L'attente de changements
Pour 59% des agents, il est urgent de réformer le fonctionnement de l'Etat et du secteur public. Par ailleurs, 44% d'entre eux jugent trop lent le rythme des réformes dans l'entreprise publique ou l'administration dans laquelle ils travaillent (21% le trouvent trop rapide). D'où une certaine impatience.
Les motifs de changement invoqués
4 grands motifs sont invoqués par les agents :
Mieux répondre aux exigences des usagers : 95% des agents jugent cet enjeu important, dont 62% « très » important.
Améliorer la situation des fonctionnaires : rendre leur travail plus intéressant, leur donner de meilleures perspectives de carrière, améliorer leur image. Tous ces enjeux sont jugés importants par plus de 80% des agents, et « très » importants par environ un sur deux.
Améliorer la performance de l'économie française (enjeu jugé « très » important par 44%). Si 55% des agents considèrent que l'Etat et le secteur public tels qu'ils fonctionnent actuellement constituent plutôt un atout pour le développement économique du pays, 40% les considèrent plutôt comme un handicap. Par ailleurs, les deux tiers des agents estiment que l'allègement du coût de la fonction publique constitue un motif important de réforme de l'Etat (motif « très » important pour 23%).
Enfin, s'adapter aux évolutions technologiques.
La mise en conformité avec le droit européen ne ressort en revanche que comme un motif mineur de réforme de l'Etat, aux yeux des agents.
Les agents ouverts à des réformes des modalités de fonctionnement
de la fonction publique
2 types de leviers sont plébiscités par les agents : renforcer la simplification administrative ; sanctionner les responsables hiérarchiques lorsqu'ils sont incompétents.
Les agents se montrent plus ouverts qu'on n'aurait pu l'attendre à des réformes des modalités de fonctionnement de la fonction publique. Ainsi, plus de 80% se disent favorables au lancement de démarches qualité au sein de l'administration ; aux mobilités entre les personnels des différentes fonctions publiques ; à l'élargissement des horaires d'ouverture aux usagers.
Près des 3/4 sont favorables à l'instauration d'un service minimum en cas de grève (dont 41% très favorables)
Près des 2/3 sont favorables au développement de promotions et rémunérations au mérite ; d'une culture de résultats (avec indicateurs pour évaluer les services).
Plus de la moitié se montre favorable pour profiter des départs en retraite pour alléger les effectifs et se réorganiser ; décentraliser la gestion des personnels.
Les points de blocage : le transfert des missions assurées par l'Etat :
aux collectivités locales (les agents se partagent par moitié sur ce point) ;
et surtout au secteur privé.
Une attente de résultats probants
Pour la moitié des agents, une dynamique est enclenchée, mais se manifeste une attente de résultats probants. Ainsi, pour 51% des agents, leur entreprise publique ou leur administration n'a pas entrepris de se réformer sur le terrain ; 46% en revanche disent que des réformes sont en cours. Mais 10% seulement estiment que celles-ci produisent déjà des résultats.
Les mesures prises jusqu'ici touchent essentiellement à l'amélioration du service aux usagers, et à l'utilisation des nouvelles technologies. 68% des agents déclarent que dans leur entreprise publique ou leur administration, des mesures significatives ont été prises sur la qualité de service et 58% sur la mesure de satisfaction des usagers. 63% estiment qu'il en va de même sur l'utilisation des nouvelles technologies.
Pour environ 1 agent sur 2, des mesures significatives ont été prises en matière d'organisation du travail, de conditions de travail, et de productivité.
Les constats sont beaucoup plus mitigés en matière de gestion du changement et de management de la performance. Moins du tiers des agents estime que des mesures significatives ont été prises en matière d'information et communication sur le changement, gestion du changement par l'encadrement, simplification des processus de décision ; d'évaluation des performances des agents, de mesure des résultats des services, gestion des carrières, récompense des agents selon leur performance (14% seulement des agents constatent des mesures significatives sur ce dernier point).
Les freins au changement
C'est d'abord le manque de moyens qui est invoqué par 56% des agents. Interviennent ensuite deux facteurs psychologiques : le manque de confiance des agents vis-à-vis de ceux qui pilotent les changements ; les résistances des agents vis-à-vis des changements. Puis l'absence de résultats concrets et motivants. Le manque de formation des agents n'est invoqué que de façon mineure.
Le palmarès des services publics en matière de qualité de service
Trois acteurs dominent : EDF, puis Gaz de France et les mairies. Viennent ensuite, avec des scores très similaires (un peu plus de 60% d'opinions positives) : la Poste, la police, l'Education Nationale.
Un peu plus de la moitié d'opinions positives pour la SNCF, l'Equipement, la Sécurité sociale, les Préfectures, les impôts.
Les opinions négatives l'emportent pour la Justice, dans le contexte passionnel créé par l'affaire d'Outreau.
Un clivage générationnel
Les jeunes agents sont beaucoup plus nombreux à dire qu'il est urgent de réformer le fonctionnement de l'Etat et du secteur public.
Ils considèrent majoritairement l'Etat et le secteur public, tels qu'ils fonctionnent actuellement, comme un handicap pour le développement économique de la France. Ils jugent aussi massivement que l'amélioration des performances de l'économie est un motif important de réforme de l'Etat.
