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Les élus, le secteur du BTP et la délégation
de service public
Le 17 décembre
2001 - Réalisée
à la demande du syndicat professionnel des Entreprises
générales de France (EGF) du secteur
des BTP auprès d'élus nationaux et locaux sur
leur perception des mécanismes actuels de délégation
de service public et des entreprises de construction - en
particulier des entreprises générales de bâtiment
et travaux publics - notre étude révèle
que les entreprises générales de construction
bénéficient d'une bonne image. Les élus
expriment également un a priori favorable aux petites
entreprises spécialisées. Assez satisfaits à
l'égard des outils juridiques mis à leur disposition
par les pouvoirs publics, les élus interrogés
au cours de notre enquête se montrent partagés
sur la question de la délégation de service
public. Principal grief mis en exergue par les élus :
ses difficultés de mise en ouvre.
Les entreprises
générales de construction bénéficient
globalement d'une bonne image, en particulier les petites
entreprises spécialisées
76% des élus
déclarent avoir une bonne opinion de ces entreprises
(contre 19% une mauvaise). Parmi les plus positifs :
les maires de grandes villes et les élus nationaux,
députés et sénateurs. Cette opinion s'appuie
sur la pratique : 72% des élus ayant eu recours
à ces sociétés se disent très
ou plutôt satisfaits de leur prestation, contre 20%
" moyennement " et 6% plutôt pas
ou pas du tout. Néanmoins, ces grandes entreprises
ne s'imposent pas d'emblée dans toutes les communes :
les entreprises spécialisées, qui les concurrencent,
suscitent elles aussi la satisfaction des élus qui
les ont utilisées : 75% d'entre eux s'en disent
satisfaits.
Le recours
aux entreprises générales est très ciblé
dans les grandes villes. La plupart des élus a déjà
eu recours à une entreprise de construction (71%).
Parmi ceux-ci, 94% ont eu recours à des entreprises
spécialisées, mais seulement un peu plus de
la moitié (56%, donc 40% de l'ensemble des élus)
a déjà utilisé les services d'une entreprise
générale. Ce sont les maires des villes de plus
de 10 000 habitants qui sont souvent dans ce cas (67%).
Par ailleurs,
les élus expriment un a priori en faveur des petites
entreprises. Confrontés au choix d'une entreprise pour
construire un équipement public, 60% des élus
interrogés et 62% des maires déclarent qu'ils
recourraient à plusieurs entreprises spécialisées,
plutôt qu'à une entreprise générale.
La taille de la commune joue évidemment à plein :
les maires des petites villes sont 72% à exprimer ce
choix, contre 46% dans les villes de plus de 10 000 habitants.
Il apparaît donc que les entreprises générales
peinent à crédibiliser leur offre dans les petites
communes, qui estiment sans doute que leurs services sont
adaptés aux réalisations urbaines de grande
ampleur.
Cette image
très classique de la grande entreprise de BTP transparaît
dans le fait que la plupart des élus n'imaginent pas
que ces sociétés puissent proposer d'autres
services que la construction : 34% y sont favorables
mais 59% n'en voient pas l'utilité. Pourtant, des pistes
existent puisque confrontés à une liste de services
possibles, les élus se montrent intéressés
par quelques prestations ciblées autour de l'éclairage
et de l'eau (assainissement, distribution), mais aussi, et
c'est plus inattendu, dans le domaine de la sécurité
des bâtiments publics qui obtient 47% d'intérêt.
Les avantages
d'image de l'entreprise générale reposent avant
tout sur sa capacité à coordonner et à
assurer la pérennité des chantiers
Les entreprises
générales disposent de quelques avantages d'image
centrés autour de l'interlocuteur unique et de la solidité.
Pour les élus, il va de soi qu'il faut préférer
une entreprise générale si on souhaite bénéficier
d'une bonne coordination des différents corps de métier
(65% contre 23% aux entreprises spécialisées),
de la couverture du risque de défaillance (53% contre
32%) ou du respect des délais de livraison (50% contre
39%).
Par ailleurs,
elles supportent tout à fait la comparaison avec les
PME en ce qui concerne le respect des budgets (39% contre
39%), mais ne les devancent pas de manière significative
pour le respect des normes de sécurité (38%
contre 32%). Sur
la plupart de ces critères d'évaluation, les
grandes villes se prononcent davantage en faveur des entreprises
générales.
