Les attentes dans l'éducation nationale
et l'image de Jack Lang

 

Le 19 juin 2000 - Le retour de Jack Lang Rue de Grenelle depuis le renouvellement de l'équipe gouvernementale semble avoir, pour un temps, calmé les esprits et les revendications des enseignants comme des élèves, des étudiants et de leurs parents. Mais le changement de locataire ne suffit pas, à lui seul, à résoudre les problèmes. L'enquête réalisée par la SOFRES pour France-Soir montre que si le ministre de l'Éducation nationale bénéficie d'une confiance et d'une image particulièrement bonnes auprès des Français, les attentes relatives à l'éducation restent toujours aussi fortes. De bonnes bases pour reprendre le dialogue et effacer les rancours accumulées ces dernières années sous le ministère de Claude Allègre, mais des attentes qu'il ne faudra pas décevoir.

Cette enquête rappelle d'abord les fortes attentes manifestées par les Français à l'égard de l'école. Condition sine qua non de la réussite professionnelle, lieu de socialisation central pour l'ensemble des élèves et unique pour certain d'entre eux, espace ouvert souvent exposé au maux de la société (violence, incivilités) comme à ses modes (même les Pokémon y ont fait leur entrée), l'école est au cour des processus d'apprentissage des savoirs et des règles de vie en société, un passage obligé et un lieu central pour l'avenir des générations.

Du coup, elle concentre sur elle de nombreux espoirs. L'éducation est ainsi citée par les Français, dans une liste de 12 domaines, comme le premier auquel le gouvernement doit accorder la priorité au cours de l'année à venir (59%). Certes, volontairement, l'emploi/le chômage et l'insécurité ne sont pas directement abordés dans cette question, mais on constate que l'éducation est la priorité des priorités tant pour les jeunes que pour les plus âgés, les sympathisants de gauche comme de droite, les parents d'élèves scolarisés tout autant que les autres parents. L'école devance ainsi assez nettement la santé (48%), la justice (44%) ou les banlieues (41%).

Cette attente est d'autant plus forte que le gouvernement ne semble pas avoir convaincu, pour l'instant, qu'il faisait de ce dossier une priorité d'action. Près de 7 français sur 10 estiment en effet que ce dernier " n'accorde pas suffisamment la priorité à l'éducation nationale ", seuls 29% étant d'un avis contraire. Le gouvernement, en la matière, ne trouve même pas grâce au yeux de ses propres sympathisants, leurs jugements étant identiques à ceux de l'ensemble de la population et ceux des écologistes et des communistes plus négatifs encore (respectivement 80% et 69% de réponses " pas suffisamment ").

Conséquence logique des fortes attentes manifestées par l'opinion et des jugements sur l'insuffisante priorité accordée à l'éducation, une large majorité des Français souhaite voir le budget de l'éducation nationale augmenté l'an prochain, 32% optant pour un statu quo et 2% seulement pour une diminution. Ce souhait est majoritaire dans l'ensemble des catégories socio-politiques, culmine logiquement chez les plus jeunes (72%) et les sympathisants de gauche (69%), mais se révèle moins fort chez les sympathisants de droite, et notamment chez ceux de l'UDF (45%). Catégorie particulièrement âgée, ces derniers sont d'ailleurs les seuls à ne pas placer l'éducation en tête des priorités, plus largement préoccupés par les problèmes d'insécurité et des banlieues (62% d'entre eux les citent comme la première des priorités).

Dans ce contexte, le nouveau ministre de l'Éducation nationale bénéficie de nombreux atouts. Près des deux tiers des Français lui accordent leur confiance " pour conduire les réformes à venir dans l'éducation nationale ", contre 34%. Ce jugement domine dans la quasi-totalité des catégories, seuls les sympathisants de droite se montrant plus mitigés : 45% contre 53%.

Au delà, l'actuel ministre de l'Éducation nationale est perçu comme compétent, porteur d'un projet et à l'écoute des acteurs de l'éducation nationale. Jack Lang est d'abord perçu comme un ministre apte à l'écoute : 78% des enquêtés - et 66% des jeunes eux-mêmes - jugent le ministre " à l'écoute des jeunes ", 74% " à l'écoute des enseignants " et 61% - dont 59% chez les parents d'enfants scolarisés - " à l'écoute des parents ". 74% l'estiment par ailleurs capable de " restaurer la confiance entre le ministère de l'Éducation nationale  et le personnel enseignant ". Sur l'ensemble de ces points, l'image tranche avec celle laissée par Claude Allègre et même les sympathisants de l'opposition - quoique dans une moindre mesure - louent sa capacité d'écoute.

