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Les
Français et la mondialisation
Le 18
juillet 2001 - L'enquête réalisée
par la SOFRES pour Le Monde à
la veille du sommet du G8 de Gênes montre que les
Français ont une attitude finalement plus mesurée
que ce qu'on pouvait le penser à l'égard de
la mondialisation. Craignant une domination des marchés
financiers et des multinationales sur l'économie
plus qu'une destruction de l'emploi en France, ils attendent
avant tout une régulation et un contrôle plus
étroit de leur activité. Jugeant aujourd'hui
le rôle de l'Etat moins important dans l'économie
mondiale et l'Europe insuffisamment apte à protéger
la France des effets négatifs de la mondialisation,
ils aspirent à une prise en compte plus grande des
revendications syndicales et des associations de consommateurs,
et soutiennent largement les mouvements anti-mondialisation.
Même
si les jugements négatifs l'emportent, les Français
se montrent relativement mesurés face aux enjeux
de la mondialisation. 55% la considèrent comme une
menace pour nos emplois et nos entreprises et 37%, au contraire,
comme une chance d'ouverture de nombreux marchés.
Ce qui surprend dans cette enquête, c'est moins le
clivage, désormais classique, entre les plus jeunes
(54% estiment que c'est une chance) et les plus âgés
(55% que c'est une menace), que la proximité des
réponses entre les cadres supérieurs traditionnellement
plus ouverts (54% de jugements positifs) et les classes
moyennes (47% pour les employés et 45% pour les professions
intermédiaires). En revanche, ces catégories
sociales se distinguent assez nettement des indépendants,
des ouvriers ou des chômeurs, majoritairement inquiets
des conséquences de la mondialisation. Politiquement,
si les sympathisants du FN et du PC se montrent particulièrement
négatifs, les sympathisants du PS se distinguent
peu de ceux de la droite modérée, les jugements
au sein de ces deux catégories étant globalement
mitigés.
Les craintes
sur l'emploi en France plus secondaires
Autre enseignement
de cette enquête, la mondialisation suscite plus de
craintes d'accroissement des inégalités Nord-Sud
(39%) et de domination de la Bourse et des marchés
financiers (37%) ou des Etats-Unis (24%) que des inquiétudes
sur ses conséquences pour l'emploi (21%) ou l'identité
des pays (21%).
La bourse/les
marchés financiers (59%) et les entreprises multinationales
(58%) ont aujourd'hui, aux yeux des Français, " trop
d'influence " sur l'économie mondiale,
alors que les jugements sont plus partagés au sujet
des Etats/des gouvernements (21% " trop d'influence ",
39% " pas assez " et 33% " comme
il faut ". Les syndicats et, plus encore, les
organisation de consommateurs n'ont en revanche pas assez
d'influence sur le cours de l'économie à leurs
yeux.
Une forte
demande de régulation
Ces jugements
témoignent de la volonté manifestée
par les Français de contrôler plus étroitement
les multinationales ou les marchés financier, perçus
aujourd'hui comme les principaux bénéficiaires
de la mondialisation. Car elle profite d'abord selon eux
aux entreprises multinationales (55%) et aux marchés
financiers (47%), puis aux Etats-Unis dans une moindre mesure
(32%).
Cette demande
de contrôle et de régulation des acteurs économiques
internationaux se traduit d'abord dans le constat suivant :
76% des personnes interrogées estiment qu'il n'y
a pas aujourd'hui suffisamment de règles dans l'économie
pour protéger les individus (contre 19%). Et ce jugement
s'est renforcé par rapport à l'an dernier
(+16 points). Elle se concrétise ensuite par une
forte demande de réglementation dans l'ensemble des
domaines que nous avons testés : respect de
l'environnement, marchés financiers, droits des salariés,
sécurité alimentaire, Internet, commerce international.
55% (pour le commerce international) à 85% des personnes
interrogées (pour l'environnement) jugent insuffisantes
les règles pour encadrer l'activité des entreprises
dans ces domaines. Et si les sympathisants de gauche et
de droite sont ici sur la même longueur d'ondes, on
notera toutefois, dans l'intensité de leurs réponses,
une plus grande demande de régulation et de contrôle
au sein des catégories de gauche, sympathisants du
PS et du PC étant sur ce point à l'unisson.
Demandeurs
de régulation s'agissant des marchés financiers
et des grandes entreprises, désireux de voir ceux
qui représentent leurs intérêts (syndicats,
associations) retrouver une influence plus grande, les Français
soutiennent aujourd'hui les mouvements et associations anti-mondialisation
(63% approuvent leur démarche). Une manière
de prendre la parole dans un débat où ni l'Etat
(son influence sur l'économie mondiale est comme
on l'a vu relative), ni l'Europe (seulement 40% estiment
qu'elle protège la France des effets négatifs
de la mondialisation) ne constituent aujourd'hui à
leurs yeux des remparts suffisants contre la mondialisation.
Quant aux Président de la République et au
Premier ministre, ils sont aujourd'hui sur ce sujet, logés
à la même enseigne. 36% des personnes interrogées
accordent leur confiance à Lionel Jospin, 30% à
Jacques Chirac, 10% à l'un et l'autre et 14% ni à
l'un, ni à l'autre, chacun futurs candidats à
l'élection présidentielle enregistrant le
soutien majoritaire de ses sympathisants.
Stéphane Marcel
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