Le 21 décembre 2006 - Notre étude a été réalisée pour la municipalité de Vénissieux auprès d'un échantillon de 400 jeunes Vénissians, représentatif de la population de la ville âgée de 15 à 25 ans à la fois en termes démographiques (sexe, âge, situation professionnelle) et géographiques (une partie des interviews a été conduite auprès de jeunes habitant le quartier des Minguettes,le reste auprès des jeunes des autres quartiers de la ville. Certaines des questions avaient déjà été posées dans une étude similaire en juin 1991. Le premier constat est que les réponses des jeunes de 2006 sont proches de celles des jeunes de 1991 sur de nombreux aspects, à l'exception marquée de leur attitude à l'égard de l'engagement. L'idée même de l'adhésion et de l'implication dans une association, un parti ou un syndicat fait beaucoup moins recette aujourd'hui qu'en 1991.

Trois grandes tendances se dégagent des réponses des jeunes Vénissians : d'une part, ils portent un regard critique sur la société française, caractérisée par le chômage, le cloisonnement et la violence, dans laquelle il est difficile pour eux de trouver leur place. Cette vision dégradée ne les empêche pas d'apprécier la qualité de la vie à Vénissieux et l'action de la municipalité à leur égard. D'autre part, ils expriment leur volonté de réformer la société plutôt que de la transformer radicalement, et ce au travers de modalités d'engagement plutôt individuelles, pragmatiques et moins traditionnelles que les canaux usuels (partis politiques ou les syndicats).

Un regard critique sur la société française : des jeunes globalement inquiets

A l'instar des jeunes Français dans leur ensemble, les jeunes Vénissians sont relativement critiques à l'égard de la société française et inquiets quant à la situation économique et sociale. 70% estiment que les jeunes sont pessimistes, niveau sensiblement égal à celui de 1991 (75%). A l'échelle de la France, 60% des 15-24 ans disent que le niveau de vie des Français a plutôt diminué depuis un an, 42% que la situation des Français va se détériorer dans l'année qui vient.

Les mots qui viennent le plus à l'esprit des jeunes Vénissians lorsqu'ils pensent à la société française sont le chômage (68%), les inégalités (36%), le racisme (36%) et la violence (27%). L'incertitude face à l'avenir est citée par 23% des jeunes. A l'inverse, les valeurs les plus positives sont citées en dernier : liberté, solidarité, tolérance ne recueillent respectivement que 16%, 7% et 5% des citations. Ces résultats correspondent à des craintes largement partagées par les jeunes en France : 89% et 85% des 15-25 ans estiment que « cela va plutôt mal » en France dans les domaines de l'emploi et de l'égalité entre les personnes.

Le chômage, les inégalités et la violence apparaissent donc comme trois axes de lecture fondamentaux pour comprendre les perceptions des jeunes Vénissians.

Le chômage cristallise les craintes des jeunes

La création d'emplois et le développement économique de Vénissieux sont la première priorité de la ville pour les prochaines années, citée par 46% des jeunes habitants. Spontanément, ils sont 19% à évoquer les problématiques de l'emploi (manque d'emploi, emploi des jeunes, chômage) comme priorité pour Vénissieux. 62% citent l'aide à l'emploi des jeunes comme priorité pour les jeunes, devant le soutien scolaire (42%) et la formation professionnelle (41%), deux domaines fortement liés la question de l'emploi.

L'omniprésence de l'emploi dans les réponses atteste de son importance et des craintes qu'elle suscite chez les jeunes. 81% estiment en effet qu'il est difficile aujourd'hui pour un jeune de trouver un premier emploi (86% pour les jeunes des Minguettes), dont plus d'un tiers (36%) qui pensent que c'est très difficile. Même trouver un petit boulot s'avère une tâche ardue, pour 49%. Ces résultats sont à lire à l'aune de l'importance conférée au travail par les jeunes Vénissians. Pour près des deux tiers (59%), spontanément, trouver sa place dans la société aujourd'hui, c'est avant tout avoir un emploi stable, avant les questions d'intégration (37%). Ce lien entre trouver sa place dans la société et l'emploi est particulièrement fort chez les 22-25 ans, qui sont en prise directe avec ce questions : ils sont 73% à l'établir.

