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Les Français et les retraites
Le 18 octobre
2002 - D'après
notre étude réalisée pour Notre
Temps , la
retraite est un moment attendu plutôt avec impatience.
Dans le même temps, 35% des personnes interrogées
souhaitent le repousser le plus tard possible. Les modalités
de la retraite suscitent certaines réserves de la part
des Français. Pour ce qui est du débat " retraite
par capitalisation ou par répartition ",
l'opinion se montre partagée : 46% se prononcent
pour la conservation du système actuel, contre 38%
pour l'introduction de la capitalisation, 16% ne se prononçant
pas. Si le débat sur le financement des retraites semble
relativement ouvert, il n'en est pas de même sur la
question de l'âge de la retraite : l'âge
moyen idéal de départ à la retraite cité
par les Français est de 57 ans, tandis que l'âge-limite
au-delà duquel ils se refuseraient à devoir
travailler est de 62 ans. Enfin, en matière de réforme,
74% des personnes interrogées se prononcent pour un
alignement de la durée de cotisation du secteur public
sur le secteur privé - une proportion qui recouvre
une forte disparité d'opinions entre salariés
du privé et salariés du public.
La retraite
plutôt attendue avec impatience
Individuellement,
la retraite est un moment que l'on attend plutôt avec
impatience, mais sans majorité massive (47%) ;
inversement, les Français sont relativement nombreux
à dire " vouloir repousser ce moment le plus
tard possible " (35%) et 18% n'expriment pas d'avis
sur le sujet.
L'impatience
s'accroît avec l'âge, pour devenir majoritaire
juste avant la retraite, chez les 50-64 ans (65%) ; son
souvenir reste prégnant chez les déjà
retraités (61%). A l'inverse, le désir de travailler
le plus longtemps possible s'exprime le plus fortement dans
des catégories où le rapport au travail est
fortement investi : les plus jeunes (55%), les indépendants et
chefs d'entreprise (55%) ; ou encore ceux pour qui l'intérêt
financier du travail est le plus important ou gratifiant :
les actifs à très faibles ou très hauts
revenus (42% dans les deux cas).
Le débat
" répartition / capitalisation "
relativement ouvert
Aujourd'hui,
le débat " répartition / capitalisation "
semble relativement ouvert. En effet, quand on leur demande
ce qui aurait leur préférence, entre un système
par répartition alourdi d'une forte augmentation des
cotisations, ou d'un allongement de la durée de cotisation
et un système introduisant une part de capitalisation,
les opinions des Français sont très partagées :
46% se prononcent pour la conservation du système actuel,
contre 38% qui choisissent l'introduction de la capitalisation.
Restent 16 % dont l'opinion sur le sujet n'est pas faite.
ces chiffres montrent à quel point l'opinion des Français
est loin d'être figée !
Les plus nombreux
à se prononcer pour la conservation d'un système
uniquement par répartition se trouvent chez les retraités
(50%), les catégories populaires (55% des ouvriers,
48% des employés) et les sympathisants de gauche (51%)
; se prononçant pour l'introduction d'une part
de capitalisation, on trouve en revanche les jeunes actifs
(46% des 25-34 ans) les indépendants et chefs d'entreprise
(57%) et les cadres (51%), et les sympathisants de droite
(49%).
On notera enfin
que dans la population des seuls actifs, les opinions s'inversent
en fonction du niveau de revenus ; ainsi, 53% des ménages
actifs à très faibles revenus se prononcent
pour la répartition et 31% pour l'introduction d'une
part de capitalisation, alors que ces chiffres sont respectivement
de 33% et 55% chez les ménages actifs à hauts
revenus.
57 ans, l'âge
moyen idéal de départ à la retraite
Si le débat
sur le financement des retraites semble ouvert, en revanche,
sur la question de l'âge de la retraite, les marges
de manouvre sont plus étroites.
En effet, indépendamment
des contraintes de financement individuelles ou collectives
des retraites, l'âge moyen idéal de départ
à la retraite cité par les Français est
de 57 ans (56 ans dans le secteur privé, 57 ans dans
le secteur public, 57 ans chez les actifs.), ce qui irait
plutôt dans le sens d'un rajeunissement ! Au total,
70% des Français (et 71% des actifs) souhaitent finalement
cesser leur activité entre 55 et 60 ans.
Quand à
l'âge limite au-delà duquel les Français
se refusent à devoir travailler, il se situe en moyenne
à 62 ans, ce qui laisse peu de latitude à un
éventuel allongement des durées de cotisation
. Au total, 54% des Français (61% des actifs d'aujourd'hui)
refuseraient de travailler au-delà de 60 ans, et 31%
de dépasser 65 ans ; 8% seulement accepteraient
d'aller au-delà. On retrouve dans ces 8% des catégories
dont nous avons vu qu'elles étaient marquées
par un rapport au travail fortement investi pour des
raisons diverses : les jeunes, les indépendants,
les cadres, les sympathisants de droite, les revenus les plus
faibles et les plus élevés.
Revenu-temps
disponible : un arbitrage difficile
Lier le niveau
de revenus après la cessation d'activité à
l'âge du départ en retraite partage à
nouveau les Français, en deux groupes d'importance
quasi égale : 47% d'entre eux choisiraient de
partir le plus tôt possible, au prix d'une réduction
de leurs revenus, et 41% de travailler plus longtemps pour
accroître le montant de leur pension.
Les disparités
entre groupes sociaux sont identiques à celles observées
lors des questions précédentes ; à
noter cependant, que les actifs sont une majorité à
dire " avoir envie d'arrêter de travailler
le plus tôt possible " (50% contre 39% qui
choisiraient un niveau de revenus plus élevé),
alors que les déjà retraités (peut-être
parce qu'eux ont déjà fait l'expérience
de la réduction de revenus ? ou parce qu'ayant
oublié en partie la lassitude, ils ont à nouveau
envie d'avoir une activité ?) sont plus nombreux
à dire qu'ils auraient bien continué pour un
peu plus d'argent. (46%).
Mais dans le
même temps, une très large majorité (70%)
refuse la perspective de cumuler retraite et poursuite d'une
activité rémunératrice (contre 25% qui
continueraient à travailler s'ils en avaient la possibilité) ;
en outre, une majorité presque aussi importante juge
peu ou pas du tout acceptable de devoir cotiser plus longtemps
pour bénéficier de ses droits à la retraite
(contre 30% qui l'estime " très "
ou " assez acceptable "). Ces résultats,
combinés à ceux de la question précédente,
peuvent signifier que dans l'état actuel du débat,
l'arbitrage temps / argent n'est acceptable que s'il relève
d'un choix individuel, sans être imposé par une
législation collective ..
Une majorité
favorable à l'alignement du secteur public sur le secteur
privé
Enfin, en matière
de réforme, les Français se prononcent toujours
majoritairement en faveur d'un alignement de la durée
de cotisation du secteur public sur le secteur privé (74%
en moyenne, contre 20% qui se prononcent contre) ; chiffre
qui recouvre une forte disparité entre les actuels
salariés du secteur privé (85% y sont favorables)
et ceux du secteur public (46% seulement y sont favorables,
contre 51% de défavorables).
Anne-Hélène Mangin

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