Homosexualité :
quels enjeux pour la campagne présidentielle ?

Le 20 février 2002 -D'après notre étude réalisée pour le mensuel Têtu, 44% des Français estiment qu'il existe un vote homosexuel, contre 46%. En dépit d'une opinion partagée quant à l'existence d'un vote communautaire en général, la croyance en l'existence d'un vote homosexuel dépend avant tout de la distance que l'on a - ou pas - avec l'homosexualité. A l'approche de l'élection présidentielle, les Français ne perçoivent pas les différents candidats déclarés comme a priori hostiles à l'homosexualité, mis à part Jean-Marie Le Pen. Mieux : même s'ils jugent que la révélation de l'homosexualité peut freiner la carrière d'un candidat à l'élection présidentielle, 73% des personnes interrogées ne trouveraient pas choquant qu'un homosexuel devienne président de la République (+27 depuis 1997). Si les sondés saluent dans leur grande majorité les différents apports du PaCS, ils n'en sont pas moins critiques à son égard, notamment à propos de l'inégalité des droits entre homosexuels et hétérosexuels. En dernier lieu, c'est Lionel Jospin au détriment de Jacques Chirac qui retire le bénéfice du PaCS en termes d'opinions positives, à la fois en raison de son implication personnelle pour son adoption et de son ouverture sur les questions de mours et de sexualité.

L'opinion partagée sur l'existence d'un vote communautaire

Enjeu peu étudié dans le cadre des sondages d'opinion, sans doute du fait de sa complexité théorique mais aussi du relatif tabou politique dont il est l'objet, l'existence d'un vote communautaire partage les Français. Certes, ils estiment en majorité (54%) que " les gens votent en fonction de leurs idées et pas uniquement de leur appartenance à telle ou telle catégorie " particulière de la société, signifiant ainsiun scepticisme dominant à l'égard de l'idée d'un vote communautaire en France. Cependant, une forte minorité (43%) juge au contraire que certains électeurs, notamment ceux qui appartiennent à des minorités, décident de leur vote en fonction de leur appartenance à une catégorie particulière de la société. Or au regard de la faible place tenue par la notion de communauté dans le débat public, et de l'antagonisme entre l'idée d'un vote communautaire et l'idéal républicain français, ce résultat, bien que minoritaire, est significatif d'une claire perception, au moins à titre empirique, de comportements politiques communautaires dans l'électorat en France.

La perception d'un réflexe communautaire dans le vote est nettement différenciée

- Selonl'âge :alors queles moins de 35 ans croient majoritairement à l'existence d'un vote communautaire(58% chez les 18-24 ans, 51% chez les 25-34 ans), celle-ci est contestée par leurs aînés (jusqu'à 62% des 50-64 ans estimant qu'il n'y a pas de vote communautaire). Absente de la culture politique des plus âgés, davantage imprégnés de la vision traditionnelle de la République, la dimension communautaire semble nettement plus familière aux nouvelles générations ;

- Selon la catégorie sociale : le clivage est ici marqué entre des catégories supérieures majoritairement convaincues de la réalité du vote communautaire (51% chez les commerçants, artisans et chefs d'entreprise, 57% chez les cadres et professions intellectuelles supérieures, 52% chez les professions intermédiaires), et des employés, ouvriers, inactifs et retraités qui la rejettent en majorité ;

- Selon le niveau de diplôme : 55% des titulaires d'un diplôme de l'enseignement supérieur croient au vote communautaire, contre moins de 35% chez ceux qui n'ont pas le baccalauréat. Ces deux derniers clivages (social et culturel) reflètent en partie la plus grande facilité des catégories les plus aisées à exprimer, dans le cadre d'une enquête d'opinion, une remise en cause des schémas de lecture traditionnels ou des valeurs dominantes ;

- Selon les préférences politiques : les sympathisants de gauche croient majoritairement à un vote déterminé par les opinions et non par les appartenances (56%, contre 41% qui pensent qu'il existe un vote communautaire), tandis que ceux de droite sont partagés (49% contre 49%), voire franchement convaincus du contraire chez les sympathisants de Démocratie libérale (59% contre 41%).

- Enfin, parmi ceux qui expriment une intention de vote pour le premier tour de l'élection présidentielle, seuls les électeurs de Jean-Pierre Chevènement croient majoritairement à l'existence d'un vote communautaire (53%, contre 44% pensant le contraire), signe que par delà le clivage droite-gauche la crainte du " communautarisme " constitue un des ressorts de ce vote.