Cette difficulté à trouver du travail, qui est réelle puisque le taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans s'établit à 21,6% en France (Source INSEE, septembre 2006), est citée comme cause de la révolte des banlieues de l'automne 2005 par 54% des jeunes dans leur ensemble, et par 62% des 22-25 ans. Le chômage est aussi la première explication donnée à cette crise par les jeunes Vénissians.

La situation de l'emploi apparaît paradoxale aux jeunes : 51% (contre 43% en 1991) jugent en effet qu'aujourd'hui les jeunes sont travailleurs. S'ils ont un accès aisé à l'information sur les filières d'enseignement(73% le jugent facile) et les métiers (76%), des blocages apparaissent malgré tout dès la mise en ouvre du projet professionnel, au niveau de la formation et des stages : 63% estiment qu'il est difficile de faire les études qu'ils veulent, et 45% de trouver un stage. Les difficultés qui se posent à eux leur apparaissent comme exogènes. Ils semblent se heurter à des barrières, qu'ils ressentent comme des cloisons qui compartimentent la société.

Une société cloisonnée

La question du chômage et des difficultés d'accès au travail participe grandement à la vision d'une société cloisonnée, où les jeunes ont du mal à s'intégrer et à être écoutés. Mais il est également frappant de voir que s'entremêlent d'autres logiques qui participent au sentiment d'exclusion exprimé par les jeunes de Vénissieux : des perceptions d'ordre général, subjectives (inégalités, racisme, difficulté à trouver sa place dans la société, manque d'écoute) ou au contraire très concrètes, sur le plan économique (problème du coût de la vie, du logement).

Pour 72% des jeunes Vénissians, il est aujourd'hui difficile de trouver sa place dans la société, dont près d'un tiers pour qui cela semble « très difficile » (28%). Les 22-25 ans sont ceux chez qui ce sentiment est le plus exacerbé : 81% ressentent cette difficulté.

L'emploi et la formation sont vus spontanément comme le premier vecteur pour trouver sa place dans la société (évoqués par 60% des jeunes). « Etre intégré » est le second (37%). Cette citation n'est pas tautologique. Elle exprime au contraire une volonté de normalisation, de vivre comme tout le monde dans une société qui semble ne pas arriver à intégrer ses jeunes. Elle appelle également une demande d'équité, d'égalité des chances : en ce sens, « trouver sa place dans la société », c'est également ne pas subir de discriminations (7% des citations spontanées).

Les inégalités et le racisme sont le deuxième trait d'image caractérisant la société française (cités chacun par 36%), la perception du racisme étant particulièrement aiguë chez les étrangers (44%) et chez les habitants des Minguettes (40%). C'est d'ailleurs pratiquement un élément du quotidien, dans la mesure où près d'un tiers des jeunes (27%) déclarent avoir personnellement déjà été victime d'injures racistes. Les implications en sont importantes : le racisme est la seconde cause de la crise des banlieues, citée par 48% (pratiquement au même niveau qu'en 1991).

