Quelles perspectives pour les Verts ?


Le 19 mars 2004 - Les élections régionales sont traditionnellement de bonnes occasions pour que se manifeste le vote écologiste en France. Ce courant politique bénéficie-t-il toujours d'un courant de sympathie dans l'opinion ?

Il faut rappeler que c'est au cours des régionales de 1992 que les Verts, et à l'époque Génération Ecologie, ont réalisé leurs meilleures scores lors d'une échéance électorale. Pour la première fois, l'écologie politique dépassait la barre des 10%, avec respectivement 7% pour les Verts et 6,7% pour Génération Ecologie. Bénéficiant d'une forte popularité, les Verts ont alors fait leur entrée de manière significative dans de nombreux conseils régionaux. Ils ont même participé à la gestion de certaines régions comme le Nord-Pas de Calais, dont Marie Christine Blandin est devenue la présidente. Même si ça a pu mal se passer par la suite (les Verts ont alors fait des scores bien inférieurs à ceux de 1992), les régionales sont en général de bonnes élections pour les Verts.

Les Verts ont-ils un message spécifique à faire valoir dans le cadre d'élections régionales ?

Il y a toujours eu un discours spécifique des Verts sur les enjeux régionaux. D'un point de vue idéologique, la région est une réalité qui a toujours été favorisée et préconisée par les Verts. Ceux-ci sont très attachés à l'action municipale ou la construction européenne, et demandent souvent la promotion de cadres nouveaux comme les « Pays », à mi-chemin entre le département et le canton. Mais du fait de vieilles traditions politiques et idéologiques, la région reste sans aucun doute un cadre fondamental de leur action.

L'opinion a-t-elle une claire perception de ce qu'ils ont pu apporter dans la gestion de certaines régions (ex du Nord-Pas de Calais) ?

Les efforts que les Verts ont pu faire dans la gestion des régions sont-ils visibles ? C'est difficile à dire. Il faudrait faire des études région par région pour voir ce que pensent réellement les électeurs. Des études réalisées après les régionales de 1992 pour le compte de l'Observatoire Interrégional du Politique, montrent clairement que pour les Français, la région est le bon niveau de compétence des Verts. Il s'agit là d'une opinion qui s'accorde assez bien avec les propres préoccupations du parti écologiste. On ne leur reconnaît pas forcément une capacité de gestion au niveau national, mais c'est clairement le cas pour ce qui est de la région. 

Quel bilan peut-on tirer de la présence d'écologistes au sein de conseils régionaux ?

Dans le cas de l'Ile-de-France on s'aperçoit par exemple qu'ils ont pu peser sur des tas de questions. Ils ont par exemple considérablement fait évoluer la politique du Conseil régional sur des questions d'infrastructures comme les routes, les autoroutes ou les transports en commun. Ils ont contribué à insuffler de nouvelles priorités en matière de transport et d'environnement. C'est un exemple assez frappant. Bien sûr, dans d'autres régions comme le Nord-Pas de Calais, leurs efforts n'ont pas forcément été autant couronnés de succès.

Autonomes dans certaines régions, se présentant sur les listes du PS ou en alliance avec la gauche alternative dans d'autres, comment expliquer ces différences de stratégies des Verts ?

Il faut se souvenir qu'au début de la campagne, l'assemblée générale des Verts avait plutôt décidé une stratégie d'autonomie dans l'ensemble du territoire. Il s'agit là d'un réflexe d'autonomie assez courant chez les Verts lorsqu'ils sortent d'une période d'alliance avec le PS. Ils souhaitent réaffirmer leur identité. Mais par la suite, au fur et à mesure du déroulement de la campagne, les socialistes ont proposé des alliances dès le premier tour. Il faut reconnaître que dans un certain nombre de régions, les propositions étaient plutôt avantageuses et elles ont convaincu de nombreux militants écologistes. Or, selon les statuts des Verts, tout ce qui concerne le niveau local se gère aussi localement. Les assemblées régionales de militants ont ainsi été progressivement chargées d'entériner ou non les alliances. Le choix dans bien des cas a surtout été motivé par des considérations locales.

En s'alliant dans certaines régions avec les socialistes dès le premier tour, les Verts ne prennent-ils pas le risque de laisser le champ libre à d'autres courants prônant à leur manière la défense de l'environnement, type écologistes indépendants ?