La perception de l'existence d'un vote communautaire reflète donc en partie l'acceptation ou le refus, voire la crainte, que l'on en a. Elle est également fonction de la présence des diverses communautés dans l'esprit du public et de leur éventuelle dimension politique.

La réticence ou la distance à l'égard de l'homosexualité favorise la croyance en l'existence d'un vote homosexuel

Les Français croient majoritairement à l'existence d'un vote beur (58% contre 33%) et d'un vote franc-maçon (54% contre 34%), tandis qu'il sont très partagés quant à un éventuel vote juif (45% contre 44%) et homosexuel (44% contre 46%). Les deux catégories dont on perçoit une démarche communautaire dans le vote sont ainsi d'une part la communauté la plus visible (les Beurs) et d'autre part celle qui suscite le plus de fantasmes (les franc-maçons), soit les deux plus présentes politiquement. A l'inverse, les juifs et les homosexuels, moins visibles pour ces derniers et surtout nettement moins perçus comme groupes à caractère politique, ne sont pas prioritairement vus comme ayant une démarche électorale communautaire. Ainsi, même parmi ceux qui estiment qu'il existe un vote communautaire en France, il ne sont qu'une majorité relative (50% contre 42%) à penser qu'existe un vote gay et lesbien, alors qu'il croient très largement au vote beur (70% contre 23%) ou franc-maçon (66% contre 24%).

Il semble cependant que la réticence ou la distance à l'égard de l'homosexualité favorise la croyance en l'existence d'un vote homosexuel. En effet, les seules catégories de la population à penser majoritairement qu'il y a un tel vote sont les 50 ans et plus, les commerçant et artisans, les inactifs et retraités et les sympathisants de droite (en particulier ceux de Démocratie libérale et du Front national) - soit ceux qui affichent traditionnellement les opinions les moins favorables aux homosexuels. Plus encore, 54% de ceux qui trouveraient choquant qu'un homosexuel soit président de la République pensent qu'il existe un vote gay et lesbien, soit 10 points de plus que l'ensemble de la population. C'est donc bien en partie à travers le filtre de la

crainte ou des réticences que l'on a à l'égard d'une communauté qu'est perçue l'éventualité d'un vote spécifique à celle-ci. Il faut y voir un reflet de la connotation plutôt négative du concept de communauté dans la culture politique française - tout en relevant que la communauté homosexuelle fait moins l'objet d'une telle perception, du fait d'une dimension politique moins évidente à l'esprit du public.

La perception de l'opinion des candidats sur la place des homosexuels dans la société

Premier enseignement : les candidats déclarés ou potentiels à l'élection présidentielle ne sont pas, dans leur ensemble, perçus comme particulièrement hostiles à la cause des homosexuels. En effet, sur neuf personnalités testées, seul Jean-Marie Le Pen est considéré (très largement) comme hostile à une plus grande égalité de droit entre homosexuels et hétérosexuels (83%, contre 5% qui l'y jugent favorable).

Deuxième enseignement : les Français ont une perception relativement floue des positions des candidats sur cet enjeu, le taux de personnes ne pouvant pas se prononcer dépassant 10% quelle que soit la personnalité concernée, et même 15% si l'on ne tient pas compte des réponses relatives à Jean-Marie Le Pen, dont l'opinion est très clairement perçue par le public.

Trois catégories de candidats

Les Français distinguent trois catégories de candidats sur cette question de l'égalité entre hétérosexuels et homosexuels :