Les difficultés pour s'intégrer dans la société sont d'autant plus ressenties que les jeunes ne se sentent pas écoutés : 64% s'estiment ignorés par les adultes et 74% pas pris en compte par les élus et les responsables. D'un point de vue personnel, le sentiment d'écoute par les adultes recule peu depuis 1991 (-3), mais d'un point de vue institutionnel, le fossé se creuse entre les jeunes et les élus, les responsables. Dans la première enquête, 68% ne s'estimaient pas pris en compte par ces autorités, soit 6 points de moins qu'aujourd'hui. Par ailleurs, les relations avec la police, qui constituent un point de contact fréquent, si ce n'est quotidien, entre les jeunes et les pouvoirs publics, sont pointées du doigt par les jeunes Vénissians et se dégradent par rapport à 1991. 46% estiment que l'attitude de la police explique la crise des banlieues (troisième cause citée, derrière le chômage et le racisme), soit une hausse de 16 points par rapport à 1991. L'attitude de la police (interpellations systématiques, provocations.) est citée spontanément comme une priorité pour Vénissieux (6% des citations). Comme dans la précédente enquête, les habitants des Minguettes sont plus prompts à critiquer l'attitude de la police (52%) que les autres. 33% estiment que l'amélioration des relations entre les jeunes et les policiers doit être une priorité.

D'un point de vue plus matériel, le sentiment de cloisonnement de la société se décline aussi sur le terrain économique.

52% des jeunes affirment en effet avoir des difficultés pour payer leurs dépenses indispensables. Cette moyenne exprime un sentiment général de difficultés économiques, mais elle reflète mal les disparités des réponses par âge, expliquées par le fait que les plus jeunes (qui pour la plupart vivent chez leurs parents) n'ont pas à assumer ces dépenses (courses, électricité, loyer.) et donc ne sont pas prononcés sur la question. Si les 15-18 ans sont 40% à faire part de leurs difficultés (50% ne se prononcent pas), les 22-25 ans, confrontés plus certainement au paiement de ces dépenses, sont 67% dans ce cas (14% sans réponse). Quant aux dépenses et sorties courantes, qui concernent la plus grande partie des jeunes, les difficultés sont partagées par 68% des répondants. Enfin 88% jugent difficile de trouver un logement, dont 51% pour qui cela est « très » difficile.

Ce sentiment de cloisonnement est largement répandu chez les jeunes en France. Ils estiment majoritairement que les choses vont mal dans le pays concernant l'égalité entre les personnes (84% des 15-24 ans), le respect des différences et la tolérance (71%), la solidarité entre les personnes (65%) (Source TNS Sofres, étude Influence).

Une société violente

Le troisième trait saillant de la société telle que la perçoivent les jeunes Vénissians est la violence. Leurs réponses témoignent d'une proximité forte avec la violence, sous quelque forme que ce soit : la plus courante sont les insultes. 38% ont déjà été victime d'agressions verbales ou d'insultes, 27% d'injures racistes. 15% de menaces ou harcèlement, 12% d'agressions physiques et 15% de racket. En spontané, les citations sur la violence et l'insécurité arrivent en tête des problèmes les plus importants à Vénissieux, ceux qui sont prioritaires (23% des citations). La lutte contre les bandes de délinquants et contre le racket sont des priorités pour près d'un tiers des jeunes interrogés. La lutte contre la drogue est également prioritaire pour un tiers (32%) des répondants, en baisse de 19 points par rapport à 1991.  

Une vie plus agréable, des jeunes mieux écoutés à l'échelon local

Dans un contexte marqué par le pessimisme, la perception de la vie à Vénissieux reste relativement positive. 49% des jeunes jugent que depuis deux ou trois ans, la vie y est plus agréable. 31% trouvent qu'il n'y a pas eu de changement et seulement 15% qu'elle est moins agréable. Ce sentiment est partagé quels que soient l'âge ou le quartier d'habitation. De la même manière, le sentiment d'écoute à l'échelon local est meilleur que le sentiment global d'être écouté ou pris en compte par les adultes et les élus. 43% des jeunes estiment que la Mairie de Vénissieux répond bien à leurs préoccupations (+4 par rapport à 1991). 42% (-12) pensent le contraire, les jeunes des Minguettes étant majoritairement de cet avis (48%, en baisse de 15 points).

