confiance
(contre 29%), loin devant les conseillers généraux
(55% contre 40%), les conseillers régionaux (54% contre
41%), et plus encore les sénateurs (42% contre 52%),
les députés européens (39% contre 55%)
et les députés (36% contre 61%) - on notera
au passage que seuls les élus locaux bénéficient
d'une confiance majoritaire. Cette confiance croit avec l'âge
(de 63% chez les 18-24 ans à 79% chez les 65 ans et
plus), et est inversement proportionnelle à la catégorie
d'agglomération (elle passe de 75% dans les commune
de moins de 20 000 habitants à 60% dans l'agglomération
parisienne), l'avantage de la proximité jouant moins
dans les grandes villes.
Au delà
de cette crédit général accordé
aux 36 000 maires de France, les Français apprécient
dans l'ensemble leur propre maire et, dans une moindre mesure,
son action.
Ils se disent
tout d'abord largement satisfaits du premier magistrat
de leur ville (70% de satisfaits, dont 22% de très
satisfaits, contre 28% d'insatisfaits), même si ce sentiment
n'est pas uniformément partagé - les commerçants
et artisans (55%), les cadres supérieurs (58%), et
à un moindre degré les habitants de villes dirigées
par un maire de droite (67%) se montrant légèrement
moins positifs.
Plus encore,
sur un critère pourtant exigeant, les Français
accordent un large satisfecit à leur maire et à
son équipe, 70% estimant que la Municipalité
utilise bien l'argent des impôts locaux, contre
29% d'un avis contraire.
Ces appréciations
largement favorables ne signifient cependant pas que les Français
se satisfassent de l'action municipale dans son ensemble :
une majorité nettement moins affirmée souhaite
en effet que dans les prochaines années soit poursuivie
l'action municipale telle qu'elle est menée actuellement
dans leur ville (56%), tandis que 41% (dont 48% des moins
de 35 ans, 47% des cadres et 51% des commerçants et
artisans) réclament qu'elle soit réorientée
en profondeur. Ce mécontentement est d'autant plus
important que l'on réside dans une commune importante,
mais n'est majoritaire que dans l'agglomération parisienne,
où 53% (contre 40%) souhaitent une réorientation
de l'action municipale.
Le vote aux municipales 2001 :
prédominance des enjeux locaux et souhaits de féminisation
des équipes municipales
Explication
possible de l'intérêt particulier qu'ils portent
aux élections municipales, les Français les
appréhendent avant tout comme un enjeu de proximité :
au moment de voter, c'est la situation politique dans la ville
qui pèsera dans leur choix, plus que la situation politique
nationale (56% contre 41%), seules les femmes (48% contre
46%), les 18-24 ans (36% contre 64%), les ouvriers (47% contre
50%) et les habitants de l'agglomération parisienne
(44% contre 53%) donnent la même importance à
ces deux dimensions ou plus de poids à la seconde.
De même,
parmi les critères de choix du futur maire,
le projet des candidats sera pris en compte (57%) bien
plus que le bilan du sortant (33%, mais 38% chez les
sympathisants de droite contre 29% à gauche) et l'étiquette
politique (8%). C'est donc bien une lecture proprement locale,
centrée sur les problèmes et les perspectives
de leur commune, et très modérément politique,
que font les électeurs - surtout dans les petites communes
- de l'échéance de mars 2001.
Critères
locaux plutôt que politiques et nationaux, mais critères
de personnes aussi, concernant la composition des listes :
les Français indiquent qu'ils tiendront compte en
majorité du nombre de femmes présentes sur la
liste (58%, contre 41% qui n'en tiendront pas compte),
un élément plus cher encore aux . femmes (62%
contre 54% pour les hommes) mais aussi aux plus de 65 ans
(69%). Quelles que soient les résistances locales,
jouer pleinement le jeu de la parité pourrait donc
s'avérer décisif, d'autant plus qu'une majorité
de Français estime qu'elle changera en bien la politique
au niveau local (55%), tandis que 42% n'en attendent pas
de changement et 6% des effets négatifs. Notons cependant
que l'attente d'un impact positif en la matière est
nettement plus forte chez les sympathisants de gauche (61%)
que chez ceux de droite (55%).
Le sexe n'entre
cependant pas seul en ligne de compte : pratiquement
un Français sur deux sera également attentif
à l'âge de la tête de liste (46%,
contre 53%) et plus encore à la moyenne d'âge
de ses colistiers (48% contre 51%).
Je t'aime,
moi non plus
Au delà
de ces motivations du vote, la traditionnelle " prime
au sortant " jouera cependant son rôle, les
Français se montrant en majorité attachés
à leur maire actuel : 58% (contre 36%) souhaitent
ainsi sa réélection en mars prochain, seuls
les cadres et les 18-24 ans espérant en majorité
un changement à la tête de leur ville.
A l'heure où
environ un maire sur deux déclare ne pas souhaiter
se représenter, et alors que monte des communes
de France la complainte d'élus souffrant de plus en
plus de la disproportion entre les responsabilités
(parfois au sens judiciaire) dont les investissent leurs concitoyens
et le pouvoir d'action dont ils disposent effectivement, cette
déclaration des Français à leur endroit
sonnera peut-être un peu ironiquement aux oreilles des
édiles municipaux. L'amour est une attente parfois
bien difficile à combler.
Gilles CORMAN

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