  • Les " partisans " : Lionel Jospin (70% l'estiment favorable, contre 10% hostile) et Noël Mamère (62% contre 13%) sont nettement identifiés comme très favorables à la cause homosexuelle. S'ils bénéficient donc tous deux, dans l'opinion, d'une véritable légitimité à revendiquer un engagement sur cette question, soulignons que Lionel Jospin vient largement en tête parmi tous les candidats, et ce quelle que soit la préférence politique des répondants. Les jeunes et les personnes issues des couches sociales moyennes et supérieures apparaissent encore plus sensibles que la moyenne à cette spécificité ;
  • Les  " sympathisants " : leurs positions sont moins évidentes aux yeux des Français, mais ils sont globalement perçus comme plutôt favorables à la cause de l'égalité homos-hétéros. AinsiJacques Chirac(52% contre 23%) et Robert Hue(51% contre 22%) ne sont pas perçus comme particulièrement engagés sur la question, et ne sauraient donc en tirer un bénéfice politique immédiat, mais ne sont en rien soupçonnés d'homophobie ;
  • Les " incertains " : le doute prédomine quant à leur attitude sur cette question. Ainsi, concernant Jean-Pierre Chevènement, 23% ne se prononcent pas, tandis que 39% l'estiment favorable à l'égalité et 30% hostile. Plus encore pour François Bayrou, ils sont respectivement 30%, 37% et 24%. Reste à déterminer, dans l'origine de cette incertitude des Français à leur égard, la part de leur manque de visibilité ou de notoriété, et celle de leur ambiguité sur le fond. Pour leurs électeurs en tout cas la question semble tranchée, puisqu'ils les jugent, de façon nettement plus large que la moyenne, favorables à la cause homosexuelle.

Candidat(e)s homosexuel(le)s : le net recul d'un tabou

Malgré l'élection de Bertrand Delanoë à Paris, les Français jugent en majorité que la révélation de son homosexualité constituerait un frein sérieux aux ambitions d'un candidat à l'élection présidentielle : 9% estiment que cela l'empêcherait définitivement d'être élu, et 49% que cela réduirait ses chances, sans être totalement rédhibitoire cependant, tandis que 39% pensent que cela ne changerait rien et 2% que cela accroîtrait même ses chances (mais 4% chez les électeurs de Robert Hue et . 8% chez ceux de Jean-Marie Le Pen, apparemment très sensibles à l'influence des homosexuels dans la société).

Ce sentiment d'une réticence de l'électorat face à un candidat homosexuel est plus répandu chez les hommes, les plus de 50 ans, et les ouvriers, mais aussi dans des catégories elles-mêmes plutôt ouvertes sur la question de l'homosexualité, comme les sympathisants écologistes et les diplômés du supérieur. Il y a donc bien perception d'une gêne chez les autres concernant l'homosexualité en politique.

Seulement un Français sur quatre jugerait choquant qu'un homosexuel soit président de la République

Ce sentiment contraste nettement avec les attitudes affichées à titre personnel :

- Seul un Français sur quatre (26%) trouverait choquant qu'un homosexuel soit président de la République, contre 73% que cela ne choquerait pas. Il y a là un basculement majeur de l'opinion publique,puisqu'ils étaient 52% (contre 46%) à juger cela choquant en 1997, alors que cette proportion n'avait baissé que de 9 points depuis 1981. L'impact du débat sur le PaCS, puis de la démarche et de l'élection de Bertrand Delanoë, est ici massif.

- Si toutes les catégories de la population acceptent désormais l'idée d'un président homosexuel,l'opinion sur ce point fait cependant toujours l'objet d'un certain nombre de clivages. Selon le sexetout d'abord : 31% des hommes trouvent cela choquant, contre 21% des femmes. De même,la réticence augmente régulièrement avec l'âge,passant de 9% chez les 18-24 ans à 45% chez les 65 ans et plus ; soulignons cependant ici une évolution spectaculaire, puisque 77% des 65 ans et plus se disaient choqués par la perspective d'un président homosexuel en 1997 ! D'un point de vue politique les différences sont marquées, 18% des sympathisants de gauche se disant choqués, contre 42% de ceux de droite (dont 45% à l'extrême-droite). Le débat sur le PaCS a cependant eu ici un effet paradoxal de réduction du clivage gauche-droite, puisque 65% des sympathisants de droite se disaient choqués en 1997. Enfin, dans la perspective de l'élection présidentielle, les électeurs de Noël Mamère apparaissent comme ceux ayant le moins de tabous sur cette question (10% seraient choqués), tandis que se distinguent nettement les électorats Jospin (20% de choqués) et Chirac (41% de choqués). Rappelons cependant que même chez ces électeurs de droite, la majorité accepte, au moins de façon déclarative, l'idée d'un président homosexuel.

