Les Français, la sécurité
et les cambriolages

Le 20 juin 2000 - A la demande de l'agence I&E Consultants, la SOFRES a réalisé un sondage auprès des Français sur la perception des risques de cambriolage et les manières de s'en protéger. Les résultats indiquent que l'attitude globale du public vis à vis du cambriolage est assez nuancée : d'un côté, les Français se disent peu inquiets en général face au risque de cambriolage et affirment que le fait d'en avoir été victime n'a pas changé leur état d'esprit. Dans le même temps, leur inquiétude se cristallise dans des situations précises et le fait d'avoir été cambriolé les rend en réalité plus sensibles au danger. Pour autant, ils peinent encore à prendre toute la mesure des investissements nécessaires pour se protéger efficacement et identifient mal les points de vulnérabilité du logement.

Les Français relativisent le risque de cambriolage mais se montrent inquiets dans certaines situations concrètes

Moins de deux Français sur dix déclarent avoir peur d'être cambriolés très ou assez souvent (18%) : comparée à d'autres craintes liées à la sécurité, on peut supposer que la peur des cambriolages est peu présente à leur esprit en dehors d'un certain contexte. Certains segments de la population paraissent un peu plus sensibles : les personnes de plus de 65 ans (25%), les commerçants (25%) et les propriétaires de leur logement (20%).

Placés dans des situations concrètes, les interviewés avouent davantage leurs craintes. Deux types de situations apparaissent anxiogènes : lorsqu'on se trouve dans une maison isolée (60% des interviewés estiment que cela les inquiéterait beaucoup ou un peu) ; lorsqu'on laisse son domicile pour partir en vacances ou en week-end (46%). En revanche, le fait d'être seul chez soi le soir ou de laisser sa maison pour quelques heures n'inquiète que respectivement 30% et 25% des interviewés.

C'est donc l'isolement et l'éloignement durable du domicile qui paraissent problématiques, renvoyant d'ailleurs à deux craintes distinctes : l'agression et le cambriolage. On constate sur ces deux craintes un clivage très net selon le sexe des interviewés, les femmes se montrant particulièrement inquiètes en cas d'isolement, tandis que les hommes craignent davantage le cambriolage.

Contrairement à leurs déclarations, l'expérience personnelle du cambriolage influe fortement sur la sensibilité au problème

Lorsqu'on demande aux victimes de cambriolages si cela les a rendu plus angoissés qu'avant ou plus inquiets lorsqu'ils quittent leur logement, seules des minorités d'interviewés répondent par l'affirmative : 22% dans le premier cas, 31% dans le second. Contrairement à ce que l'on constatait face aux situations anxiogènes, on ne décèle pas de différence notable entre hommes et femmes, ni selon l'âge ou le niveau social. L'inquiétude est plus forte chez ceux qui ont été cambriolés plusieurs fois (38%) que chez ceux qui n'en ont été victimes qu'une seule fois (28%), mais ce critère ne crée par pour autant une majorité d'inquiets.

On serait donc tenté de conclure que le cambriolage suscite une inquiétude modérée, très conjoncturelle (le départ en vacances), et que le fait d'avoir été victime ne crée pas un traumatisme vraiment mobilisateur. En réalité, deux éléments indiquent qu'on a affaire à une attitude délibérée de minoration des conséquences d'un cambriolage, pour des raisons sur lesquelles nous reviendrons ensuite.

Tout d'abord, on constate que l'expérience personnelle du cambriolage, en particulier aux cambriolages multiples, influe nettement sur les réponses globales d'inquiétude, contrairement à ce que les interviewés prétendent eux-mêmes. Ainsi, la peur d'être cambriolé est exprimée par 14% des personnes n'ayant jamais été cambriolées, 28% de celles qui l'ont été une fois et 46% des personnes cambriolés plusieurs fois.

Par ailleurs, les conséquences considérées comme les plus importantes d'un cambriolage relèvent du réel traumatisme moral plutôt que de la gêne matérielle. Pour 43% des Français, c'est la perte d'objets à valeur sentimentale qui est le plus traumatisant, avec le fait de savoir que des inconnus sont entrés chez soi (38%), devant les dégâts causés par les intrus (36%), les tracasseries administratives (28%) et le vol d'objets de valeur (17%). Ce sont bien les atteintes à l'intimité qui sont dénoncées en premier, devant les problèmes matériels. L'exposition à des cambriolages multiples renforce encore cette focalisation sur le viol de l'intimité.

