Le 1er septembre 2000 - Jamais un Gouvernement n'aura abordé une rentrée dans un climat d'opinion aussi favorable que celui que nos indicateurs ont enregistré dans les derniers jours du mois d'août. Cependant, les Français ont senti le Gouvernement déstabilisé par la grogne liée à la hausse de l'essence et les péripéties du dossier Corse.

Un climat d'euphorie

On peut avancer l'idée d'une véritable euphorie française. Le parfum persistant des vacances n'y est pour rien : il n'y a pas d'amélioration systématique du climat à cette même période dans les années précédentes, et il n'y en a jamais eu d'une telle ampleur dans une autre période. Qu'on en juge : avec 40% d'interviewés estimant que la situation en France s'améliore (contre 40% estimant qu'elle " a tendance à aller plus mal "), on atteint ici le record absolu jamais mesuré dans notre baromètre depuis 1981. Un seuil franchi de manière spectaculaire puisque les records précédents s'établissaient à 31% de sentiment d'amélioration (en juillet 1998) et 25% (recueilli après la victoire de la gauche en juillet 1981).

Cet optimisme très élevé, en hausse régulière depuis un an, doit beaucoup au sentiment d'amélioration de la situation de l'emploi. Dans ce domaine également, les records sont battus : alors que la question du chômage figurait encore parmi les priorités de 66% des Français en janvier dernier, on assiste à un desserrement régulier de cette contrainte (48% en juin, 40% aujourd'hui). Mécaniquement, la violence et la criminalité voient leurs scores progresser, mais en septembre, sans doute l'impact du prix de l'essence, c'est plutôt la hausse des prix qui inquiète davantage (+9 points).

D'autre part, pour la troisième fois depuis mai dernier, le Gouvernement est crédité de sa lutte contre le chômage par plus de 40% de la population (43%), et même 38% des sympathisants de droite, ce qui est là aussi de l'ordre de l'inédit. L'amélioration du moral des Français s'inscrit donc maintenant dans la durée, et la perception d'une action gouvernementale efficace dans ce domaine s'installe elle aussi dans l'opinion.

Le poids d'une actualité difficile

Mais même dans un climat euphorique, les événements pèsent sur l'évaluation des gouvernants. On assiste ainsi à un effritement de la cote de popularité de l'exécutif, de Jacques Chirac qui perd 5 points de 57% à 52%, mais aussi de Lionel Jospin (- 4 points de 64% à 60%). Pour le Président de la République, la baisse est assez prononcée mais il est descendu plus bas au cours de l'année écoulée ; son relatif effacement durant l'été et les polémiques sur le coût de ses vacances ont peut-être écorné son image, surtout auprès de catégories moyennes particulièrement sensibilisées par le budget de leurs propres vacances !

La situation est évidemment plus paradoxale pour Lionel Jospin qui ne capitalise par sur un plan personnel les records de confiance décrits plus haut. Mais trois éléments doivent être pris en compte. D'une part le niveau toujours très élevé de sa cote de confiance comparée à celle de ses prédécesseurs à même durée de mandat : crédité de 64% de confiance en août, soit le niveau le plus élevé de ces douze derniers mois, le Premier ministre avait peu de chances de progresser encore. Il faudra attendre le mois prochain pour vérifier la nature exacte de cette baisse.

D'autre part, la flambée des prix de l'essence a certes irrité les Français pendant leurs vacances, mais elle a aussi relancé les débats sur les gains de pouvoir d'achat de la population. C'est ainsi chez les ouvriers et les retraités que Lionel Jospin perd le plus de terrain ce mois-ci.

Enfin, les événements de cet été liés au dossier corse et les doutes émis par Jean-Pierre Chevènement ont sans aucun doute fragilisé le Gouvernement, dont la plupart des ministres subissent eux aussi une baisse de confiance. A l'exception de l'ex-Ministre de l'Intérieur, justement, dont la progression spectaculaire de la cote d'avenir (+9 points) résonne comme un hommage, à la constance des convictions chez les gens de gauche (+3), à la zizanie créée au Gouvernement pour les gens de droite (+16).

L'actualité a donc bousculé le Gouvernement et écorné son image, au moment où celui-ci pensait bénéficier des retombées de l'accord sur la Corse et de l'embellie confirmée de la santé de l'économie.

L'opposition n'en tire pourtant aucun avantage, le Président le premier. Certes, peu de personnalités progressent ce mois-ci, Dominique Voynet (+3) et Catherine Trautmann (+4) faisant figure d'exception. Mais c'est à droite que les baisses sont les plus nombreuses, et c'est pour Philippe Séguin que l'évolution de ces derniers mois apparaît la plus inquiétante. Le maire d'Épinal subit en effet une érosion quasi continue de sa cote d'avenir depuis mars dernier, de 41% à 34% aujourd'hui. Une autre personnalité subit un phénomène comparable, mais dans une situation bien différente : Martine Aubry. A la veille d'abandonner - provisoirement sans doute - ses responsabilités nationales, la Ministre de l'Emploi voit sa cote décliner depuis juin (de 50% à 42%), comme si la perspective de son éloignement rendait son avenir plus incertain. Mais au moment où les résultats de l'emploi n'ont jamais été aussi bon, ces résultats ajoutent un paradoxe de plus à ce baromètre de rentrée.

Didier WITKOWSKI




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