Le comportement personnel déclaré par les répondants en cas de révélation de l'homosexualité du candidat pour lequel on a choisi de voter vient confirmer cette tolérance accrue :là encore, 73% maintiendraient leur vote, contre 12% qui le modifieraient, estimant pas souhaitable qu'un homosexuel soit président, et 14% qui hésiteraient. Il y a là, par delà des clivages socio-démographiques et politiques similaires à ceux relevés sur la question précédente, une acceptation très majoritaire du fait homosexuel dans le monde politique, qui reflète d'ailleurs l'ouverture observée chez les Français, à travers l'ensemble des enquêtes d'opinion depuis le milieu des années 1990, envers la diversité des modes de vie et des choix personnels.

Le PaCS, un bilan jugé positif.

Les Français saluent dans leur grande majorité les divers apports du PaCS. Pour 81% d'entre eux (contre 13% d'un avis contraire), le PaCS constitue une amélioration de la situation des homosexuels du point de vue matériel et de leurs droits. Ce constat quasi-unanime est aussi une opinion bien arrêtée, les résultats étant inchangés par rapport à juillet 2000 (sondage Têtu).

Si les résultats pratiques du PaCS semblent acquis pour le grand public, son impact sur les représentations et les comportements semble quant à lui s'accroître. Ainsi ils sont 60% (contre 36%) à estimer que le PaCS a fait avancer les mentalités,sur les questions du couple et des choix sexuels notamment, soit une hausse de 4 points par rapport à juillet 2000. De même , 59% estiment qu'il a contribué à mieux faire accepter l'homosexualité dans la société, contre 55% deux ans auparavant.

Ces deux derniers jugements font cependant l'objet d'un clivage politique marqué, signe que la violence des débats au moment de l'adoption du projet a laissé des traces. Ainsi, 69% des sympathisants de gauche et 68% des écologistes pensent que le PaCS a permis de faire avancer les mentalités, tandis qu'ils ne sont que 49% à droite (contre 47% d'un avis contraire) ; et à l'intérieur même de la droite, les différences d'appréciation sont fortes, entre des sympathisants UDF très réservés (47% partagent cette opinion, contre 47% d'un avis contraire), des RPR plutôt positifs (52% contre 44%), et des sympathisants de Démocratie libérale presque aussi enthousiastes que la gauche (64% contre 34%), tandis que l'extrême-droite conteste massivement l'idée d'une avancée des mentalités liée au PaCS (34% contre 63%). Clivage plus net encore sur la contribution du PaCS à l'acceptation de l'homosexualité, soulignée par une large majorité à gauche (68% contre 29%), mais contestée à droite (47% contre 49%). Notons sur cette question le jugement notoirement mitigé des cadres (49% contre 44%) et des diplômés du supérieur (51% contre 47%), dubitatifs quant à la réalité, par delà les propos publics, d'une plus grande ouverture de la société envers les gays et les lesbiennes.

..mais insuffisant

S'il a constitué un progrès à divers titres aux yeux des Français, le PaCS n'en est pas pour autant considéré comme suffisant : seuls 20% d'entre eux considèrent qu'ils a réglé la question de l'inégalité des droits entre homosexuels et hétérosexuels, contre 68% estimant qu'il y a encore des réformes à faire pour parvenir à l'égalité dans ce domaine. L'importance de ce score est à souligner, tant il s'agit d'un domaine sur lequel les connaissances du grand public sont limitées : il montre qu'une véritable sensibilisation de l'opinion, sans doute en partie au débat sur le PaCS, est intervenue sur ce thème. Il souligne également qu'il y a là un champ d'action politique légitime. Et si la gauche est, du point de vue de ses sympathisants, plus engagée sur la question, les proches de la droite n'en ignorent pas l'enjeu : 72% des sympathisants de gauche jugent qu'il reste des réformes à faire (les proches du PC, 66%, et du MDC, 63%, étant légèrement en retrait), mais ils sont 59% à droite à partager cette opinion. Enfin, si les jeunes en sont davantage convaincus que leurs aînés, et les haut diplômés que les sans diplôme, leurs taux de non-réponse respectifs indiquent que cela découle en grande partie de niveaux d'information inégaux en la matière.

Le PaCS mis à l'actif de Lionel Jospin.

Trois ans après l'adoption du PaCS, plus des 2/3 des Français (68%) ont le souvenir d'un engagement personnel de Lionel Jospin pour son adoption, tandis que 21% ont eu le sentiment qu'il ne s'engageait pas, et 11% n'en ont pas de souvenir. Le PaCS est donc bien mis à l'actif de Lionel Jospin dans l'opinion, même si prédomine le souvenir d'un engagement relativement modéré, seuls 13% ayant eu le sentiment que Lionel Jospin s'engageait fortement sur la question. A gauche même, si 75% des sympathisants estiment que le Premier ministre s'est impliqué personnellement, les certitudes sont moins marquées chez les proches du MDC (59%, contre 29% jugeant qu'il ne s'est pas engagé), voire les écologistes (62% contre 29%).

