La situation politique dans les
10e, 12e, 13e, 14e et 18e
arrondissements de Paris
dans la perspective des élections municipales

Le 24 juin 2000 - Les sondages réalisés par la SOFRES pour le FIGARO MAGAZINE dans 5 arrondissement clés (2 détenus par la gauche, le Xème et le XVIIIème, 3 détenus par la droite, le XIIème, le XIIIème et le XIVème) confirment que l'issue de la bataille pour Paris sera extrêmement serrée et que la gauche peut l'emporter : son assise est forte dans les arrondissements qu'elle détient tandis que la droite devient minoritaire, certes de peu mais minoritaire, dans ses anciens bastions. Au-delà des résultats d'ensemble, qu'il faut interpréter avec prudence, tant le scrutin est encore éloigné et la campagne à ses balbutiements, 6 enseignement fondamentaux se dégagent de ces enquêtes.

Bertrand DELANOË l'emporte clairement sur Philippe SEGUIN en terme de popularité. Il obtient son plus mauvais score dans le XIIIème (53%) et son meilleur dans le XIIème (61%). De plus, il ne suscite que peu de rejet : les taux de " mauvaise opinion " sont faibles et inférieurs à 20%. Tel n'est pas le cas de Philippe SEGUIN, dont la popularité non seulement est moindre (49% dans le Xème, 56% dans le XIIème, de l'ordre de 52% dans les autres arrondissements) mais également beaucoup plus clivée : les taux de " mauvaise opinion " varient de 35% à 40%.

En terme de dynamique, Bertrand DELANOË est donc une " structure d'accueil " qui conserve un potentiel d'accroissement tandis que Philippe SEGUIN doit améliorer son image auprès de pans importants de la population. Autant dire que les niveaux de contraintes ne sont pas les mêmes.

La gauche est moins tributaire de ses têtes de listes que la droite ; celle-ci ne capitalise pas sur la popularité de ses maires sortants. Dans le XIIème, Michèle BLUMENTHAL n'obtient que 17% de bonne opinion. Et pourtant, soutenue par Bertrand DELANOË, elle l'emporterait face à Jean-François PERNIN, dont la popularité est bien meilleure (50%). Même constat dans le XIVème, où Pierre CASTAGNOU l'emporte alors que sa popularité est faible (26%) et très largement inférieure à celle de Nicole CATHALA (52%). Le raisonnement est identique enfin pour le XIIIème : Jacques TOUBON est plus populaire que Jean-Marie Le GUEN (53% contre 36%) mais c'est ce dernier qui l'emporterait.

On peut faire deux hypothèses sur cet effet de ciseau entre popularité et vote : la première consiste à dire que si des candidats de gauche moins populaires que des candidats de droite l'emportent au final, c'est que les candidats d'arrondissement n'ont, pour l'instant du moins, qu'une importance limitée. Tout se jouerait bien davantage entre Bertrand DELANOË et Philippe SEGUIN et l'écart de popularité qui les oppose. C'est cet écart qui permettrait aux candidats de gauche de creuser leur avantage malgré un handicap personnel plus important. La seconde hypothèse, beaucoup plus lourde de conséquences pour la droite, est que ces résultats traduisent un désir d'alternance. La question ne serait alors plus de savoir si tel ou tel Maire d'arrondissement est ou sera compétent, ni s'il est ou sera apprécié : on souhaite changer, et c'est la gauche qui incarne ce changement.

L'analyse des électorats fait apparaître, dans tous les arrondissements testés, une base sociologique de la droite extrêmement étroite : elle n'est majoritaire que chez les plus de 50 ans et les inactifs. En revanche, les jeunes et d'une manière générale, les actifs optent massivement pour la gauche. Ces résultats plaident en faveur de l'hypothèse d'une " dynamique d'alternance " à l'ouvre.

Les media ont tort de sous-estimer Jean TIBERI ou de déclarer qu'il n'a plus aucune influence ni importance : d'une part, dans une impopularité majoritaire, il conserve un noyau de popularité non négligeable (25% à 30% des Parisiens déclarent avoir de lui une bonne opinion) ; d'autre part, ses listes obtiendraient de 5% à 7% des voix suivant les arrondissements. On ne peut donc exclure qu'elles finissent à 9% ou 10%, et ce d'autant plus qu'il est probablement aujourd'hui difficile d'assumer socialement qu'on s'apprête à voter pour Jean TIBERI. Or, à 5%, J.TIBERI est marginalisé ; à 9% ou 10%, il est incontournable, avant ou au soir du premier tour.

Le score des Verts est à deux chiffres : ils obtiennent systématiquement plus de 10% dans les arrondissements testés. Or, si les Verts et les socialistes se livrent à une compétition serrée en terme de leaders et de présence médiatique, pouvant même tourner au quasi combat, leur électeurs, eux, n'hésitent pas : les reports de voix des électeurs verts du premier tour sur le candidat de la gauche plurielle au second tour sont excellents.

Davantage que le résultat final des intentions de vote d'aujourd'hui, c'est donc les dynamiques à l'ouvre, en terme d'image, d'alternance et de profil des électorats, qui doit inquiéter la droite ou réjouir la gauche. Il reste que nous n'en sommes qu'à la pré-campagne et que le retard des uns peut s'atténuer. comme il peut se creuser.

Brice Teinturier




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