Il y a bien sûr des dangers à appliquer ce genre de stratégie. Pourtant lors des législatives de 1997 et de 2002, la stratégie d'alliance avec le PS n'a pas forcément impliqué une perte d'identité des Verts. Je ne crois pas que tout d'un coup ils aient été confondus avec les socialistes. Les Français sont relativement habitués à ce mode d'élection et à ces stratégies d'alliances à géométrie variable, au premier ou au deuxième tour. Ils comprennent que les partis gardent leur identité. Mais pour autant, est-ce que ça ouvre un espace aux autres types d'écologistes ? C'est vrai que souvent, des courants écologistes ont profité de ces circonstances pour ce présenter. Je crois que ça ne leur a jamais ouvert un boulevard. Si on met de coté le phénomène de Génération Ecologie qui correspondait à un contexte particulier, force est de constater que l'écologie non verte en France, mais aussi dans l'ensemble de l'Europe, n'a jamais obtenu de résultats électoraux significatifs. L'écologie qui ne s'est pas défini par rapport à une alliance prioritaire avec la gauche, n'a jamais fonctionné. Ca peut aller jusqu'à 1 ou 2%, mais ça ne va pas dépasser les scores des Verts de manière significative.

Des personnalités écologistes se présentent aussi sur des listes UDF (ex de Corinne Lepage et de CAP 21 à Paris). Les centristes peuvent-ils vraiment capter une partie de l'électorat écologiste ?

C'est vrai qu'une partie des électeurs écologistes peut être attiré par la candidature de Corinne Lepage. Il faut également souligner qu'une petite portion de l'électorat écologiste a toujours été liée au courant de la démocratie chrétienne. On a par exemple observé, au moment de la dernière élection présidentielle, que la structure de l'électorat de Corinne Lepage était finalement très proche de celle de l'électorat de François Bayrou. Il s'agit toutefois d'une très faible portion de l'électorat écologiste, qui ne voterait d'ailleurs pas nécessairement pour les Verts et qui ne se reporterait pas forcement de manière automatique sur une liste de gauche au deuxième tour.

Comment les Français considèrent-ils les Verts ?

Les Français voient bien que les Verts restent un parti un peu différent des autres. Avec tout ce que ça peut comporter d'ailleurs de bon et de mauvais. Le slogan des Verts est de « faire de la politique autrement ». Je pense qu'ils sont d'abord considérés par les Français comme une formation qui n'est pas impliquée dans ce que l'on appelle « les affaires ». C'est un élément important dans l'atmosphère de soupçon généralisé qui est celle du monde politique actuellement. D'un autre côté, c'est vrai que l'on voit aussi de manière un peu ironique certaines pratiques des Verts comme les assemblées générales interminables, les candidatures à rebondissement de l'élection présidentielle (cas Lipietz). Disons tout ce qui touche les querelles internes de ces formations. Mais il n'y a pas forcement là de condamnation des Verts. Tout cela n'est pas forcément antipathique. Les gens le prennent avec beaucoup de philosophie dans la mesure où les Verts sont loin d'avoir le monopole de ce type de conflits.

Que peuvent attendre les écologistes de ces élections ?

Dans la mesure où les écologistes sont souvent en assez bonne place sur les listes, les écologistes ont évidemment beaucoup à gagner si l'opposition de gauche gagne un certain nombre de régions. Je pense que tout passage par des instances de gestion les renforce en réalité. Ce n'est pas forcément évident. Il est vrai pour leur passage au gouvernement. La période de la Gauche plurielle par exemple n'a pas forcément créé de courant électoral favorable aux Verts. Donc il faut être prudent. Mais je crois quand même qu'au niveau régional, ils peuvent se donner plus facilement de visibilité sur des enjeux précis comme l'environnement, par exemple. Ce qu'on leur reproche quand ils sont au gouvernement, c'est de ne pas avoir suffisamment imprimé leur marque politique, notamment sur des questions comme le nucléaire par exemple. Et c'est vrai. Mais au plan régional, s'ils ont des positions fortes dans les conseils régionaux, ce qui est tout à fait possible, je crois qu'ils peuvent peser et améliorer leur image.

Propos recueillis par Mathieu Guilsou

Plus d'informations :
Brice Teinturier
Département Politique et Opinion
Tél : 33 (0)1 40 92 47 70
Fax : 33 (0)1 40 92 46 60
Politique&Opinion@tns-sofres.com

Voir aussi...

Département
Politique & opinion

Daniel BOY
Chercheur au Cevipof



Nom expéditeur :

Email expéditeur :

Nom destinataire :

Email destinataire :


Newsletter



Les 10 dernières enquêtes


L'ensemble des analyses et des résultats par thème
et par cible

© TNS