Au total, à l'heure du bilan, le PaCS constitue bien un acte significatif du gouvernement Jospin aux yeux des Français, qui le voient à 57% comme une de ses mesures importantes (dont 8% très importantes), 39% ne le percevant au contraire que comme une réforme mineure. Le PaCS représente même un marqueur politique fort pour certaines catégories, comme les 18-24 ans (76% y voient une réforme importante), les 25-34 ans (66%), les couche moyennes salariées (professions intermédiaires : 71%) et les sympathisants socialistes et communistes. Pour autant, ce score d'ensemble, loin d'un plébiscite, montre que si le PaCS peut-être revendiqué à titre symbolique, ou en direction de certaines catégories de l'électorat, il ne constitue pas non plus un acte politique majeur pour l'opinion dans son ensemble, dont l'attention est davantage concentrée sur les réformes de type économique et social. Le PaCS reste avant tout un progrès largement salué par l'opinion publique, et un symbole d'ouverture et de modernité réactivable pour le probable candidat Jospin.

..sans que Jacques Chirac soit pour autant perçu comme conservateur sur la question

Si elle peut donc être mise au crédit de Lionel Jospin, l'adoption du PaCS ne constitue pas pour autant, aux yeux de la majorité des Français, une défaite pour Jacques Chirac. En effet, seuls 24% d'entre eux ont eu le sentiment que le chef de l'État l'avait combattue, dont 3% qui gardent le souvenir d'un fort engagement sur cette question. A l'inverse, Jacques Chirac a semblé ne pas vraiment (52%), voire ne pas du tout combattre (13%) le vote du PaCS, et ce bien que l'opposition parlementaire ait voté contre. S'il faut avant tout y voirl'effet de la moindre visibilité de l'action du Président en période de cohabitation, le fait qu'environ 2/3 des Français ont le sentiment que Jacques Chirac n'était pas opposé à une mesure proposée par la majorité de gauche confirme aussi qu'il n'est pas perçu par l'opinion comme conservateur sur ce type de question.

Au yeux de l'opinion, Lionel Jospin plus ouvert que Jacques Chirac sur les questions de mours et de sexualité

Par-delà le PaCS cependant, l'enquête révèle l'avantage en termes d'opinion dont bénéficie Lionel Jospin par rapport à Jacques Chirac sur les questions liées à la sexualité et aux rapports entre les sexes (même si l'importance des taux de " sans opinion " signale là encore la difficulté des Français, en particulier les plus âgés, à se faire une opinion) Il apparaît plus ouvert que le fondateur du RPR sur les questions de moeurs et de sexualité (57% contre 21%, et 22% de sans opinion), en particulier auprès des 18-24 ans (68% contre 25% pour Chirac), mais aussi des sympathisants de droite (41% contre 38%).

A un degré légèrement moindre, il est également considéré comme davantage soucieux d'agir pour l'égalité des sexes (56% contre 28%), un jugement qui se retrouve quasiment à l'identique chez les hommes (57% contre 28%) et les femmes (55% contre 27%). Le consensus est moindre sur ce point, une majorité de sympathisants de droite estimant que Jacques Chirac est davantage soucieux de l'égalité homme-femme.

Enfin, conséquence directe de l'adoption du PaCS, le Premier ministre est très clairement perçu comme le plus soucieux d'agir pour l'égalité entre homosexuels et hétérosexuels (63%, contre 15% pour Jacques Chirac). Le jugement est ici tranché, toutes catégories confondues.

A rebours de l'austérité et de la rigidité dont est habituellement taxée son image, Lionel Jospin a donc acquis, grâce à des mesures comme le PaCS mais aussi la parité, un avantage comparatif dans le domaine des mours et de la sexualité, synonyme d'une certaine modernité. Si le maniement de ces questions reste toujours délicat d'un point de vue symbolique, il y aussi là une ressource politique non négligeable par rapport à une opinion publique souvent moins frileuse en la matière que ne l'estiment les dirigeants.

Gilles CORMAN




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