Mais c'est
bien le fait d'avoir déjà eu recours ou non
à ce type de prestataires qui apparaît déterminant,
et de manière tout à fait positive pour ces
entreprise. En effet, les élus qui ont un jour utilisé
leurs services n'hésitent plus entre elles et les entreprises
spécialisées. C'est en particulier sur la coordination
que les élus expérimentés se distinguent
des autres (+63 points d'indice en faveur de l'entreprise
générale, contre +42 en moyenne).
Les élus
sont partagés face à des mécanismes de
délégation qui préservent les finances
publiques
Dans l'ensemble,
les élus se montrent assez satisfaits des outils juridiques
mis à leur disposition par les pouvoirs publics pour
financer la construction d'équipements (58% contre
38%), déléguer la gestion de services publics
(58% contre 37%) ou entretenir les équipements publics
(57% contre 40%).
Mais, outre
le fait qu'on observe un taux non négligeable d'élus
non-satisfaits, en particulier parmi les maires, la question
de la délégation de service public partage les
élus en deux camps quasi égaux lorsqu'il s'agit
d'évaluer son efficacité : 51% la
considèrent comme " un outil moderne et efficace
de gérer certains services publics ", mais
47% estiment au contraire que c'est un système " pas
très satisfaisant de financer et de gérer les
services publics ". Les avis sur ce point sont assez
différents selon que les maires gèrent des communes
plus ou moins grandes : les édiles des communes
de moins de 10 000 habitants sont plus réservés
(43%), alors que ceux des grandes villes sont nettement plus
favorables à la délégation (59%). Autre
clivage à noter : les élus socialistes
sont nettement plus favorables à la DSP que ceux des
autres familles politiques.
Une position
réservée qui semble davantage reposer sur des
difficultés de mise en ouvre que sur des questions
de principe
Tout d'abord,
l'avenir de ce mode de gestion est soutenu par deux tiers
des élus,qui estiment dans leur majorité(45%) qu'il faut les développer à l'avenirou,au minimum, les laisser tels qu'ils sont (20%).
Un tiers (32%) pense en revanche qu'il faut en limiter l'application.
Cette fois, ce sont les élus de droite qui expriment
le plus une opinion positive (54%) tandis que ceux de gauche
se montrent plus prudents (39%). En examinant les avantages
attachés à la délégation de service
public, on observe que c'est l'idée de bénéficier
de l'expertise du privé qui apparaît comme l'avantage
le plus cité (46%), devant le fait de ne pas alourdir
la fiscalité locale (40%) et aussi garantir un service
public de qualité (39%). Mais pour les petites communes,
c'est l'argument budgétaire qui est de loin le plus
important (53% dans les villes de moins de 10 000 habitants).
Du côté
des inconvénients, les termes sont plus concentrés
car un seul désavantage apparaît majeur :
la délégation est souvent, pour beaucoup (50%),
synonyme de procédures administratives complexes. Les
autres inconvénients sont cités par moins de
40% des élus, dans l'ordre : l'affaiblissement
du contrôle public sur la gestion des services publics
(37%), leur renchérissement pour le public (28%), le
désengagement de la puissance publique (28%) et enfin
la remise en cause du rôle de décision de l'autorité
publique (18%).
Cette hiérarchie
permet d'éclairer rétrospectivement les prises
de position des élus sur la délégation.
On observe ainsi que ceux qui jugeaient négativement
les outils juridiques disponibles pour déléguer
appuient leurs critiques essentiellement sur les lourdeurs
administratives (55% contre 50% en moyenne). En revanche,
ceux qui, à 47%, jugent peu satisfaisante la délégation
comme système de gestion, apportent des critiques qui
portent davantage sur les principes, en particulier la crainte
du désengagement de la personne publique.
Enfin, la question
de la délégation de service public conserve
une portée idéologique. La préférence
des maires, lorsqu'ils doivent créer et gérer
un service public nouveau, s'exprime plutôt en faveur
de la régie : 54% contre 35% à la délégation.
Mais il y a sans doute un écart entre la " préférence ",
qui traduit un idéal, et la réalité vécue
par les élus, ce qu'illustrent les différences
très fortes observées selon l'étiquette
partisane, qui trahissent en réalité une évaluation
de la question en termes politiques. On remarquera également
l'attachement plus fort des élus âgés
au système de la régie, tandis que les élus
plus jeunes se montrent plus favorables à la délégation.
Didier WITKOWSKI
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