Les nouveaux enjeux de la famille


Le 27 novembre 2001 - Le schéma traditionnel de la famille semble révolu. Selon notre étude réalisée pour le mensuel Triba, loin d'être perçues comme des symptômes de déclin, les récentes évolutions de la famille (divorces, Pacs, familles recomposées.) sont largement approuvées dans l'opinion. Principale évolution : pour 68% des Français, le mariage n'est pas indispensable pour fonder une famille. Par ailleurs, l'opinion souhaite que la famille figure comme un thème important ou prioritaire dans les programmes de droite et de gauche lors des futures échéances électorales. Enfin, aux dires des personnes interrogées, le fait qu'un candidat à l'élection présidentielle soit divorcé ou homosexuel n'aurait pas d'influence sur leur vote.

Les évolutions récentes de la famille largement approuvées

Les évolutions de la famille depuis 20-30 ans sont largement approuvées par les Français : pour 74% d'entre eux, il s'agit de changements de mentalité normaux dans une société, contre 24% qui affirment au contraire qu'il s'agit là d'un déclin de la famille. Toutes les catégories de la population sont de cet avis, même si certaines d'entre elles se montrent plus réservées : les personnes âgées, les sympathisants de droite, et ce notamment à l'UDF, et dans une moindre mesure les hommes et les commerçants et artisans. Mis à part les personnes en situation de veuvage, ni la situation conjugale ni le nombre d'enfants au foyer n'influent significativement sur ce jugement.

Le mariage, désormais déconnecté de la famille

Longtemps considéré comme un des piliers de la vie familiale, le mariage ne résiste pas à cette vague de fond : 68% estiment qu'il n'est pas indispensable pour fonder une famille, contre 31%. L'opinion a bel et bien évolué sur ce point : lors d'une précédente étude réalisée en février-mars 1994, seulement 49,5% des interviewés partageaient cet avis. Cette évolution va de pair avec les comportements : on observait 2,4 millions de couples non-mariés en 1998, pour 1,5 million en 1990 - même si on observe une remontée du nombre de mariages ces dernières années : ainsi, en 2000, 304 000 mariages ont été célébrés, chiffre jamais atteint depuis 1983. Parmi les plus nostalgiques à l'égard du mariage, on trouve les personnes âgées, les personnes en situation de veuvage et dans une moindre mesure, les sympathisants de droite.

La législation actuelle bien acceptée

Les jugements des Français à l'égard de la politique familiale sont équilibrés : une majorité n'y trouve rien à redire, 41% estimant qu'elle a évolué de manière satisfaisante ; 30% la jugent timorée, estimant qu'elle ne s'est pas assez adaptée à ces évolutions ; enfin, 25% estiment au contraire qu'elle est allée trop loin.

Parmi les types de familles à l'égard desquels l'action des pouvoirs publics est jugée proportionnée, on trouve les familles nombreuses (48%), les familles recomposées (43%), les familles monoparentales (42%), et dans une moindre mesure les couples homosexuels (36%). En revanche, le cas des couples homosexuels élevant des enfants reste tabou : si plus d'un Français sur 4 (27%) estime que les pouvoirs publics en font assez en la matière, ils sont 34% à juger qu'ils en font trop. Sans surprise, les plus réticents dans ce domaine les personnes âgées, les sympathisants de droite, les commerçants et artisans et les hommes.

En matière de divorce, les Français se montrent favorables dans une très large majorité à ce qu'un couple puisse divorcer d'un commun accord par un simple acte administratif, sans passer par un juge (76%). Rappelons que le nombre de divorces n'a cessé de croître depuis une trentaine d'années, passant de 30 000 en 1964 à plus de 115 000 en 1998.

Un enjeu politique, plus affirmé à gauche qu'à droite

A la veille des élections présidentielles et législatives de 2002, l'opinion souhaite que la famille soit traitée par les différents candidats. Principale nouveauté : si ce souhait s'adresse à la droite (44%), il s'adresse de manière plus forte encore à la gauche (48%). Les jeunes, les personnes divorcées, célibataires, en concubinage ou pacsées se montrent les plus sensibles à cette thématique, quelle que soit l'étiquette politique du candidat. Pour ce qui est du programme de la gauche, il faut noter les très fortes attentes des sympathisants communistes dans ce domaine : 73% jugeant prioritaire ou important que le thème de la famille soit traité dans le programme de la gauche, pour 59% parmi les électeurs du PS ou 60% chez les Verts. C'est par leur attachement aux politiques de redistribution qu'on peut expliquer la sensibilité des sympathisants communistes à la politique familiale.

Pas d'ostracisme à l'égard de candidats divorcés ou homosexuels

A l'approche de l'élection présidentielle, trois points peuvent être relevés. Tout d'abord, pour 53% des Français, le fait qu'une femme puisse être élue président de la République n'aurait aucune influence sur la prise en compte du thème de la famille, 42% estimant au contraire qu'il serait mieux pris en compte.

Autre évolution significative de l'opinion : le fait qu'un candidat divorcé se présente n'aurait aucune influence sur le vote de 95% des Français. A cet égard, les révélations publiques de Michel Rocard en 1990 et de Lionel Jospin en 1995 sur leur situation matrimoniale ont peut-être porté leurs fruits dans l'opinion.

Enfin, près de 3 Français sur 4 (72%) affirment que le fait qu'un candidat se déclarant homosexuel n'influencerait pas leur vote. Outre les personnes âgées, les sympathisants de droite s'y montrent réticents, 39% estimant que cela les détournerait de ce candidat. Ce jugement manifeste-t-il une évolution significative des comportements électoraux ? En tout cas, on peut noter que les révélations publiques de Bertrand Delanoë sur son homosexualité n'ont pas entravé son élection à la mairie de Paris.

Sylvain Lefort




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