Un bilan sectoriel contrasté, sur lequel pèsent les problèmes de société

La pesanteur de la vision de la société qu'ont les jeunes Vénissians est évidente sur les priorités qu'ils expriment pour Vénissieux, ainsi que sur la perception de l'action municipale. Néanmoins, elle ne les empêche pas de reconnaître et d'apprécier l'action municipale, notamment dans le domaine de l'animation, la culture et le sport, qui sont habituellement des points faibles de l'action Municipale auprès des jeunes, ainsi que dans le domaines du soutien scolaire.

Le bilan de la Mairie dans les domaines du chômage, l'intégration et la violence est grevé par le caractère prioritaire et sensible de ces questions aux yeux des jeunes. 50% estiment que le bilan de l'aide à l'emploi des jeunes est négatif. 58% des jeunes de 22 à 25 ans et 57% des habitants des Minguettes partagent cet avis, Malgré tout, ce résultat est en recul par rapport à 1991 (-7 points) et plus d'un tiers (33%, +4) jugent ce bilan positif. La lutte contre le racisme est jugée insatisfaisante par 47% des jeunes, contre 29% qui estiment le bilan positif. Le bilan de la lutte contre la drogue et les bandes de délinquants reste majoritairement négatif. Enfin, sur l'amélioration des relations entre les jeunes et les policier, le bilan est plutôt négatif également, pour 68% des répondants, et 71% des habitants des Minguettes.

Au fil des questions sur les priorités pour Vénissieux, en spontané notamment, émergent également deux thèmes liés directement à l'environnement local : les transports et le cadre de vie.

19% des citations spontanées sur les priorités pour Vénissieux concernent en effet les transports et l'aménagement urbain, dont la majorité évoquent le développement des transports urbains. 31% des jeunes placent d'ailleurs les transports en commun comme une priorité pour la ville, soit une hausse de 14 points par rapport à 1991. Pouvoir voyager plus facilement dans la ville et l'agglomération peut aussi être un moyen de se sentir moins cloisonné dans son quartier, plus intégré à la ville et in fine à la société.

Par ailleurs, 18% des priorités citées spontanément concernent l'urbanisme et le logement, c'est-à-dire des préoccupations plus liées à l'agrément de l'habitat, la propreté des bâtiments, leur rénovation etc. Le bilan de la Municipalité reste bon sur l'entretien des grands ensembles et le cadre de vie, puisque 52% des jeunes le jugent positif et 29% négatif. En comparaison avec 1991, les jugements positifs ont diminué (-10) au profit non des jugements négatifs, mais des non-réponses (+11), ce qui dénote un certain flottement sur ce sujet.

Un bon bilan sur l'animation et le soutien scolaire

Alors que nous constatons dans nos enquêtes que c'est traditionnellement un point faible auprès des jeunes, l'action de la Municipalité de Vénissieux dans les domaines de l'animation et des loisirs est bien appréciée par les 15-25 ans. Le développement des activités pour les jeunes, du sport ne représente que 8% des citations sur les priorités pour la ville, le développement des loisirs 5%. Ces mêmes domaines sont les moins citées des priorités pour les jeunes, et restent sensiblement au même niveau qu'en 1991 : 26% pour les activités sportives (+1) et 19% pour les activités culturelles (=). Par ailleurs, le bilan de la municipalité est jugé positif sur les activités sportives (71%, +1), les loisirs pour les jeunes (63%, +7) et l'organisation de séjours de vacances.

Le bilan sur le soutien scolaire est également en net progrès. Alors qu'il était négatif en 1991, aujourd'hui 44% (+11) le jugent positif, contre 33% négatif.

Un répertoire d'engagement plus individuel pour la réforme plutôt que la révolution

Dans ce contexte où, au global, prédomine un sentiment de cloisonnement d'une société qui semble peiner à les intégrer et dont l'un des traits caractéristiques est la violence, les jeunes Vénissians se tournent moins vers des engagements collectifs pour faire changer les choses, et tendent plus à se replier sur eux-mêmes, dans une attitude réformiste et non-violente, même s'ils soutiennent majoritairement les mouvements dans les banlieues et contre le CPE.