Ils se montrent également encore plus favorables que les autres agents à toutes les solutions visant à assouplir le fonctionnement de la fonction publique : sanction des hiérarchiques incompétents, mobilité des personnels, élargissement des horaires d'ouverture aux usagers, service minimum en cas de grève, rémunérations et promotions au mérite, culture de résultats, saisir l'opportunité des départs en retraite pour alléger les effectifs et se réorganiser, décentraliser la gestion des personnels, ainsi que le transferts de compétences de l'Etat.
Enfin, ils sont plus nombreux à enregistrer des progrès de leur administration en matière de nouvelles technologies, de productivité, de communication interne, de management de la performance, et de gestion du changement. Ce qui ne les empêche pas d'être plus impatients que les autres : le changement est jugé trop lent par 54% des agents ayant de 3 à 5 ans d'ancienneté, pour 44% en moyenne.
Le cas particulier des entreprises publiques
Par rapport à ces tendances globales, les entreprises publiques se démarquent.
Les changements y semblent concrètement beaucoup plus en cours : 62% des personnes interrogées estiment que là où elles travaillent, des réformes sont concrètement en cours, et parmi elles 18% déclarent qu'elles produisent des résultats (pour respectivement 46% et 10% de l'ensemble des agents) ;
L'écart, par rapport à la moyenne des agents, est particulièrement sensible sur les mesures d'amélioration de la productivité et l'évaluation des performances ;
Ils ressentent de ce fait moins d'impatience vis-à-vis du changement. Ils sont d'ailleurs plus nombreux à en considérer le rythme trop rapide.
Ils sont particulièrement nombreux à pointer les syndicats comme freins au changement.
D'une fonction publique à l'autre
Entre les différentes fonctions publiques, les tendances d'ensemble sont les mêmes. Toutefois, on peut observer des nuances significatives.
Éducation Nationale : la crispation enseignante
Les enseignants sont les plus critiques sur l'efficacité de leur institution en matière de nouvelles technologies, d'amélioration de la productivité, d'évaluation des performances.
Près des deux tiers déclarent qu'il ne se passe pas grand-chose en matière de réformes et de changement dans leur administration (pour la moitié des agents, en moyenne). Sur la quasi-totalité des critères de performance organisationnelle, ils sont d'ailleurs les moins nombreux à dire que des mesures significatives ont été prises.
Dans le même temps, ils sont les moins sensibles à l'enjeu d'allégement du coût de la fonction publique, et les plus réticents par rapport au service minimum en cas de grève, aux démarches qualité, à la culture de résultats, à la décentralisation de la gestion des personnels.
Par ailleurs, ils se désignent eux-mêmes (ainsi que leurs syndicats) plus fréquemment que les autres fonctions publiques comme des freins au changement.
Les paradoxes de la Fonction publique d'Etat
Ces fonctionnaires se montrent les plus critiques, globalement, sur l'efficacité de la fonction publique française, mais les moins impatients d'en réformer le fonctionnement. En outre, ils sont plus nombreux que les autres à déclarer que des réformes et des changements sont concrètement en cours, mais ne sont pas plus nombreux à en constater des résultats.
La frustration de la fonction publique territoriale
Les agents de la fonction publique territoriale sont particulièrement nombreux à considérer urgente la réforme du fonctionnement du secteur public, et à considérer celui-ci comme un handicap pour le développement économique du pays.
Par ailleurs, ils sont également nombreux à préconiser pour motiver la réforme l'amélioration de l'intérêt du travail et des perspectives de carrière ; mais aussi l'amélioration des performances de l'économie et l'allègement du coût de la fonction publique.
Ils se montrent particulièrement favorables aux différentes mesures susceptibles d'améliorer les performances : la mobilité des personnels entre les différentes fonctions publiques ; la rémunération au mérite ; le recrutement de personnels provenant du privé ; la culture de résultats ; le transfert des compétences de l'Etat.
Ils sont également nombreux à déclarer que des mesures significatives ont été prises en matière de qualité de service et de mesure de satisfaction des usagers, d'amélioration des conditions de travail, de simplification des processus des décisions.
Au total, en dépit des améliorations qu'ils constatent sur ces aspects ponctuels, ils restent très impatients et frustrés quant au rythme des changements (59% « pas assez rapide », pour 44 % en moyenne des agents).
Le malaise de la fonction publique hospitalière
Les agents de la fonction publique hospitalière estiment davantage que les autres que des mesures significatives ont été prises à propos de la qualité de service et mesure de la satisfaction des usagers ; la gestion du changement par l'encadrement. Mais les conditions de travail demeurent un point très sensible (42% jugent leur administration efficace sur ce point, pour 56% en moyenne des agents).
Le sentiment d'urgence à réformer est un peu plus répandu qu'ailleurs, essentiellement pour rendre le travail et les carrières plus intéressantes.
Ils se montrent particulièrement nombreux à prôner la sanction des responsables hiérarchiques incompétents ; l'expérimentation de nouvelles façons de fonctionner ; l'élargissement des horaires d'ouverture ; le service minimum en cas de grève ; le recrutement de salariés venant du privé ; surtout le transfert des compétences de l'Etat vers les collectivités locales.
Principaux freins perçus au changement : la haute administration d'abord (62%, pour 50% en moyenne) ; le manque de moyens (63%, pour 56% en moyenne).