On relève sur cette question deux types de clivages. Un clivage entre hommes et femmes, qui voit les premiers être davantage sensibles aux conséquences matérielles du cambriolage tandis que les femmes se montrent plus sensibles aux atteintes à l'intimité. Ainsi, les dégâts matériels sont cités par 43% des hommes contre 31% des femmes et le fait de savoir que des inconnus sont entrés est cité par 31% des hommes contre 44% des femmes. Un clivage social, particulièrement éclairant car renvoyant sans doute à un clivage culturel. On constate ainsi que les traumatismes moraux sont davantage mis en avant par les catégories supérieures (cadres, professions intermédiaires, commerçants et petits patrons), tandis que les employés et les ouvriers s'attachent davantage aux conséquences matérielles (dégâts, perte d'objets de valeur).

Ces résultats indiquent que la variable culturelle joue un grand rôle dans le regard posé sur le cambriolage : les catégories populaires y voient avant tout une atteinte aux biens, la perte d'objets de valeurs acquis parfois au prix de sacrifices, tandis que les catégories supérieures adoptent davantage une attitude distanciée par rapport aux conséquences matérielles, attitude conforme aux standards de leur milieu, qui les incite à davantage mettre en avant le traumatisme moral, les conséquences psychologiques. On peut y voir aussi l'investissement psychologique traditionnellement plus marqué des catégories supérieures dans les objets, revêtus d'une valeur artistique ou sentimentale, quand ils ne sont pas directement liés à un héritage familial.

Ces éléments se conjuguent - dans toutes les catégories sociales cette fois - avec la réticence à afficher une préoccupation sécuritaire appliquée principalement à l'intégrité matérielle du domicile et de ce qu'il contient. Les images négatives de l'autodéfense, du "barricadement" des petites gens synonyme d'égoïsme, créent sans doute chez la plupart des interviewés une réticence à avouer leur inquiétude, et l'affichage d'une sérénité de façade dont on voit qu'elle est ébranlée par l'expérience concrète du cambriolage.

Didier WITKOWSKI



Fiche Technique

Enquête réalisée pour I&E CONSULTANTS les 11 et 12 avril 2000 auprès d'un échantillon national de 1 000 personnes représentatif de l'ensemble de la population âgée de 18 ans et plus, interrogées par téléphone. Méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage PCS) et stratification par région et catégorie d'agglomération.

Les résultats

Question : Personnellement, vous arrive-t-il d'avoir peur d'être cambriolé ?

- Très souvent

3

- Assez souvent

15

Sous total

18

- Rarement

49

- Jamais

33

Sous total

82

- Sans opinion

0

 

Question : Voici un certain nombre de situations dans lesquelles vous pouvez vous trouver dans votre vie quotidienne. Pour chacune d'entre elles, pouvez-vous me dire si vous éprouveriez beaucoup d'inquiétude, un peu d'inquiétude ou aucune inquiétude ?

 

Beaucoup d'inquiétude

Un peu d'inquiétude

Sous total

Aucune inquiétude

Sans opinion

- Vous êtes seul chez vous le soir

7

23

30

70

0

- Vous vous trouvez dans une maisonisolée

23

37

60

39

1

- Vous laissez votre maison ou votre appartement pour quelques heures

5

20

25

75

0

- Vous laissez votre maison ou votre appartement pour partir en vacances ou en week-end

13

43

46

43

1

 

Question : Qu'est-ce qui vous semble le plus traumatisant dans un cambriolage ?(1)

 

%

Rang

- La perte d'objets à valeur sentimentale

43

1

- Le fait de savoir que des inconnus sont entrés chez vous

38

2

- Les dégâts causés par les intrus

36

3

- Les tracasseries administratives (police, assurances,etc.)

28

4

- Le vol d'objets de valeur, d'argent

17

5

- Sans opinion

1

-

(1) Le total des pourcentages est supérieur à 100, les personnes interrogées ayant pu donner deux réponses.

 

Question : Le fait d'avoir été victime d'un cambriolage vous rend-il aujourd'hui :

A ceux qui ont été victimes d'un cambriolage (21 % de l'échantillon)

 

Ensemble

A été cambriolé une fois

A été cambriolé plusieurs fois

- Plus angoissé qu'avant d'une manière générale

- Pas spécialement plus angoissé

- Sans opinion

22

78

0

21

79

0

26

74

0

- Plus inquiet lorsque vous quittez votre logement

- Pas plus inquiet qu'avant

- Sans opinion

31

69

0

28

71

1

38

62

0

 



Plus d'informations :
Carine Marcé
Département Politique et Opinion
Tél : 33 (0)1 40 92 44 92
Fax : 33 (0)1 40 92 46 60
Politique&Opinion@tns-sofres.com
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