Des stratégies plus individuelles

L'une des évolutions marquantes de l'enquête par rapport à 1991 est le fort désengagement de l'action collective dont témoignent les jeunes Vénissians, qui s'exprime au travers de la baisse non de l'engagement en lui-même, déjà très faible, mais de l'idée même de s'impliquer dans une association, un parti politique ou un syndicat pour faire changer les choses. Ce phénomène n'est pas propre à Vénissieux, et concerne les jeunes en France dans leur ensemble : les 15-24 ans sont 52% à dire qu'il y a aujourd'hui en France des événements particuliers qui leur donneraient envie de s'engager, et 49% que s'engager aujourd'hui ne sert qu'un peu (27% « très peu »)(Source TNS Sofres, étude Influence).

A Vénissieux, les indicateurs témoignent également de cette désaffection à l'égard du recours à l'action collective : seulement 21% des jeunes Vénissians se déclarent prêt à adhérer une association pour manifester leur révolte, soit une baisse de 14 points par rapport à 1991. Hormis la signature d'une pétition, qui est le mode d'engagement le moins impliquant, l'éventualité de l'utilisation de tous les moyens d'actions du répertoire de l'engagement baisse : la participation à des manifestations (43%, -5), l'occupation de locaux (9%, -7), l'action contre la police (7%, -2). Par ailleurs, les Vénissians disent beaucoup moins adhérer ou être prêts à adhérer à tous les types d'associations :

Cette attitude va de pair avec la perception d'une diminution du sentiment de révolte des jeunes Vénissians. 69% estiment que les jeunes d'aujourd'hui sont révoltés, contre 80% en 1991. Par ailleurs, 54% s'estiment personnellement révoltés aujourd'hui, contre 58% en 1991. On constate donc un décalage important dans l'évolution de la perception de la révolte collective et de la révolte individuelle des jeunes, qui diminue moins, et qui peut expliquer en partie leur repli sur soi.

Des stratégies moins « institutionnelles »

La baisse de l'engagement ou du potentiel d'engagement ne signifie pas pour autant un désengagement total de la part des jeunes. Néanmoins, ils privilégient des engagements plus ciblés sur des thématiques précises et fédératrices que par les canaux les plus traditionnels et « institutionnels » que sont la politique ou le syndicalisme, qui suscitent plutôt de la méfiance.

En effet, si plus de la moitié des jeunes déclarent faire partie ou être prêts à faire partie d'une association culturelle, sportive ou humanitaire ; plus du tiers d'une association anti-raciste, de défense de l'environnement, de prévention de la délinquance, de la drogue, ou d'une initiative de réhabilitation de quartier, 74% refuseraient de s'engager dans une commission municipale sur un dossier de la ville, 84% dans une organisation ou un parti politique et 85% dans un syndicat.

Là encore, la préférence de l'engagement dans des domaines humanitaires, écologiques ou sociaux plutôt que politique est une tendance de fond des jeunes en France, depuis le début des années 1990 jusqu'à aujourd'hui. En 1993, 87% des 16-24 ans déclaraient refuser adhérer à un parti politique (Sofres, Enquête pour le Ministère de la Jeunesse et des Sports, Janvier 1993 in L'Etat de l'opinion 1994, ). En 2005, 88% des 15-24 ans affirmaient ne pas en avoir envie (Source TNS Sofres, étude Influence).

La réforme plutôt que la révolution

Ce désengagement relatif des jeunes ne signifie pas non plus qu'ils n'attendent aucun changement dans la société, au contraire. Ils expriment un vrai désir de réforme, plus que de transformation radicale. Une forte majorité (86%) pensent que la société française doit être changée : 23% (+3) de manière radicale, 29% (+7) sur l'essentiel et 34% (-12) sur plusieurs points mais sans toucher à l'essentiel. Les jeunes des Minguettes expriment plus fortement que les autres la volonté de changement radical de la société.