Enfin, et c'est ici certainement que l'actuel ministre de l'Éducation profite de son expérience passée rue de Grenelle, deux tiers des Français jugent qu'il " comprend bien les questions de l'éducation nationale " (69%) et qu'il " a une vision d'avenir de l'éducation nationale (63%). Ici les jugements se font moins consensuels puisque si les sympathisants de gauche (respectivement 81% et 76%) soulignent sa compétence et sa vision à long terme pour l'éducation, ceux de l'opposition et notamment du RPR en doutent plus.

Au total, le remaniement ayant écarté un ministre "poil à gratter", le calme revenu dans les établissements scolaires et dans la rue, et l'arrivée prochaine des vacances scolaires assurent, pour un temps, une certaine tranquillité à la nouvelle équipe en place, celle-ci bénéficiant par ailleurs d'une bonne image et de la bienveillance des Français. La difficulté, en l'espèce, est de ne pas décevoir des attentes fortes et récurrentes des Français, de ne pas froisser un personnel enseignant - qualifié un temps de "mammouth" - et des syndicats - taxés de conservatisme - et finalement , d'éviter que parents et enseignants ne se retrouvent une nouvelle fois dans la rue.

Le tout dans un temps relativement court puisque lorsque l'heure de la rentrée sonnera, le ministre ne disposera que d'un an et demi pour convaincre du bien-fondé de ses réformes et renforcer un bilan gouvernemental pour l'instant relativement maigre aux yeux des Français.

Stéphane Marcel



Fiche Technique

Enquête réalisée pour France-Soir les 9 et 10 juin 2000 auprès d'un échantillon de 1 000 personnes représentatif de l'ensemble de la population âgée de 18 ans et plus, interrogées par téléphone. Méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage PCS) et stratification par région et catégorie d'agglomération.


Les résultats

Question : A quels domaines souhaitez-vous qu'au cours de l'année à venir, le Gouvernement accorde la priorité ? (1)

 

%

Rang

- L'éducation

59

1

- La santé

48

2

- La justice

44

3

- Les banlieues

41

4

- L'aide sociale

37

5

- L'environnement

37

5

- La recherche

33

7

- La police

31

8

- L'emploi dans le secteur public

28

9

- Les transports publics

21

10

- La culture

16

11

- La défense

12

12

- Sans opinion

0

(1) Le total des % est supérieur à 100, les interviewés ayant pu donner plusieurs réponses.

 

Question : Pensez-vous que le Gouvernement accorde suffisamment ou pas suffisamment la priorité à l'éducation nationale ?

- Suffisamment

29

- Pas suffisamment

69

- Sans opinion

2

 

Question : Plus particulièrement, souhaitez-vous que le budget de l'éducation nationale pour l'année à venir.

. augmente

64

. diminue

2

. ou reste stable

32

- Sans opinion

2

 

Question : Pour conduire les réformes à venir dans l'éducation nationale, avez-vous confiance dans l'action du ministre de l'Education Nationale Jack Lang ?

- Tout à fait confiance

11

- Plutôt confiance

52

ST Confiance

63

- Plutôt pas confiance

20

- Pas du tout confiance

14

ST Pas confiance

34

- Sans opinion

3

 

Question : Et diriez-vous que Jack Lang a la capacité de restaurer la confiance entre le ministère de l'Education Nationale et le personnel enseignant ?

- Oui, il en a la capacité

74

- Non, il n'en a pas la capacité

21

- Sans opinion

5

 

Question : Pour chacun des qualificatifs suivants, diriez-vous qu'il correspond plutôt bien ou plutôt pas bien à l'image que vous avez du ministre de l'Education Nationale, Jack Lang ?

 

Plutôt
bien

Plutôt
pas bien

Sans
opinion

- Est à l'écoute des jeunes (lycéens, étudiants)

78

19

3

- Est à l'écoute des problèmes des enseignants

74

21

5

- Comprend bien les questions de l'éducation nationale

69

26

5

- A une vision d'avenir de l'éducation nationale

63

31

6

- Est à l'écoute des préoccupations des parents d'élèves

61

32

7



Plus d'informations :
Brice Teinturier
Département Politique & Opinion
Tél : 33 (0)1 40 92 47 70
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