Les jeunes, le vote et la politique

Le 23 novembre 2001 - A l'orée des élections présidentielles et législatives de 2002, les futurs candidats peuvent être raisonnablement optimistes : les jeunes devraient être au rendez-vous, même si une forte minorité d'entre eux s'avère sans illusion sur les effets du vote, comme en témoigne notre étude réalisée pour Le Monde et Le Point, dans le cadre de l'opération " Bouge ton vote ! " initiée par Skyrock. Outre le fait que 76% d'entre eux déclarent être déjà inscrits sur les listes électorales, 61% des 18-25 ans ont une image positive du vote, estimant que celui-ci peut faire bouger les choses. Si leur participation active à la vie politique traditionnelle est encore minoritaire, les jeunes manifestent un intérêt réel pour la politique dès lors qu'elle concerne des sujets qui les touchent directement. Un plan de lutte contre la violence dans les cités, le versement du RMI aux 18-25 ans et le droit de vote aux immigrés sont quelques-uns des thèmes qui les inciteraient le plus à voter en faveur d'un candidat. Enfin, la figure familiale à laquelle ils associent les deux têtes actuelles de l'exécutif Jacques Chirac et Lionel Jospin n'est pas celle du père, mais de l'oncle - symptôme du bouleversement de l'imagerie traditionnelle de l'autorité ?

4,5 millions de voix en jeu

76% des jeunes déclarent être inscrits sur les listes électorales. Parmi les 24% de réfractaires, seulement un tiers n'a pas l'intention de procéder à cette inscription d'ici la fin de l'année - soit 8% de l'ensemble des 18-25 ans.

Ces données, a priori rassurantes à la veille des échéances électorales de 2002, doivent être cependant tempérées à l'aune de l'abstention réelle observée chez les jeunes lors des derniers scrutins. S'inscrire sur les listes électorales est une chose, voter une autre. On observe ainsi une montée progressive de l'abstention des jeunes depuis 1995 : lors des dernières élections présidentielles de mai 1995, au premier tour, elle était de 16%, pour 17% dans l'ensemble du corps électoral ; lors des législatives de mai-juin 1997, de 40%, pour 31,5% ; lors des régionales de mars 1998, de 48%, pour 39% ; lors des européennes de 1999, de 48%, pour 49% dans l'ensemble de la population. Rappelons le poids électoral des 18-25 ans : 4,5 millions de voix en jeu.

Voter, un acte sans illusion

Au-delà de l'inscription sur les listes électorales, reste la question de la portée du vote et de ses effets. De ce point de vue, 6 jeunes sur 10 (61%) estiment qu'en votant, on peut contribuer à ce que les choses bougent en France, contre 39%. Le vote, principal instrument de l'activité civique, bénéficie donc d'une image relativement positive auprès des jeunes.

Certes, les 18-25 ans n'ont plus une vision naïve ou lyrique du vote : finis, les grands soirs aux lendemains qui chantent. Seul un peu plus d'une jeune sur 10 (12%) estime que le vote peut beaucoup contribuer à faire évoluer les choses dans le pays. Mais on peut toutefois relever un double clivage au sein de la population jeune à ce sujet. Un clivage générationnel, d'abord : les 18-20 ans se montrent beaucoup moins désabusés (69%) à l'égard des effets du vote que leurs aînés de 21-23 ans (56%) et de 24-25 ans (51%). Corollaire logique de cette différence d'appréciation : les jeunes actifs - a priori les plus âgés d'entre eux - se montrent beaucoup moins enthousiastes à l'égard du vote (52%) que les étudiants (70%) et les lycéens (78%). Dernier enseignement : les plus enthousiastes à l'égard du vote se recrutent parmi les sympathisants des partis de gouvernement (PS, 66% ; RPR, 66% ; UDF, 65%) tandis que les jeunes les plus désabusés appartiennent aux partis " périphériques " (PC, 48% ; écologistes, 54%).

Désaffection à l'égard des modes d'action politique traditionnels

L'implication des jeunes en politique demeure de fait passive. Parmi certains actes politiques qui leur ont été proposés au cours de notre enquête, prendre un tract politique dans la rue (63%) et regarder des émissions politiques à la télévision (53%) recueillent leurs plus larges suffrages. A l'inverse, les actes politiques plus traditionnels et s'inscrivant dans une démarche proactive - se rendre à un meeting politique (10%), adhérer à un parti politique (8%) - ne suscitent guère d'intérêt de la part des jeunes.

Un engagement plutôt social et moral que politique et économique

Pour autant, les jeunes sont prêts à s'engager. Parmi les thèmes qui les touchent particulièrement figurent la lutte contre le racisme (51%), la lutte contre la violence (44%), la dénonciation de la guerre (38%), la défense des intérêts des jeunes (33%), la lutte contre les inégalités sociales (29%), la lutte contre le Sida (28%), les catastrophes écologiques (24%) - soit des thèmes généraux et généreux, et qui touchent les jeunes dans leur vie quotidienne. A l'inverse, les sujets plus politiques ou plus économiques ne rencontrent qu'un faible écho : lutter contre un parti politique qui paraît dangereux (18%), travailler à mieux intégrer les banlieues (14%) ou lutter contre les conséquences de la mondialisation (10%).

Dans le détail, on peut relever la plus forte implication des jeunes femmes sur les principaux sujets d'engagement que des jeunes hommes. Ainsi, par exemple, la lutte contre le racisme constituerait un motif d'engagement politique pour 55% des filles et 46% des garçons ; la lutte contre la violence, pour 51% des filles et 38% des garçons ; ou la dénonciation de la guerre, pour 46% des filles et 29% des garçons.

Haschich et rave-parties, des thèmes étonnamment peu porteurs

Parmi les thèmes qui inciteraient les jeunes à voter en faveur d'un candidat, surprise : les thèmes sur lesquels on prête a priori aux jeunes une certaine sensibilisation (le débat sur l'encadrement des rave-parties par les pouvoirs publics, la dépénalisation du haschich) sont les moins incitatifs. Au sommet de l'échelle, un plan de lutte contre la violence dans les cités, le versement du RMI aux 18-25 ans et le droit de vote pour les immigrés sont les mesures les plus susceptibles d'influencer leur vote en faveur de candidats qui les porteraient.

Jacques Chirac et Lionel Jospin :
des " tontons " plutôt que des " pères " de la nation

Enfin, le regard que les jeunes portent sur les deux têtes de l'exécutif est empreint à la fois d'affection et de distance. Ainsi, parmi une liste de figures familiales qui leur ont été proposées, ils associent aussi bien Jacques Chirac (64%) que Lionel Jospin (58%) à la figure la plus lointaine : l'oncle, loin devant celle du grand-père (26 et 25%). Par ailleurs, la figure du père - symbole s'il en est de l'autorité - n'est évoquée que par 7% des jeunes pour Lionel Jospin et 4% pour Jacques Chirac. Assiste-t-on là à un bouleversement de l'imagerie traditionnelle de l'autorité ?

Enfin, les traits d'images respectifs du Président et du Premier ministre déjà largement répandus dans l'opinion - " sympa " pour Jacques Chirac, " sérieux " pour Lionel Jospin - ressortent également auprès des jeunes : pour partir en vacances, les 18-25 ans choisiraient plutôt Jacques Chirac que Lionel Jospin (50%, contre 31%). A l'inverse, pour être conseillés sur leur avenir, ils feraient davantage confiance à Lionel Jospin qu'à Jacques Chirac (52%, contre 39%).

Sylvain Lefort




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Carine Marcé
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