Le 18 janvier 2006 - En ce début d'année 2006, notre étude réalisée pour le groupe Casino et L'Hémicycle se penche sur le malaise de nos concitoyens, leur baisse de moral, leur pessimisme et le manque de confiance qu'on leur prête dans les capacités de la France. Plus précisément, nous avons souhaité mesurer les différences entre le moral individuel, et la façon dont les Français, de manière un peu schizophrène, regardent la collectivité nationale à laquelle ils appartiennent.
Optimisme individuel, pessimisme collectif ?
Le premier résultat de cette enquête est incontestablement le décalage observé entre la façon dont les Français regardent individuellement leur avenir, et le regard négatif qu'ils portent sur leur pays et la communauté nationale.
36% d'entre eux, en effet, estiment que « les choses vont aller plutôt mieux » en ce qui concerne leur situation personnelle, 34% qu'elles ne vont aller « ni mieux, ni moins bien », et 28% « seulement » (c'est le chiffre le plus faible) que les choses vont aller plus mal. Si l'on considère, a minima, que l'optimisme inclut l'ensemble des personnes qui estiment que leur situation individuelle ne va pas se dégrader, alors l'optimisme individuel est majoritaire (70% des Français).
A partir de ce chiffre global, trois points méritent d'être soulignés. D'abord, la structure sociodémographique des réponses : le degré d'optimisme est très fortement lié à l'âge : ainsi, 67% des 18-24 ans pensent que leur situation va s'améliorer, alors que ce n'est le cas que de 16% des plus de 65 ans. Indépendamment du contexte socioéconomique, l'optimisme reflète donc d'abord l'étape à laquelle chacun se situe sur son chemin de vie.
Ensuite, il est fort intéressant de constater que l'optimisme, dans la définition la plus restrictive (ceux qui pensent que les choses vont aller mieux), est significativement supérieur à la moyenne dans les foyers actifs, quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle : il se situe entre 41% et 44%, que l'on appartienne aux catégories cadres, moyennes ou populaires. Les chômeurs sont également majoritairement optimistes, 51% d'entre pensent que leur situation va être plutôt meilleure au cours des mois qui viennent. A l'inverse, les retraités sont plutôt dans le pronostic d'un statu quo (50%, pour une moyenne de 34%), ce qui là encore est logique par rapport à leur place dans le cycle de vie.
Enfin, l'optimisme individuel est très lié au sentiment d'être représentés politiquement et à la confiance que l'on peut avoir dans les dirigeants, puisque les sympathisants de droite sont 44% à penser que les choses vont aller plutôt mieux pour eux.
La France, un miroir négatif
En revanche, le pessimisme domine très clairement dès lors que l'on parle de la situation économique de la France et du moral des Français : respectivement, 56% et 60% des Français déclarent que « les choses vont aller plus mal dans les mois qui viennent » sur ces deux points. Cette opinion est partagée majoritairement par l'ensemble des catégories sociales, à une seule exception près : les sympathisants de droite, qui font état d'un optimisme très légèrement majoritaire (43%, contre 39% de pessimistes). Ils font donc plus confiance aux dirigeants qu'ils ont élus pour mener à bien les affaires du pays. mais guère plus que les autres catégories sociopolitiques, ils ne semblent les croire capables de redonner le moral aux Français.
L'idée que la France va mal, économiquement et moralement, a donc imprégné jusqu'aux catégories qui sont majoritairement optimistes sur leur situation personnelle, comme si le moral du pays était bien autre chose que la somme des situations individuelles.