Le 20 mai 2005 - Chercheur au CEVIPOF, Nicolas Sauger explique l'approbation massive du traité européen dans la majorité par une tendance plus longue de déclin relatif du souverainisme de droite.
Alors que la gauche se divise dans son attitude à l'égard du traité constitutionnel européen, les partis de droite montrent une grande cohésion. Y a-t-il vraiment unanimité à droite ?
Le oui est effectivement très largement majoritaire aujourd'hui, à droite. Tous les grands leaders des partis de la droite modérée font campagne pour le oui. Et les électorats de l'UMP et de l'UDF sont également unis dans leur approbation du traité constitutionnel. Près des trois quarts des électeurs de ces partis, même si ce chiffre est une estimation qui demande à être prise avec précaution, disent leur intention de voter oui. Pour autant, il existe toujours une minorité significative, à droite, incarnant le courant souverainiste. Elle se retrouve dans le parti dominant, l'UMP, notamment autour de Nicolas Dupont-Aignan qui représentait environ 10% des voix au congrès qui a élu Nicolas Sarkozy à la tête de ce parti. Mais ce courant souverainiste est surtout présent à l'extérieur de l'UDF et de l'UMP. Si le Mouvement pour la France est un parti relativement marginal, son leader, Philippe de Villiers, a un rôle particulièrement actif dans cette campagne référendaire, comme d'ailleurs en 1992, à l'occasion du traité de Maastricht.
Mais la situation de la droite en 2005 n'est pas celle de 1992...
Oui, le fait que le oui soit largement majoritaire à droite est un fait nouveau. Si l'UDF a dès sa fondation affirmé sa sensibilité européenne, le RPR, à l'époque, était beaucoup plus divisé. Il faut se rappeler que Jacques Chirac était alors en situation minoritaire, près des deux tiers de son électorat ayant voté non au traité de Maastricht alors que celui-ci soutenait le oui. Mais cela ne reflète pas seulement un changement d'attitude vis-à-vis de l'Europe. Il faut y voir également le fait que Président et gouvernement sont de droite alors que c'est la gauche qui était majoritaire en 1992. Or un parti dans l'opposition a une raison supplémentaire de voter non à un référendum proposé par un Président auquel il s'oppose.
Le oui de droite n'est-il alors que le reflet d'un légitimisme vis-à-vis du Président de la République ?
Non, il existe plusieurs autres explications importantes à l'approbation massive du traité constitutionnel à droite. Il faut voir d'abord que cette approbation s'inscrit dans une tendance plus longue de déclin relatif du souverainisme de droite. Les élections de 2002 en ont été symptomatiques, avec l'absence d'un candidat souverainiste au premier tour de l'élection présidentielle. Et les élections de 2004, notamment l'élection européenne, ont confirmé cette tendance si l'on compare les résultats par rapport à aux élections de 1994 ou même de 1999. Rappelons qu'en 1999 la liste menée par Charles Pasqua et Philippe de Villiers était arrivée en tête des listes de droite, devançant la liste RPR de Nicolas Sarkozy et la liste UDF de François Bayrou !
Le oui de la droite s'explique également par l'unanimité de ses leaders politiques. Si l'on connaît la vigueur qu'ont connue les affrontement entre Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Bayrou, toutes ces personnalités se retrouvent aujourd'hui derrière le oui. Ainsi, le référendum sur le traité constitutionnel est moins utilisé à droite qu'à gauche comme moyen d'établir son leadership, même s'il est évident que les résultats auront un impact à la fois sur un éventuel remaniement ministériel et sur les candidatures pour la prochaine élection présidentielle. Et il est ainsi intéressant de voir comment la cohabitation entre oui et non est beaucoup plus apaisée à droite qu'à gauche. Nicolas Dupont-Aignan a toute liberté pour faire campagne pour le non sans remettre en cause l'unité du parti. En revanche, à l'UDF, la tentative de mener une campagne pour le non esquissée par Jean-Christophe Lagarde a été bien vite étouffée.
Les arguments des leaders de droite sont-ils pour autant équivalents ?
On pourrait essayer de différencier deux oui de droite, un oui de l'UMP et un oui de l'UDF. Ces oui se différencient notamment sur l'ambition qu'ils affichent pour l'Europe, l'UDF s'affirmant comme beaucoup plus fédéraliste que l'UMP. D'une certaine manière, on pourrait forcer le trait en disant que l'UMP affirme son oui parce qu'il est bénéfique pour la France alors que l'UDF le fait parce qu'il bénéficie à l'Europe. Toutefois, au-delà de cette différence de fond, les deux partis se rejoignent pour montrer à la fois les avantages de ce traité par rapport aux précédents, en matière de démocratie par exemple, et les dangers que ferait peser un non français sur la place de la France et sur le processus de construction européenne lui-même.