Cette volonté de réformisme va de pair avec un certain rejet de l'action radicale - violente - pour exprimer sa révolte. Seuls 4% des jeunes Vénissians se déclarent prêts à endommager des édifices publics, 7% à s'en prendre à la police et 9% à occuper des locaux. Cependant, les jeunes des Minguettes sont plus enclins que les jeunes des autres quartiers à utiliser un répertoire d'actions plus violentes, notamment s'en prendre à la police (10%).

Néanmoins, si uniquement 10% des répondants ont osé déclarer avoir participé aux événements qui ont eu lieu à Vénissieux en novembre 2005 (38% y ont assisté sans y participer, 64% n'y ont pas assisté), la moitié expriment tout de même de la sympathie pour le mouvement. 30% s'en sentent solidaires, et 22% hostiles. De la même manière, 67% expriment de la sympathie à l'égard des manifestations et actions contre le Contrat Première Embauche, dont 55% qui se sentent solidaires. Cette différence de soutien entre ces deux mouvements - l'un beaucoup plus violent que l'autre - atteste d'une attitude ambiguë des jeunes Vénissians à l'égard de l'usage de la violence pour manifester sa révolte. Ils s'en éloignent, ne seraient pas prêts eux-mêmes à y recourir, tout en acceptant que l'on puisse utiliser ce moyen dans certains cas.

Cette attitude ambiguë face à la violence caractérise les jeunes Vénissians dans leur ensemble. Elle est le fait d'un « ventre mou » témoignant d'une certaine empathie envers les émeutes des banlieues, sans pour autant légitimer le recours systématique à la violence.

Ces résultats d'ensemble ne doivent pas masquer l'existence d'un noyau très radicalisé et violent. Dans notre étude, ils concernent les « radicalisés » (environ 12% de l'échantillon) une population très jeune, de 15 à 18 ans, de collégiens et lycéens qui sont révoltés, prêts à utiliser un répertoire d'action violent et ont assisté ou participé aux émeutes plus que la moyenne (38% déclarent y avoir participé). Ils estiment par ailleurs que les émeutes vont se répéter à cause du chômage (60%), du malaise dans les banlieues (20% de citations) et de l'attitude de la police (20% de citations). Il est difficile dans leurs réponses de démêler la réalité du sentiment d'abandon ou d'exclusion de la société qu'ils expriment et partagent avec l'ensemble des jeunes Vénissians, d'une forme de légitimation de leur propre violence.

Une situation difficile, un an après les émeutes

Quelques semaines avant l'anniversaire de la crise de novembre 2005, les jeunes Vénissians sont très pessimistes sur une société dans laquelle ils ont du mal à s'intégrer.

Les maux qui pour eux sont à l'origine de l'explosion de violence de l'automne dernier (le chômage, pour 54% d'entre eux, le racisme, pour 48%, l'attitude de la police, pour 46%) ne semblent pas se résorber. 88% pensent d'ailleurs que les émeutes vont de répéter, car rien ne semble avoir changé (45% de citations spontanées), les pouvoirs publics n'ont, pour ces jeunes, pas apporté de réponse à leur malaise et, selon eux, l'attitude de la police continue à alimenter les tensions.

L'existence d'un noyau de jeunes radicalisés prêts à avoir recours à la violence ajoute à la difficulté d'une situation toujours très sensible.

Clément Nicola

Plus d'informations :
Brice Teinturier / Carine Marcé / Clément Nicola
Département Stratégies d'Opinion
Tél : 33 (0)1 40 92 47 70 / 44 92 / 31 29
Fax : 33 (0)1 40 92 46 60
Politique&Opinion@tns-sofres.com
Expertise sectorielle

Etude en souscription


Voir aussi


Newsletter


© TNS